Marseille : « Mal aimé », « brillant orateur », « moderne », qui est le socialiste et futur maire Benoît Payan ?

PORTRAIT Le verbe précis, des dossiers choisis, le socialiste s’est forgé une solide réputation en incarnant l’opposition socialiste lors du dernier mandat Gaudin

Caroline Delabroy

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Benoît Payan le 4 juillet 2020, lors de l'élection de Michèle Rubirola à la mairie de Marseille
Benoît Payan le 4 juillet 2020, lors de l'élection de Michèle Rubirola à la mairie de Marseille — AFP
  • Après la démission de l’écologiste Michèle Rubirola, le conseil municipal de Marseille se réunit lundi pour élire un nouveau maire.
  • A 42 ans, le socialiste Benoît Payan devrait être élu sans surprise et devenir le plus jeune maire de la ville.

Cette fois, à 42 ans, les portes de l’Hôtel de ville lui sont grandes ouvertes. Le socialiste Benoît Payan devrait lundi être élu le plus jeune maire de Marseille et succéder à Michèle Rubirola qui fut, cinq mois durant, la première femme à diriger la ville. Le vote est a priori sans suspense, avec les ralliements annoncés de Samia Ghali et du Printemps marseillais, cette coalition de partis de gauche et de collectifs citoyens qui avait, il y a un an, refusé d’adouber Benoît Payan comme tête de liste.

Trop clivant dans une ville où le Parti Socialiste a tardé à rompre avec le clientélisme, le jeune loup du PS avait alors choisi de renoncer aux devants de la scène. « Ils ne critiquent pas mes convictions, juste mon étiquette. Eh bien je ne leur servirai pas d’excuse », lance-t-il alors à l’adresse de ceux « qui se servent de moi comme d’un alibi malhonnête pour refuser l’union. » L’attelage avec l’écologiste Michèle Rubirola se met en route, et Benoît Payan devient naturellement premier adjoint de Marseille après un troisième tour qui restera dans les annales de la ville, tant la majorité absolue n’est pas acquise avec les seules voix du Printemps marseillais.

« Un militant formaté pour être là où il est »

Dès sa démission pour des raisons de santé, Michèle Rubirola désigne Benoît Payan comme son successeur naturel. Lui qui laisse rarement tomber le costume sait qu’il a l’étoffe taillée pour cela. « C’est un militant du PS qui a été formaté pour être là où il est », dit de lui le socialiste Patrick Mennucci qui, en 2014, a échoué à détrôner Jean-Claude Gaudin de son fauteuil de maire. « Je l’ai connu il y a vingt-quatre ans quand il était aux jeunesses socialistes, poursuit-il. On voyait déjà cette capacité oratoire, qui est assez rare. » Au PS, il gravit tous les échelons, travaille pour Michel Vauzelle, Jean-Noël Guérini, avec qui il prendra ses distances, et Marie-Arlette Carlotti, qu’il suit à Paris lorsqu’elle devient ministre sous la présidence Hollande. C’est elle qui est à la manœuvre pour inspirer le duo gagnant Benoît Payan-Michèle Rubirola aux élections départementales de 2015.

Dans l’hémicycle du conseil municipal de Marseille, où il prend la tête du groupe d’opposition lors du dernier mandat Gaudin, ses interventions font souvent mouche. Il les partage volontiers sur son compte Facebook, où le discret Payan aime à prendre la parole. Peu de chose filtre sur sa vie personnelle, et s’il se prête à l’exercice du portrait de Libération, c’est à reculons. Sur son enfance, il confie seulement : « Mon père travaillait dans une menuiserie, ma mère à l’Urssaf, et j’ai un demi-frère et une demi-sœur. Quand je regarde en arrière, je n’ai ni regrets ni remords, je me dis juste que c’était bien. »

« Il est moderne, jeune »

Dans l’arène politique, c’est autre chose. Le verbe est précis, acéré, à l’image du bleu de ses yeux. Il monte au créneau sur le partenariat public-privé pour les écoles, qui sera retoqué par la justice, l’un de ses faits d’armes. C’est à cette époque qu’Olivia Fortin le rencontre, alors qu’elle commence à s’intéresser à l’action politique et cherche, avec le collectif Mad Mars, à construire une union large pour changer Marseille.

« J’avais repéré ses interventions sur Facebook, professionnelles, travaillées, et surtout formulées dans un français compréhensible par tous », dit aujourd’hui celle qui est quatrième adjointe et lui reconnaît « toute la légitimité au sein de notre collectif » pour tenir le rôle de maire. « Ce n’est pas un vieux cacique politique, il est moderne, jeune, il a une appétence sur plein de sujets », énonce-t-elle.

Elle balaie les doutes que ce tour de passe-passe fait naître chez des électeurs du Printemps marseillais, qui se sentent floués par la future élection de Benoît Payan à la mairie. « Nous ne sommes pas un attelage composé à la dernière minute pour gagner une élection, le Printemps marseillais reste le Printemps et un collectif », argue-t-elle. « Evidemment qu’il y a un problème de morale, mais ce n’est pas le plus important, avance de son côté l’ancien député socialiste Patrick Mennucci. Michèle Rubirola n’était plus en capacité de diriger la ville. Et Payan a été beaucoup dans la victoire du Printemps. A présent, il va devoir faire ses preuves. Mais ce dont je suis certain, c’est qu’il a le bagage pour être maire de Marseille. Après, il faut réussir. »

« Ce n’est pas un garçon aimé »

« Le plus grand danger de Payan, c’est lui-même », tranche l’opposant Lionel Royer-Perreaut (LR), maire des 9e et 10e arrondissements de Marseille. Qui lui reconnaît tout de même une qualité, celle d’être « un décideur ». « Ce n’est pas un garçon aimé, c’est ça son problème, enchaîne-t-il. Il peut être dans l’excès, avoir du mal à contenir ses accès de colère, d’autoritarisme. C’est par défaut qu’il va être élu, personne à gauche n’a envie que l’histoire du Printemps marseillais cale. On voit bien que des concessions ont été données. Il va être l’otage permanent de gens qui vont se rappeler à lui régulièrement. »

Et de porter l’estocade : « Je considère que le Printemps marseillais est mort avant-hier avec la désignation de Payan. La dynamique qui consistait à créer l’élan, à faire en sorte que l’électorat de gauche soit surmobilisé, quand le nôtre était sous-mobilisé, va en prendre un sacré coup. » Car l’enjeu, à présent, se porte sur les départementales, où la gauche locale espère capitaliser sur la victoire du Printemps marseillais. Jusqu’à quel point l’ambitieux Payan est-il soluble dans le collectif ? Des électeurs déçus entendent faire entendre leur colère lundi matin avant le début du conseil municipal. Et rappeler Benoît Payan aux promesses du Printemps sur la transparence et la démocratie locale. Les portes de la ville lui sont certes grandes ouvertes, mais sous vigilance citoyenne.