Convention citoyenne : « Pile je gagne, face tu perds »... Avec son référendum sur le climat, Emmanuel Macron a-t-il fait un coup politique ?

STRATEGIE Le chef de l’Etat espère piéger ses adversaires politiques

Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron. — Olivier Coret/SIPA
  • Emmanuel Macron a proposé lundi la tenue d’un référendum pour intégrer la défense du climat et la préservation de l’environnement dans l’article 1er de la Constitution.
  • La proposition obligera l’opposition à se positionner sur une proposition du chef de l’Etat à quelques mois de l’élection présidentielle.
  • La droite sénatoriale, qui aura la responsabilité de la tenue ou non de ce référendum, sera sous pression.

Un coup de billard à plusieurs bandes. Emmanuel Macron a proposé lundi la tenue d’un référendum pour intégrer la défense du climat et la préservation de l’environnement dans l’article 1er de la Constitution. Le Conseil des ministres devrait examiner cette réforme constitutionnelle en un seul article le 27 janvier, en même temps que la loi climat.

Mais à quelques mois de l'élection présidentielle de 2022, certains voient dans ce référendum une manœuvre politicienne. Beaucoup de responsables ont ainsi dénoncé le « piège politique » tendu par le chef de l’Etat à ses opposants, à l’image du toujours mesuré Jean-Louis Debré, ex-président du Conseil constitutionnel, ce mercredi.

Les écologistes feront campagne pour le « oui »

« C’est un moment capital du quinquennat. Avec ce référendum, le président tue le match du procès en écologie que certains lui font. Personne ne comprendrait d’ailleurs qu’un démocrate, de droite ou de gauche, y soit opposé », raille le député LREM du Rhône Bruno Bonnell. La proposition oblige tous les partis, et en premier lieu la gauche écologiste, à se positionner.

Le patron de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon a déjà annoncé qu’il voterait « non » au référendum, qu’il assimile à une « manipulation ». Mais cette position pourrait s’avérer difficilement lisible alors que son mouvement prône la « planification écologique ». « S’ils décident de voter non, ce serait un énorme paradoxe, qu’ils devront justifier par de la politicaillerie. S’ils votent oui, on leur reprochera de soutenir le président », s’amuse Bruno Bonnell.

Tout en dénonçant « l’opportunisme » d’Emmanuel Macron, l’eurodéputé EELV Yannick Jadot n’a eu d’autre choix que d’annoncer qu’il ferait « campagne pour le oui », à l’image de plusieurs de ses collègues. Car cette proposition est un vieux combat écologiste. L’ancienne ministre Cécile Duflot avait déjà tenté de faire voter une loi constitutionnelle du même type en 2016 par le Parlement.

« Il y a une forme de cynisme de la part du chef de l’Etat avec ce référendum, proposé comme un piège institutionnel. Mais à nous d’être responsables, plaide l’ancien patron d’EELV David Cormand. On verra la formulation retenue, mais il faudra tout faire pour que le oui l’emporte, sinon, ce serait un terrible recul. »

La droite sénatoriale sous pression

Au risque de conforter la position du président sortant ? « Macron se pense très malin avec cet artifice, mais les gens ne sont pas dupes. Et ils se souviendront d’abord du départ de Nicolas Hulot de son gouvernement, ou des reculs sur le glyphosate ou les néonicotinoïdes », veut croire l’eurodéputé écolo, qui reste prudent face à la tenue effectivement d’un tel référendum.

Car avant d’être soumis aux Français, l’article doit d’abord être voté « en des termes identiques » par l’Assemblée nationale et le Sénat. Les députés devraient valider sans difficulté la proposition, mais qu’en sera-t-il au palais du Luxembourg, tenu par la droite ? Son président Gérard Larcher s’est montré agacé sur LCI, refusant de répondre sur le fond.

« J’attends de voir la formulation, si c’est un coup politique nous n’y prêterons pas la main, si c’est utile, nous l’étudierons », a également évacué le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau. Le Sénat pourrait être tenté de ne pas offrir un éventuel succès au président, à quelques mois de la présidentielle. Mais la droite sénatoriale porterait alors seule la responsabilité de ne pas inscrire la lutte contre le réchauffement climatique dans la Constitution.

« Ce référendum, c’est un peu pile je gagne, face tu perds », sourit Bruno Bonnell. « Si le oui l’emporte, ça sera au crédit d’Emmanuel Macron. Si c’est le non, on pourra dire à nos opposants que ce n’est pas une priorité pour les Français. » Au risque d’affaiblir le président sortant avant la présidentielle.