Samia Ghali à la sortie du conseil municipal du 4 juillet 2020
Samia Ghali à la sortie du conseil municipal du 4 juillet 2020 — Alain Robert / Sipa

MAIRIE

Marseille : Comment Samia Ghali cherche à peser dans le débat politique

Mathilde Ceilles

Après s’être présentée contre le Printemps marseillais avec à la clé un faible score, Samia Ghali s’efforce de garder une certaine influence politique à Marseille

  • Après des jours de silence, Samia Ghali a indiqué ce lundi soutenir Benoît Payan, dans une prise de parole très attendue.
  • L’élue des quartiers Nord bénéficie en effet aujourd’hui d’un poids politique qu’elle n’hésite pas à utiliser.
  • Elle s’appuie également sur sa résonance médiatique pour peser dans la vie politique marseillaise.

Au premier comme au second tour des dernières élections municipales de Marseille,  Samia Ghali n’a pas dépassé la barre des 10 % des suffrages exprimés. A l’issue d’une campagne interminable, l’ancienne socialiste, qui a refusé de prendre part à la coalition de gauche alors menée par Michèle Rubirola, a réussi à conserver de justesse son fief des quartiers Nord, la mairie des 15e et 16e arrondissements

Six mois plus tard, la parole de l’autoproclamée Madone de Marseille est attendue comme le Messie. Devant un parterre de journalistes, Samia Ghali annonce avoir décidé de soutenir le candidat du Printemps marseillais, Benoît Payan, pour succéder à Michèle Rubirola.

« Je n’ai toujours pas de bureau d’adjointe »

« C’est vrai que d’un point de vue purement arithmétique, avoir un tel poids dans le jeu politique marseillais, c’est assez disproportionné », concède le politologue Nicolas Maisetti. Un paradoxe d’autant plus frappant que, encore aujourd’hui, les relations entre Samia Ghali et le Printemps marseillais semblent toujours aussi tendues

« Si je reçois aujourd’hui à la mairie du 15-16, c'est que je n’ai toujours pas de bureau d’adjointe, confie Samia Ghali aux journalistes. J’ai un bureau de groupe, en tant que présidente de groupe. » Partie prenante de la majorité, Samia Ghali et ses huit colistiers ne font toutefois pas partie du Printemps marseillais, contre lequel ils se sont présentés durant les municipales. Une position ostracisée qui se révèle aujourd’hui être une force.

« Samia Ghali a le poids des voix qu’elle représente »

Avec seulement 44 sièges sur les 101 du conseil municipal, le Printemps marseillais a besoin des neuf élus du groupe de Samia Ghali pour pouvoir faire élire leur candidat à la tête de la ville de Marseille. En femme politique aguerrie, Samia Ghali le sait et ne se prive pas d’user de ce pouvoir pour être une sorte de lobbyiste interne.

« Dans la discussion que j’ai pu avoir, on ne va pas se mentir, avec Benoît Payan, au moment où il a été désigné par le Printemps marseillais, je lui ai dit ce que j’attendais aussi de lui en tant que futur maire de Marseille ». « Samia Ghali a le poids des voix qu’elle représente, ironise le maire LR du 9-10, Lionel Royer-Perreault, Le Printemps marseillais n’a pas la majorité absolue, et une majorité absolue, ça se négocie chèrement. »

Plus de délégations ?

Interrogée sur le sujet, Samia Ghali sourit dans un long silence. Si elle exclut une place de première adjointe, déjà revendiquée par Michèle Rubirola, l’ancienne socialiste n’écarte pas la possibilité de se voir confier un panel élargi de délégations ce lundi, et/ou une place de tête de liste aux prochaines départementales dans un futur proche.

« Il ne vous a pas échappé que, dans le dispositif mis en place depuis juillet dernier, Samia Ghali a toute sa place, rappelle le socialiste Yannick Ohanessian, adjoint au maire et proche de Benoît Payan. Et à l’avenir, sur ce point, rien ne change. »

L’incarnation des quartiers Nord

« Le Printemps marseillais a de plus besoin de Samia Ghali comme incarnation des quartiers Nord, puisqu’il n’a pas été élu dans ces quartiers, rappelle Nicolas Maisetti. Or, Samia Ghali, dans ses prises de parole, s’attache à incarner cette voix-là, celle d’un électorat populaire. »

Lors de sa conférence de presse ce jeudi, l’ancienne sénatrice a indiqué qu’elle a cherché à faire valoir auprès de Benoît Payan quelques-unes de ces propositions, comme la gratuité des transports en commun pour les écoliers marseillais.

« La seule avec une notoriété nationale »

Pour imposer ses idées, l’élue des quartiers Nord peut enfin compter sur un atout de taille. Au fil de sa carrière politique, Samia Ghali est devenue une experte en formules accrocheuses, une professionnelle du timing, bref, une maîtresse es média. « Samia Ghali est la seule élue marseillaise qui a une notoriété nationale, mais en tant qu’élue locale, rappelle Nicolas Maisetti. Quand il s’agit de parler de Marseille, on fait appel à Samia Ghali. »

Lorsqu’elle choisit, il y a un an, le Journal du Dimanche, pour déclarer sa candidature à la mairie de Marseille, c’est, nous confiait-elle à l’époque, parce qu’il s’agit d’un média national « et que les gens ont plus de temps pour lire le dimanche. » En fine stratège dans sa communication, Samia Ghali ne laisse rien au hasard pour avoir une caisse de résonance, une tribune, et donc un poids.

En boucle sur BFMTV

Comme ce lundi matin d’octobre. De cette place qu’elle occupe depuis des années, au fond à gauche de l’espace Villeneuve-Bargemon qui abrite les conseils municipaux de Marseille, Samia Ghali demande à prendre la parole. L’élue des quartiers Nord branche son micro pour lâcher une bombe, en pleine crise sanitaire.

« Je pense qu’il est important de créer un conseil scientifique de la ville de Marseille ». La proposition n’apparaît nulle part à l’ordre du jour. Benoît Payan, président par intérim du conseil municipal, indique laconiquement que l’idée sera transmise à Michèle Rubirola quand elle reviendra de convalescence.

Aussitôt, Samia Ghali relaie sa proposition sur Twitter à ses plus de 17.000 followers. Une poignée de minutes plus tard, la proposition tourne en boucle sur BFMTV. Dans les couloirs de l’espace Bargemon, Samia Ghali ne cache pas sa satisfaction d’avoir eu de l’écho. Le lendemain, la maire de Marseille, bien que convalescente, sort de son silence pour étouffer tant bien que mal la polémique. Finalement, au conseil municipal suivant, Marseille adoptera la création d’un « conseil communal de santé » tel qu’imaginé par l’ancienne sénatrice…