Réforme des retraites : L'exécutif peut-il encore relancer le texte avant 2022 ?

EXPLOSIF La relance de la réforme des retraites, repoussée en raison de la crise du coronavirus, ne fait pas consensus dans l’exécutif

Thibaut Le Gal

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Jean Castex et Bruno Le Maire.
Jean Castex et Bruno Le Maire. — Jacques Witt/SIPA
  • La réforme des retraites a été suspendue par la crise liée au coronavirus.
  • Bruno Le Maire souhaite mener cette réforme à son terme pour diminuer la dépense publique, alors que la dette a explosé et devrait atteindre 117,5 % du PIB cette année.
  • Au sein du gouvernement, on assure que le texte n’est aujourd’hui pas la priorité.

La réforme des retraites bientôt de retour ? Il y a un an, presque jour pour jour, des centaines de milliers de personnes manifestaient dans toute la France contre le projet de « mise en place d’un système à points » du gouvernement. Face à « l’obstruction parlementaire » à l’Assemblée nationale, le gouvernement avait dû passer le texte en force, début mars, en recourant à l’article 49-3. Quelques jours, plus tard, l’épidémie de  coronavirus stoppait net ce conflit social, avant même que le projet de loi n’arrive au Sénat.

L’exécutif n’a jamais renoncé à aboutir ce projet de loi « essentiel », traduction d’une promesse de campagne d’Emmanuel Macron. Mais la majorité fait parfois preuve de dissonances sur la méthode à employer pour relancer cette réforme et sur le calendrier de ce dossier « brûlant ».

« Aujourd’hui, les conditions ne sont pas réunies pour reprendre les discussions »

« La première intuition qui était la mienne, de dire que c’était une excellente première réforme de deuxième quinquennat, est finalement assez adaptée à l’air du temps », a plaidé Richard Ferrand dimanche sur France 3. En souhaitant repousser le texte à l’après 2022, le président LREM de l’Assemblée nationale semble s’opposer au ministre de l’Economie, Bruno le Maire, qui en faisait fin novembre une « priorité absolue » pour rembourser la dette, s’attirant des oppositions au sein même du gouvernement.

« C’est une réforme essentielle et prioritaire. Mais il n’est pas question aujourd’hui de reprendre les concertations alors que l’on est au cœur de la crise du coronavirus, assure-t-on dans l’entourage de Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement. Cela reprendra le moment venu selon l’évolution de la crise sanitaire. » Même topo dans l’entourage de Laurent Pietraszewski, secrétaire d’Etat chargé de la réforme : « Il n’y a pas d’évolution depuis la suspension au moment du premier confinement. Aujourd’hui, les conditions ne sont pas réunies pour reprendre les discussions nécessaires avec les organisations syndicales. »

« Plus on attend, plus le déficit s’accroît »

Sur France Info, ce lundi matin, Bruno Le Maire a de nouveau évoqué le sujet. « Ce sera au président de la République, et à lui seul, de décider du calendrier. Mais les faits sont têtus, vous ne pouvez pas avoir un régime de retraites déficitaire pendant des décennies, jusqu’en 2045 », a-t-il avancé. Celui qui est aussi ministre des Finances a évoqué la nécessité d’aller au bout de cette réforme pour diminuer la dépense publique, alors que la dette a explosé et devrait atteindre 117,5 % du PIB cette année, en raison de l’épidémie.

« Ce n’est pas à nous de fixer le calendrier. Mais notre responsabilité est de rembourser la dette, et cela passe par trois sources possibles : le retour de la croissance, la maîtrise des dépenses et les réformes structurelles », dit-on à Bercy. « Ce n’est aujourd’hui pas le moment, puisque le gouvernement se consacre à la crise sanitaire et économique immédiate. Mais plus on attend, et plus le déficit s’accroît ».

Cette course contre la dette est pour l’instant écartée par Matignon : « Cette réforme est une priorité en termes d’importance, mais pas en termes d’agenda. La réforme des retraites est bien une piste pour réguler la dette, qui est en train d’exploser, mais la question ne se pose pas tant que la crise sanitaire n’est pas terminée. »

« C’est un sujet brûlant »

Si l’exécutif est prudent, c’est que la réforme des retraites est aussi un sujet explosif politiquement. Avant son passage à l’Assemblée nationale, le texte avait entraîné des semaines de mobilisation et de grèves, l'opposition unanime des syndicats, et des doutes jusqu'au sein de la majorité. « C’est un sujet brûlant et avec tout ce qu’on vit en ce moment, ce n’est pas le bon moment », confie une source gouvernementale, alors qu’Emmanuel Macron assure depuis le début de la crise vouloir au contraire « apaiser » le pays.

Selon plusieurs parlementaires, le calendrier s’annonce déjà chargé jusqu’à la fin de quinquennat. « Les réformes structurelles, des retraites comme de l’assurance-chômage, sont nécessaires pour le pays. Et elles le seront plus encore en sortie de crise, indique Laurent Saint-Martin, député LREM du Val-de-Marne et rapporteur général de la commission des Finances. Mais quand on regarde le calendrier, ça ne me paraît pas possible de faire passer ces réformes avant la fin de mandat. »