Coronavirus : L'exécutif face au défi de la confiance dans les vaccins

EPIDEMIE L’exécutif a dévoilé son plan de vaccination pour le pays, mais la méfiance des Français reste aujourd’hui très forte

Laure Cometti et Thibaut Le Gal

— 

Jean Castex et Olivier Véran.
Jean Castex et Olivier Véran. — Daniel DERAJINSKI-POOL/SIPA
  • Le gouvernement a présenté sa stratégie de vaccination mercredi aux députés et ce jeudi aux sénateurs, mais la défiance des Français demeure importante.
  • Pour susciter l’adhésion à ce vaccin non obligatoire, qui sera déployé dans l’Union européenne dès le 27 décembre, le Premier ministre Jean Castex a promis une « transparence totale ». Mais l’opposition déplore que tous les doutes n’aient pas été levés.
  • La majorité mise sur la pédagogie, le rôle des médecins et un « effet boule de neige » pour convaincre de plus en plus de Français.

C’est l’un des prochains défis du gouvernement. Jean Castex a dévoilé mercredi à l’Assemblée nationale la stratégie vaccinale de l’exécutif contre le coronavirus. La France sera livrée « d’ici la fin de l’année » d’environ 1,16 million de doses contre le Covid-19, a précisé le Premier ministre, puis « 677.000 doses supplémentaires autour du 5-6 janvier » et « environ 1,6 million de doses en février ».

Le chef du gouvernement a également insisté sur la nécessité de rétablir la confiance. « Face à la peur, au doute, à la suspicion, nous expliquerons autant qu’il le faudra, nous rassurerons, nous accompagnerons et, surtout, nous protégerons », a lancé Jean Castex, promettant une « transparence totale » sur cette campagne de vaccination.

« Ce manque de confiance est l’héritage de la manière dont la crise a été gérée »

Car, en France, la défiance est particulièrement forte, alors que l’épidémie a entraîné plus de 59.000 morts dans le pays. Selon un sondage de l’agence sanitaire Santé publique France, seule la moitié (53 %) des personnes interrogées en novembre veulent se faire vacciner, contre deux tiers (64 %) en juillet. Un chiffre parmi les plus faibles au monde, et ce malgré la gratuité et le caractère non-obligatoire du vaccin.

« Ce manque de confiance est l’héritage de la manière dont la crise a été gérée, car l'exécutif a été tout sauf à la hauteur depuis le début », tranche le député du Lot Aurélien Pradié. « S’ils s’occupent des vaccins comme ils ont traité le dépistage ou la question des masques, je ne suis pas très optimiste. A eux d’être précis sur les moyens mis en œuvre. Ce n’est qu’en rétablissant la confiance que la stratégie vaccinale pourra être un succès ! », ajoute le numéro 3 des Républicains.

« Il faut relativiser cette méfiance car aujourd’hui, le vaccin n’est pas encore disponible. Si on met de côté le noyau des antivax, c’est légitime qu’un certain nombre de Français se posent des questions », répond Anne Genetet, députée des Français de l'étranger et porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée. « Pour un nouveau vaccin, un Français sur deux prêt à se faire vacciner, c’est plutôt bien ! », veut croire Philippe Chalumeau, député LREM d’Indre-et-Loire. « Sans compter que la technique de l’ARN n’est pas encore suffisamment expliquée au grand public ».

Un « effet de boule de neige » après les premières vaccinations ?

En commençant par cibler les résidents des maisons de retraite dès la fin du mois, puis les personnes à risques et certains professionnels de santé, le gouvernement compte sur une adhésion progressive de la population. La campagne de vaccination « grand public » ne devrait débuter qu’à « la fin du printemps ».

« Quand on verra les premiers effets du vaccin sur la réduction du nombre de décès ou d’hospitalisations, on ne doutera plus de son efficacité. Les gens auront tellement envie de retrouver leur vie sociale qu’ils demanderont à se faire vacciner », espère Anne Genetet. « Il y aura aussi un certain nombre de prescripteurs, qui pourront en parler autour d’eux, et cela fera boule de neige. »

L’exécutif mise aussi sur le rôle des médecins généralistes. « La relation médecin-patient est la meilleure pour créer la confiance dans ce vaccin », estime le député Philippe Chalumeau, médecin de formation. « Il y aura une consultation prévaccinale pour recueillir le consentement du patient et répondre à toutes ses questions. On va tout mettre en œuvre pour qu’il puisse prendre une décision éclairée. Les Français vaccinés seront ensuite les meilleurs ambassadeurs », ajoute-t-il.

L'opposition demande plus de transparence

Le coup d’envoi de la campagne vaccinale est conditionné à l’autorisation de mise sur le marché de l’Agence européenne des médicaments, « attendue pour le 21 décembre », et à un avis de la Haute autorité de santé attendu « dans la foulée ». Ce n’est pas un « retard » par rapport au Royaume-Uni et aux Etats-Unis qui ont commencé à vacciner, a défendu Alain Fischer, le « Monsieur vaccin » du gouvernement sur France Inter mercredi, mais au contraire un gage de « rigueur ».

Mais pour l’opposition, tous les doutes n’ont pas été levés. Fabien Roussel a demandé jeudi la « transparence » sur les vaccins, et notamment sur les contrats signés par la Commission européenne avec les laboratoires pharmaceutiques. « Pour qu’il y ait de la confiance, pour que les gens adhèrent à cette urgence de se vacciner, [il faut] que l’on soit transparent, que l’on dise ce qu’il y a dans ces contrats, les clauses qu’il pourrait y avoir », a estimé sur BFMTV le secrétaire national du PCF

Dans l’hémicycle mercredi, le groupe centriste UDI a plaidé pour un « passeport vert », permettant d’accéder aux lieux culturels ou dans les restaurants à condition d’avoir été vacciné. Une option que n'a pas retenue le gouvernement pour l'instant.