Marseille : Tractations, stratégies et succession, dans les coulisses du quatrième tour à venir de la saga municipale

MAIRIE A l'aube d'un improbable quatrième tour des élections municipales à Marseille, les négociations vont bon train pour désigner le successeur de Michèle Rubirola 

Mathilde Ceilles avec A.M.

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L'hôtel de ville de Marseille
L'hôtel de ville de Marseille — FREDERIC MUNSCH/SIPA
  • Avant le conseil municipal historique de lundi à Marseille visant à élire un nouveau maire, chaque camp politique affine ses stratégies.
  • La gauche cherche à obtenir un large consensus autour de Benoît Payan, nécessaire à son élection.
  • La droite préfère de son côté attendre pour déterminer sa stratégie en fonction de ce que la gauche fera.

Longtemps, sur un meuble à l’entrée du bureau de maire de Jean-Claude Gaudin a trôné en bonne place une image surprenante. Tirée de La Provence, une caricature de Games of Thrones avec, à la place des principaux personnages de la célèbre série, les visages des personnalités politiques marseillaises. Le maire LR de Marseille est parti avec sa drôle d’image, mais la vie politique marseillaise conserve ses airs de série romanesque. La démission ​ ce mardi de Michèle Rubirola , officiellement pour raisons de santé, est venue ouvrir un nouvel épisode dans la saga municipale aux rebondissements déjà multiples : celui d’un inattendu quatrième tour, qui se déroulera ce lundi au conseil municipal.

L’actuel premier adjoint, le socialiste Benoît Payan a été désigné par la maire pour prendre la suite de Michèle Rubirola, qui revendique de son côté le poste de premier adjointe. Après s’être administré une cure de silence, y compris sur les réseaux sociaux sur lesquels il est habituellement très actif, Benoît Payan s’est adressé à ses électeurs par Facebook, ce mercredi dans l’après-midi, pour confirmer la nouvelle tonitruante : « Je me présenterai pour concrétiser le projet que nous avons porté ensemble, celui de faire participer tous les Marseillais, de relever notre ville et d’en finir avec l’incurie de ces dernières années ».

« Cette tambouille, ces magouilles »

« Nous regrettons profondément cette tambouille, ces magouilles, qui sont exactement ce qui détourne aujourd’hui nos concitoyens de la chose politique, de la chose publique », tance l’opposition LR dans un communiqué. « Cette situation pose clairement une question de démocratie locale, et entretient une certaine confusion, analyse le politologue Nicolas Maisetti. Il y a derrière tout cela la question d’une sorte de forfaiture démocratique. Certains du Printemps marseillais, en off, s’en émeuvent, en disant que cela renvoie une image démocratique pas terrible. »

Officiellement, Benoît Payan a le soutien plein et entier de ses colistiers. « Au sein de notre groupe, il y a une bonne cohésion, qui a même été renforcée après l’annonce de Michèle Rubirola », affirme Olivia Fortin, une des chevilles ouvrières du Printemps Marseillais. Mais avec sa majorité relative, le Printemps marseillais à lui seul n’a pas l’assise suffisante pour catapulter un de ses membres sur le fauteuil de maire sans alliance. C’est d’ailleurs à la faveur d’une large union de la gauche que Michèle Rubirola avait été élue en juillet dernier, après avoir été désignée tête de liste pour obtenir un consensus au sein du mouvement, dont ne bénéficiait pas Benoît Payan.

Samia Ghali toujours silencieuse

Dans un long communiqué envoyé ce mardi, le chef de file des écologistes au sein du conseil municipal, Sébastien Barles, regrette avec émotion le départ de son « amie » Michèle Rubirola… sans jamais mentionner une seule fois le nom de Benoît Payan. « Nous continuerons à être unis dans notre diversité pour le respect du contrat commun », prévient même celui qui a été candidat aux municipales, contre le Printemps marseillais.

Surtout, alors que les principales personnalités politiques marseillaises ont réagi quelques heures après la démission de Michèle Rubirola, une adjointe au maire détonne par son silence. Et pas des moindres. « Je n’ai pas croisé Samia Ghali depuis la semaine dernière, lance Jean-Marc Coppola, un autre pilier du Printemps marseillais, actuel adjoint à la culture. Pourquoi elle ne parle pas ? Je n’en sais rien, elle doit être abasourdie, sidérée… Elle doit avoir besoin de temps pour discuter avec son groupe et ensuite s’exprimer. »

« On a tous besoin de discuter »

L’élue médiatique des quartiers Nord, qui n’a obtenu que huit sièges au conseil municipal l’été dernier, cherche depuis des années à peser dans le jeu municipal. Elle n’avait d’ailleurs pas fait partie du Printemps marseillais, préférant mener ses propres listes, et a nourri des relations tendues dans le passé avec Benoît Payan. « Aujourd’hui, on a tous besoin de discuter, lance Yannick Ohanessian, proche de Benoît Payan et adjoint au maire. Il est donc évident qu’on a des discussions avec Samia Ghali et que le lien est établi. »

Selon nos informations, si la candidature de Benoît Payan au poste de maire suscite encore des réticences, les élus du Printemps marseillais et de Samia Ghali pourraient se ranger derrière le socialiste ce lundi au conseil municipal à la faveur de promesses concernant les prochaines élections départementales et régionales. Interrogé par SMS sur la date d’une prise de parole de l'ancienne sénatrice sur le sujet, son entourage nous répond d’un seul mot : « Bientôt ». Samia Ghali prendra finalement la parole ce jeudi à 13 heures. 

Des arbitrages en cours ?

« Je lis ici et là qu’il y a des arbitrages en cours, s’agace Jean-Marc Coppola. C’est faux, il n’y a pas de débat. Samia Ghali avait d’ailleurs dit après le 4 juillet qu’elle n’aurait jamais voté à droite. Est-ce que certains profiteraient de la situation par opportunisme pour négocier quelque chose ? Mais qui oserait fissurer cette majorité de gauche ? »

Face à ce scénario incertain, la droite patiente. Elle s’est réunie ce mercredi dans la matinée, sans prendre de décision sur le ou la candidat-e à présenter ou non ce lundi. « Nous sommes 37 personnes de talents variés, et nous serons en discussion jusqu’à dimanche soir, prévient la chef de file LR Catherine Pila. Nous laissons venir les choses du côté du Printemps marseillais, qui manque d’unité et nous attendons dimanche soir pour voir ce qu’il se passe de leur côté. »

De son côté, le sénateur Stéphane Ravier (RN) crie à l’imposture et réclame la tenue de nouvelles élections. « C’est pour moi le scénario le moins probable, mais certains, y compris au sein du Printemps, sont en train de faire leurs calculs, affirme Nicolas Maisetti. Il faudrait pour cela une démission collective du conseil municipal, ce qui provoquerait de nouvelles élections dont certains estiment qu’elles pourraient être plus favorables encore au Printemps marseillais. Ils pensent notamment pouvoir récupérer le 11-12, entaché par les histoires de fausses procurations, et le 15-16 et ainsi être définitivement débarrassé de la problématique Ghali. Mais c’est aussi très risqué ! »