Mort de Valéry Giscard d’Estaing : Non, l’ancien président n’a pas « confessé » que « sa plus grande erreur » a été le regroupement familial

FAKE OFF En rendant hommage à l’ancien chef de l’Etat, Marine Le Pen a assuré qu’en 2018, VGE « confessa que sa plus grande erreur fut d’instaurer le regroupement familial »

20 Minutes Fake Off

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Valéry Giscard d'Estaing, le 14 novembre 2018, à Berlin.
Valéry Giscard d'Estaing, le 14 novembre 2018, à Berlin. — Stephanie Pilick/AP/SIPA
  • Valéry Giscard d’Estaing est mort mercredi à l’âge de 94 ans.
  • En rendant hommage à l’ancien chef de l’Etat, Marine Le Pen a expliqué qu'« en 2018, il confessa que sa plus grande erreur fut d’instaurer le regroupement familial ».
  • Le président a toutefois publiquement défendu sa mesure, prenant certes du recul avec ses modalités d’application.

Le droit de vote à 18 ans, la légalisation de l’IVG, le divorce par consentement mutuel… De nombreuses réformes ont été votées entre 1974 et 1981, sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing, décédé mercredi à l’âge de 94 ans.

Parmi ces réformes, l’institution en 1976 d’un nouveau droit pour les personnes immigrées : le regroupement familial. Un point qu’a souligné Marine Le Pen dans un tweet mercredi. Après avoir expliqué que Valéry Giscard d’Estaing « fut l’artisan de nouvelles libertés publiques et un ardent soutien du progrès technologique », elle ajoute qu'« en 2018, il confessa que sa plus grande erreur fut d’instaurer le regroupement familial ».

FAKE OFF

La présidente du Rassemblement national reprend le titre d’un article de Valeurs Actuelles publié en 2018. Cet article renvoie lui-même vers un article du Point. Le magazine avait publié, en octobre de cette année-là, les « bonnes feuilles » d’une biographie consacrée à l’ancien chef de l’Etat. L’auteur de cet ouvrage, le journaliste Eric Roussel, avait pu s’entretenir avec Valéry Giscard d’Estaing.

Ni dans l’article du Point, ni dans le passage de la biographie consacré au regroupement familial, Valéry Giscard d’Estaing n’évoque « sa plus grande erreur » au sujet du regroupement familial.

Dans le livre, l’ancien président de la République défend cette mesure, mais regrette la façon dont elle a été appliquée. « L’idée en soi était juste et généreuse, a-t-il confié à Eric Roussel. Mais elle a été mal appliquée, et j’ai eu le tort de ne plus surveiller l’application ; j’en ai donc la responsabilité […]. Nous visions le noyau familial tel que nous le connaissions et nous avons vu arriver des noyaux complètement différents. »

Interrogé à l’occasion de la sortie du livre, Valéry Giscard d’Estaing avait précisé sa pensée et défendu le décret tel qu’il était paru en 1976. « C’était un texte très modéré », avait-il alors lancé, citant les critères que devaient remplir les personnes désireuses d’accueillir leurs proches en France. « La décision d’origine [ce décret] était raisonnable, humaine et ne s’accompagnait d’aucune conséquence négative », avait-il même ajouté.

Pendant cette même intervention au salon Histoire de Lire à Versailles, il avait déploré d’être accusé « d’avoir ouvert les frontières. »

Une pique envoyée à son successeur

Il avait également souligné un changement de politique au début du septennat de son successeur socialiste, François Mitterrand. « Arrive 1981 […]. On abroge le décret, c’est-à-dire qu’on enlève toutes les conditions et, à partir de là, en effet, le regroupement familial s’est fait et se fait sans conditions. »

Le décret n’a pas été abrogé en 1981, mais une circulaire avait ouvert la porte à une interprétation plus large de ce texte. Trois ans plus tard, en 1984, un nouveau décret avait cette fois-ci durcit le texte de 1976, comme le rappelle l’historienne Muriel Cohen.

Le regroupement familial a été reconnu comme un droit par le Conseil d’Etat en 1978. Depuis, de nombreux décrets et lois sont venus modifier ses modalités d’application.