Présidentielle 2022 : Bruno Retailleau accentue la pression sur les Républicains pour organiser une primaire

DROITE Le sénateur de Vendée va proposer une primaire à un tour lors d'un bureau politique du parti qui s'annonce tendu ce mercredi

Thibaut Le Gal

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Damien Abad et Bruno Retailleau, les présidents des groupes parlementaires à l'Assemblée et au Sénat.
Damien Abad et Bruno Retailleau, les présidents des groupes parlementaires à l'Assemblée et au Sénat. — Jacques Witt/SIPA
  • Bruno Retailleau souhaite une primaire à un tour pour choisir le candidat de la droite pour la préisdentielle 2022.
  • Cette proposition sera étudiée ce mercredi par le bureau politique du parti.
  • La direction a déjà écartée à plusieurs reprises l'idée d'organiser une primaire à droite.

Un bureau politique qui sent le soufre. Bruno Retailleau compte bien accentuer la pression sur la direction du parti, ce mercredi, à l’occasion d’un rassemblement de l’instance dirigeante des Républicains. « Il va y avoir du sport », s’amuse un de ses membres. Car le patron des sénateurs LR, qui ne cache pas ses ambitions pour 2022, va mettre sur la table sa proposition d’une primaire à un tour pour désigner le candidat de droite à la présidentielle. « Quand il n’y a personne qui écrase le match, je ne connais rien de mieux que la règle de la démocratie », a-t-il insisté mardi sur France 2.

Une piste déjà écartée à maintes reprises par la direction, Christian Jacob en tête, qui ne veut pas entendre parler de primaire et préfère temporiser à l’après-régionales, en juin prochain.

« On peut la bricoler comme on veut, mais la primaire fabrique des divisions »

« La primaire ouverte sert l’intérêt de la droite, qui est aujourd’hui mal en point. Avoir une séquence médiatique comme en 2016 nous permettra de gagner en visibilité mais aussi de trancher la ligne politique pour 2022 », plaide un proche de Bruno Retailleau. Son entourage l’assure : plusieurs cadres du mouvement souhaitent également accélérer dans le processus de désignation. Mais la question d’une primaire, toujours inscrite dans les statuts du parti, reste hautement sensible.

« Chacun ses obsessions », balaie le député du Lot Aurélien Pradié, qui y est « profondément » opposé. « On peut la bricoler comme on veut, mais la primaire fabrique des divisions, quoi qu’on en dise. Notre obsession, c’est de rassembler les Français, pas de créer un système pour fabriquer un candidat sectaire. Nous verrons après les régionales ce qu’il en est, n’en déplaise à ceux qui ont la trouille pour leur avenir », tacle le numéro 3 de LR.

Le patron de la droite, Christian Jacob, répète depuis plusieurs mois qu’il ne veut pas perturber la campagne des élections locales avec la question du casting présidentiel. « Je pense, comme lui, que la priorité est à la lutte contre la crise sanitaire et économique, à la préparation des départementales et régionales et au travail de fond, abonde Daniel Fasquelle, le trésorier du parti. Il sera toujours temps de trancher cette question de la primaire en juillet prochain pour choisir notre candidat à l’automne. Gardons notre sang-froid et évitons les débats qui ne peuvent que nous diviser. »

Imposer Bertrand par les sondages ?

Le président du Sénat, Gérard Larcher, a annoncé en octobre qu’il allait réfléchir avec Christian Jacob à un « système de départage », mais rien n’a aujourd’hui filtré. « La ligne Retailleau est clivante et ne fait pas l’unanimité, confie une élue membre du bureau politique. Parler à la base militante, c’est bien, mais ce n’est pas suffisant pour gagner une présidentielle ».

En privé, nombreux pensent que la direction a déjà sa stratégie en tête : espérer une réélection de l’ex-LR Xavier Bertrand à la présidence des Hauts-de-France au mois de juin prochain pour l’imposer comme champion de la droite. Ce dernier, en cours de rapprochement avec son ancien parti, a d’ailleurs qualifié lundi d'« usine à gaz » cette idée de primaire. « Bertrand comme Pécresse ou Wauquiez auront une relégitimation populaire en cas de réélection aux régionales. Pas Retailleau, qui restera le sénateur de Vendée où, quand on est de droite, il suffit de s’inscrire en préfecture pour être élu », ironise le patron d’une fédération LR.

Le Vendéen fustige, lui, une « stratégie du tout sauf Retailleau », où le parti imposerait à ses militants un candidat sans leur demander leur avis. « On n’est pas là pour faire de l’anti-Retailleau, qui apporte beaucoup à notre famille politique, mais pour faire gagner la droite. Le meilleur scénario est qu’une personnalité se détache », tente de rassurer l’élu de l’Ain Damien Abad, président du groupe LR à l’Assemblée. Mais l’entourage de Retailleau prévient que leur protégé ne lâchera pas. « Attendre qu’un candidat s’impose, ça veut dire quoi ? Ils sont en réalité tétanisés que les militants désignent quelqu’un qu’ils ne souhaitent pas. »