Marseille : Et maintenant, qui va devenir maire à la place de Michèle Rubirola ?

POLITIQUE Un temps décrié, le socialiste Benoît Payan, premier adjoint de Michèle Rubirola, est en bonne place pour occuper la place de cette dernière, mais doit aussi s'assurer du soutien de Samia Ghali

Mathilde Ceilles

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Benoît Payan et Michèle Rubirola sur le Vieux-Port
Benoît Payan et Michèle Rubirola sur le Vieux-Port — Christophe Simon / AFP
  • La maire de Marseille Michèle Rubirola a annoncé sa démission.
  • Elle souhaite occuper la place de première adjointe et céder son fauteuil de maire à ce dernier, le socialiste Benoît Payan.
  • Critiqué par le passé, Benoît Payan a le soutien des élus du Printemps marseillais mais rien ne lui assure pour l’heure les voix déterminantes de Samia Ghali

Si l’on en croit le discours de Michèle Rubirola, ce n’est pas grand-chose : une simple question d’inversion, un petit déménagement sans heurt. La maire de Marseille irait dans le bureau qui lui fait face, à quelques mètres de là, celui réservé au premier adjoint, tandis que son premier adjoint, le socialiste Benoît Payan, déménagerait dans cette petite salle mythique dans l’aile droite de la mairie, qui a longtemps été le temple de Jean-Claude Gaudin. Quelques mètres en somme les séparent et rien d’autre, selon l’écologiste.

« Nous formons un binôme et je souhaite que notre binôme continue mais s’inverse et que Benoît devienne maire », lance Michèle Rubirola devant la presse, après avoir annoncé sa démission à venir. « Nous formons un collectif avec le Printemps marseillais et c’est ce collectif que notre ville a choisi. Elle a choisi un projet plus qu’un visage. »

Benoît Payan, de controversé à adoubé

Mais certaines distances, même les plus courtes comme celles qui séparent le bureau de maire de Marseille de celui de premier adjoint, peuvent en réalité avoir des allures de gouffre. Déjà pressenti pour mener la liste du Printemps marseillais, Benoît Payan avait fait l’objet au début de l’année de critiques de la part de l’aile la plus à gauche du Printemps marseillais. Le chef de l’opposition socialiste sous Jean-Claude Gaudin était notamment accusé d’être un apparatchik du PS. « Refusant de servir de prétexte à la division », le quadragénaire avait alors renoncé à briguer la tête de liste de ce mouvement, laissant sa place à l’écologiste et novice en politique Michèle Rubirola, dont la candidature avait fait consensus.

Mais ça, c’était avant. Les piliers historiques du Printemps marseillais l’assurent : Benoît Payan peut désormais compter sur le soutien des 44 élus du mouvement. « Pendant la période d’absence de Michèle liée à ces ennuis de santé, on a pu avoir un aperçu de ce que pouvait être la gestion exercée par Benoît, estime Olivia Fortin, quatrième adjointe et une des chevilles ouvrières du Printemps marseillais. Benoît Payan est tout à fait au cœur des dossiers, puisque depuis le début, ils travaillent ensemble, main dans la main, pour toutes les décisions qui sont prises. On a toute confiance et on lui trouve toute légitimité pour ce rôle-là demain. »

Ghali faiseuse de rois

Le premier adjoint, dont les larges délégations lui laissaient la main sur des dossiers stratégiques, s’était retrouvé en septembre denier maire par intérim pendant la convalescence de Michèle Rubirola, le tout en pleine crise sanitaire. Un imprévu qui avait permis à Benoît Payan de se faire remarquer, en s’opposant au gouvernement qui venait alors d’annoncer la fermeture des bars et restaurants dans les grandes villes de France dont Marseille.

Mais le chemin est encore long jusqu’au bureau de maire pour Benoît Payan. Le Printemps marseillais bénéficie encore et toujours d’une majorité relative et a besoin, comme lors de la folle élection de Michèle Rubirola à la tête de Marseille en juillet dernier, du soutien de Samia Ghali pour pouvoir accéder à la fonction suprême. Or, les inimitiés passées entre Benoît Payan et l’élue des quartiers Nord sont un secret de polichinelle.

Interrogée par 20 Minutes, Samia Ghali laisse planer le doute. « Pour le moment, je réserve ma déclaration », fait-elle savoir comme unique réponse. « Va-t-elle nous rejouer le match du 4 juillet ? s’interroge Jean-Marc Coppola, adjoint au maire de Marseille. Je ne l’espère pas. J’espère qu’elle prendra ses responsabilités. Nous allons continuer à agir dans l’intérêt des Marseillaises et des Marseillais. » L’élection officielle du nouveau maire de Marseille et de l’ensemble des adjoints interviendra ce lundi à l’issue d’un conseil municipal dédié à ce sujet.