Coronavirus : Mais dans quelle crise politique le gouvernement s’est-il encore fourré ?

DECONFINEMENT Alors que le cap des 5.000 cas par jour s’éloigne pour le 15 décembre, le gouvernement se retrouve empêtré dans une nouvelle crise : faudra-t-il déconfiner quand même à l’approche de Noël ?

Jean-Loup Delmas

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Le premier ministre Jean Castex est (encore) dans la tourmente
Le premier ministre Jean Castex est (encore) dans la tourmente — Thibault Camus/AP/SIPA
  • Cela semblait une bonne idée. Emmanuel Macron avait annoncé un calendrier à moyen terme d’échéances à venir si des chiffres précis de circulation du virus étaient respectés.
  • Mais ce planning est en train de se retourner contre le gouvernement, alors que le cap de contaminations par jour pour atteindre le déconfinement semble impossible.
  • Comment le gouvernement a-t-il réussi à se mettre encore dans la panade ?

Mais dans quelle galère s’est encore mis le gouvernement français ? En ouvrant la voie à un déconfinement le 15 décembre à la condition de chiffres qui paraissent ce mardi – à une semaine de l’échéance – impossibles à atteindre, l’exécutif se retrouve dans une situation complexe. Faut-il déconfiner quand même quitte à rendre (encore plus) incohérent le discours et à risquer un rebond de  l'épidémie, ou repousser le déconfinement alors que Noël arrive et que le moral des Français est déjà au fond du seau ?

Pris entre le traîneau et l’enclume, le gouvernement devrait se décider dans les prochains jours sur les échéances à venir, peut-être dès jeudi lors de la conférence de presse du Premier ministre Jean Castex. Comment en est-on arrivé à cette nouvelle crise  politique ?

Ne pas vendre la peau de l’épidémie avant de l’avoir régulé

Pour Stéphane Rozès, politologue et président de Cap (Conseils, analyses et perspectives), c’est avant tout l’exécutif lui-même qui s’est empêtré tout seul dans cette situation : « Il a confondu ses désirs avec les réalités en fixant un cap de 5.000 cas par jour au 15 décembre et il souhaitait absolument annoncer des bonnes nouvelles, sans prévoir qu’elles seraient peut-être impossibles ».

Péché d’optimisme mais péché d’orgueil également, en ayant voulu fixer des échéances à long terme pour un virus si difficile à prévoir. « Pour une fois que le gouvernement a voulu anticiper, il s’est montré trop ambitieux dans ses chiffres, ce qui lui retombe dessus », tance le politologue.

Trop prédire le futur, c’est s’éloigner du présent

Un précédent raté aurait dû inviter l’exécutif à la modestie. Emmanuel Macron avait annoncé lors de son allocution de reconfinement le 28 octobre que 9.000 malades du coronavirus au minimum seraient en réanimation lors du pic de la seconde vague « quoi que nous fassions », alors qu’ils ne furent pas 5.000 au maximum. Cet exemple montrait la difficulté de prévoir une évolution épidémiologique dépendant de tant de facteurs – R, vacances scolaires, gestes scolaires, superspreaders, etc..

« Les Français auraient mieux accepté l’idée d’un confinement prolongé si l’hypothèse du déconfinement n’avait pas été si vite posée, analyse Stéphane Rozès. A vouloir donner des bonnes nouvelles sans certitude, le gouvernement a surtout véhiculé de faux espoirs, et des déceptions ».

Décider seul, l’erreur du gouvernement

Se pose alors la question de savoir qui a décidé de fixer ce seuil trop optimiste. Sophie Jehel, maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris 8, dénonce en effet la façon de choisir plutôt que le choix en lui-même des 5.000 cas par jour : « Fixer des chiffres reste une façon d’objectiver les décisions et de rendre publics les critères déclenchant les mesures restrictives. Le problème, c’est que c’est le gouvernement qui décide seul des chiffres et de ses conséquences, du coup cela annule totalement l’effet souhaité. »

Ces décisions arbitraires renforcent le sentiment d’injustice, un sentiment déjà très vivace avec l’échéance de Noël. Les fêtes de fin d’année réduisent d’autant plus la marge de manœuvre possible du gouvernement : « L’exécutif se trouve dans une situation impossible. Il est difficile pour lui de prendre des mesures fortes alors que le moral est au plus bas et que les Français ont l’espoir de passer Noël en famille », analyse Stéphane Rozès. Espoir entretenu par le gouvernement lui-même. Mais si la pression est relâchée le 15 alors que le virus circule encore fortement, « on risque d’avoir un fort rebond après les fêtes qui pourrait mener à un troisième confinement », s’inquiète le politologue.

Patience à bout

Certes, l’impasse n’est pas entièrement imputable à l’exécutif, à qui on peut difficilement reprocher l’existence de l’hiver ou l’importance de Noël. Néanmoins, Sophie Jehel insiste : « Ce genre de dilemme impossible serait mieux perçu et accepté si les Français n’avaient pas cette impression d’un gouvernement qui décide seul pour ensuite infantiliser des Français. Des conseils comme où se mettre à table pour Noël pour limiter la propagation sont quand même à la limite du supportable. »

Même si le gouvernement tente de se défendre de ce choix impossible en indiquant que tous les pays européens connaissent une violente deuxième vague, « les Français ont encore en tête tous les couacs précédents. Le gouvernement ne peut plus se comparer pour se dédouaner, même quand il aurait raison de le faire », finalise Stéphane Rozès. La plus grosse erreur de cette crise pour le gouvernement, ce sont les dizaines qui précèdent.