Soupçons de financement libyen : De nouveau mis en cause par Takieddine, les juges dénoncent des « affabulations »

JUSTICE L'homme d'affaires franco-libanais, qui avait retiré ses accusations contre Nicolas Sarkozy dans l'affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle, a de nouveau mis en cause les juges concernés

20 Minutes avec AFP
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Ziad Takieddine à Paris, le 7 décembre 2020.
Ziad Takieddine à Paris, le 7 décembre 2020. — Remy de la Mauviniere/AP/SIPA

Il persiste et signe : l’homme d’affaires franco-libanais Ziad Takieddine a de nouveau accusé les magistrats de l’avoir incité à mettre en cause Nicolas Sarkozy dans l’enquête sur le financement libyen de sa campagne de 2007. De leur côté, les juges d’instruction dénoncent de « pures affabulations ».

M. Takieddine, qui avait jusqu’alors mis en cause l’ancien chef de l’Etat, mis en examen dans cette affaire, avait fait volte-face une première fois en novembre, en affirmant que « M. Sarkozy n’a pas eu un financement libyen pour la campagne présidentielle ».

Dans une déposition rédigée le 12 décembre à Beyrouth et révélée par Paris Match et BFMTV, le sulfureux intermédiaire affirme avoir été « manipulé par des juges qui ne veulent pas connaître la vérité mais qui veulent détruire un ancien président ».

« Les juges m’avaient fait des promesses en échange de déclarations erronées et à charge contre Nicolas Sarkozy et j’ai accepté » y assure l’homme d’affaires, qui a multiplié les revirements depuis le lancement de cette enquête en 2013, dans laquelle il est mis en examen.

Selon lui, les juges lui auraient notamment fait miroiter, lors de rencontres officieuses, l’assurance de « sortir la tête haute » dans l’affaire Karachi, qui lui a valu une condamnation à 5 ans de prison en juin à laquelle il s’est soustrait en fuyant au Liban.

« Il n’y a jamais eu le moindre accord »

Ces nouvelles accusations sont « de pures affabulations » selon l’ancien juge Renaud Van Ruymbeke, qui a instruit l’affaire Karachi portant sur des commissions occultes liées à des contrats d’armement avec l’Arabie saoudite et le Pakistan : « Il n’y a jamais eu le moindre accord (…) pour négocier une peine dans l’affaire Karachi en échange d’aveux » dans le dossier libyen.

Même démenti de la part du juge Serge Tournaire, qui a instruit le dossier libyen jusqu’en 2019, et « conteste fermement l’intégralité des déclarations de M. Ziad Takieddine », selon Catherine Pautrat, présidente du tribunal judiciaire de Nanterre, dont M. Tournaire est premier vice-président chargé de l’instruction.

Il précise en outre que « les seules rencontres avec l’intéressé se sont déroulées dans son bureau au tribunal judiciaire de Paris, dans le cadre d’interrogatoires en présence de son avocat, de collègues co-saisis et de son greffier » et qu'« aucune discussion n’a eu lieu, et a fortiori aucun accord n’a été pris avec M. Ziad Takieddine ».

De son côté, le parquet national financier indique avoir été le « destinataire » de la déposition de M. Takieddine « mais n’entend pas faire de commentaire à ce stade ».