Revenu de base en Gironde : « Le temps n’est plus au débat, il est à l’application », estime le président du département Jean-Luc Gleyze

INTERVIEW Pour le président du département Jean-Luc Gleyze (PS), le contexte de la crise du Covid-19, qui a accentué la précarité dans le pays, démontre l’urgence de la mise en place d’un revenu de base

Propos recueillis par Elsa Provenzano
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Le président socialiste du département de la Gironde, Jean-Luc Gleyze. (archives)
Le président socialiste du département de la Gironde, Jean-Luc Gleyze. (archives) — MEHDI FEDOUACH / AFP
  • Le président (PS) du conseil départemental de la Gironde Jean-Luc Gleyze porte depuis 2017 un projet de revenu de base dégressif.
  • Il devrait permettre de garantir à une partie des citoyens, qui vivent en dessous d’un certain niveau de ressources, un complément de revenu les hissant au niveau du seuil de pauvreté.
  • La Gironde attend un feu vert national, comme d’autres conseils départementaux, pour se lancer dans une généralisation du revenu de base, considérée comme une urgence par le département dans le contexte social actuel.

Il y a deux ans, la proposition d’expérimenter un revenu de base portée par plusieurs départements dont la Gironde avait été balayée par l'Assemblée Nationale. L’idée a visiblement fait son chemin puisque les députés viennent de voter une résolution qui face à la crise du Covid-19 estime nécessaire « un filet de sécurité inconditionnel et universel pour tous ». Jean Luc Gleyze, président socialiste du Département de la Gironde qui porte un projet de revenu de base répond aux questions de 20 Minutes sur le sujet.

Pourquoi la résolution de l’Assemblée nationale vous a-t-elle fait réagir ?

Avec d’autres départements, nous avons réagi immédiatement dans une lettre ouverte où, constatant que l’Assemblée nationale entrouvre la porte, nous soulignons que nous sommes présents pour expérimenter un revenu de base. Cette résolution vient sous forme d’aveu de la majorité pour reconnaître que ce qu’on avait proposé il y a deux ans et que les députés avaient refusé de mettre en débat mérite aujourd’hui non pas seulement un débat à l’Assemblée nationale, mais un débat national et citoyen.

A l’échelle de la Gironde, il y a déjà eu un débat citoyen sur le sujet et vous souhaitez donc aller plus loin à présent ?

Le débat citoyen pour nous a déjà eu lieu en 2017 pour que les habitants donnent leur vision. Nous avions lancé à l’époque une plateforme numérique sur laquelle nous avons recueilli 15.000 contributions. Nous pouvons remettre ces conclusions et celle du jury citoyen à l’Assemblée nationale. Le temps n’est plus au débat, mais à l’application. Il y a deux ans, on voulait une expérimentation, mais aujourd’hui, l’urgence sociale justifie d’emblée la mise en place d’un revenu type revenu de base.

Quelle forme prendrait le revenu de base en Gironde si un feu vert national est donné ?

Ce que nous proposons, c’est une fusion entre le revenu de solidarité active (RSA) et la prime d’activité, qui n’inclut pas l’aide personnalisée au logement (APL) ou les allocations liées au handicap et au grand âge. C’est aussi un revenu qui devrait couvrir le non-accès aux droits (les 30 % qui aujourd’hui y sont éligibles mais ne bénéficient pas du RSA) en incluant les jeunes de 18 à 25 ans. On défend une automaticité du versement dès qu’on remplit les conditions et avec l’impôt à la source, on est capable mois par mois de réaliser ces versements. Le revenu de base moyen a été établi à 860 euros par la concertation mais on vise davantage le seuil pauvreté, qui s’établit à 1.000 euros. L’idée c’est très concrètement d’aider par exemple une retraitée qui gagne 650 à 700 euros actuellement à obtenir 1.000 euros. Nous ne verserions pas le revenu de base à tous les citoyens, mais seulement jusqu’à un certain niveau de revenus. Cela permet d’envisager un modèle de financement crédible au niveau national. Si on part sur un modèle universel, il faut une réforme fiscale, c’est-à-dire qu’il faut envisager la redistribution fiscale des plus riches vers les plus pauvres.

Les jeunes de 18-25 feraient partie des bénéficiaires. Pourquoi c’est important à votre sens ?

Ils sont souvent exclus des minima sociaux. C’est un facteur d’inégalité dans les études car ceux dont les familles n’ont pas les moyens de les aider doivent trouver des petits boulots.

Combien de temps prendrait la mise en œuvre du modèle dégressif dans le département ?

Il faudrait compter huit à dix mois pour y déployer ce modèle. Mais nous sommes d’ores et déjà capables de mettre en place un revenu de base de façon très opérationnelle, dans 24 départements.

Seuls des départements socialistes ont signé la lettre ouverte, est-ce un combat de partis ?

Je pense qu’aujourd’hui ce n’est plus un combat de gauche mais un combat de société qui est partagé dans plusieurs franges de la population, quelles que soient les obédiences politiques. La crise Covid 19 ouvre les yeux de nos citoyens. Au-delà, il y a un vrai débat de société à avoir sur la protection sociale et sur la valeur travail versus la valeur d’utilité sociale. Par exemple, si on prend le cas d’une maman qui arrête de travailler pour s’occuper de son enfant handicapé, doit-on la laisser dans la précarité en lui versant uniquement le RSA ou peut-on considérer qu’elle a une vraie utilité sociale ?