Mort de Valéry Giscard d’Estaing : « Visionnaire » mais « hautain »... Ils gardent un souvenir mitigé de l'ancien chef de l'Etat

VOUS TEMOIGNEZ L’ancien président de la République, décédé des suites du Covid-19, est loin de faire l’unanimité

Pierre Cloix

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VGE a souvent tenté de se donner une image de quelqu'un de «proche» du peuple.
VGE a souvent tenté de se donner une image de quelqu'un de «proche» du peuple. — BORREL/SIPA
  • Valéry Giscard d’Estaing est décédé mercredi à l’âge de 94 ans des suites du Covid-19.
  • Grand réformateur pour les uns, « pire président de le Ve République » pour d’autres, nous avons demandé à nos internautes quel souvenir « VGE » leur avait laissé.

Il y a des personnages qui, avec la patine du temps, ne laissent derrière eux qu’un souvenir édulcoré de leurs actions… Mais Valéry Giscard d’Estaing n’était pas de ceux-là. Du moins si l’on en croit les témoignages que nous avons reçus. Nous avions demandé à nos internautes de nous raconter quel souvenir, quel sentiment, l’ancien président allait leur laisser. Il serait périlleux de trouver un consensus, tant les émotions vont de l’admiration à la détestation, en passant par le mépris et le respect.

« Un bourgeois brillant, extraordinaire réformateur »

Alain fait partie de ceux qui auraient aimé en voir plus de la part de l’ancien président de la République : « Il a été ma jeunesse, un immense espoir, une fierté, un homme d’Etat, un rêve européen, un homme intelligent, visionnaire, un réformateur, accomplissant de belles réformes et de nombreuses lois justes. Quelle tristesse qu’il n’ait pu accomplir plus en ne pouvant être réélu. » Cette notion de modernité dont fait part Alain au début de son témoignage revient à plusieurs reprises parmi ses défenseurs : « J’ai grandi sous le septennat de Giscard. Son œuvre de modernisation profonde ne faisait pas autant débat que les initiatives d’aujourd’hui. On y adhérait largement, notamment les droits des femmes, l’Europe, Airbus, Ariane, le nucléaire, le TGV et le plan télécoms », se souvient Marcel-Eric.

Même ceux qui, comme Pierre, n’étaient pas en adéquation totale avec sa politique, lui reconnaissait cette volonté de « moderniser » le pays : « Bien que n’ayant pas voté pour lui, j’ai approuvé ses débuts : le soutien à Simone Veil, l’abaissement de l’âge de la majorité… Avec le recul, je le remercie du souffle d’air frais des premières années, très appréciables dans la France ultra-coincée de cette époque », concède-t-il. Edouard, quant à lui, va bien plus loin : « Un bourgeois brillant, extraordinaire réformateur dont l’action a été systématiquement minimisée. Il a fait entrer la France dans le XXe siècle. » Ni plus, ni moins.

Pourtant, et même parmi les témoignages les plus élogieux, les astérisques ne tardent pas à pleuvoir. Partiellement pour les « casseroles » qui ont émaillé son mandat. En vrac : Les avions renifleurs, les diamants de Bokassa, la dette publique que certains lui reprochent, les « affaires » financières…

Le « mépris pour le petit peuple »

Mais s’il y a bien un reproche qui sort du lot, parmi vos témoignages, il concerne la personnalité de l’ancien chef de l’Etat. Vous êtes nombreux à le considérer comme quelqu’un de « hautain » : « Le Président Giscard D’Estaing se considérait comme une élite. Fier de sa personne, il essayait auprès des Français d’assouplir ce trait de personnalité en jouant de l’accordéon, en allant dîner chez des familles modestes. Il lui manquait la chaleur humaine. De ce côté il ne pouvait rivaliser avec Jacques Chirac. » En lui opposant son ex-Premier ministre, Monique met en avant le gouffre qu’il pouvait sembler y avoir entre « VGE » et la population française :

Si Chirac et son combo « choucroute-bière » lui ont garanti, avec le temps, un souvenir sympathique, le successeur de Pompidou ne jouit pas d’un tel privilège : Hervé parle de son « mépris pour le petit peuple », tandis que Jean-Yves le qualifie « d’incompétent hautain ». L’anecdote de Cindy, elle aussi, va en ce sens : J’ai le souvenir d’un jour pluvieux lors d’un voyage scolaire dans le Puy-de-Dôme, il est arrivé dans le restaurant où nous nous trouvions. Il était élégant et avait fière allure. Lui et ses accompagnants nous ont mis dehors et ont fait en sorte que les cuisines nous préparent des sandwichs. Nous avons donc mangé, à l’âge de 12 ans, dehors pour les laisser au chaud. Voilà le souvenir que j’ai de cet homme est… Froid et humide, à l’image de mon sandwich. » Glaçant.

En définitive, vos souvenirs sont, à l’image de celui de Cindy, partagés entre la « fière allure » de Valéry Giscard d’Estaing et son air parfois qualifié d’altier. Un souvenir mitigé, entre une certaine idée de la modernité et un « naturel vieille France ».