Mort de Valéry Giscard d’Estaing : Europe, centrisme, transgression… Quels points communs entre VGE et Emmanuel Macron ?

DISPARITION « 20 Minutes » a interrogé des élus LREM sur les points communs entre Emmanuel Macron et VGE, décédé mercredi soir à l’âge de 94 ans

Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron et Valéry Giscard d'Estaing, illustration.
Emmanuel Macron et Valéry Giscard d'Estaing, illustration. — Thomas Samson/AP/SIPA
  • Le troisième président de la Ve République est mort mercredi soir à l’âge de 94 ans.
  • Ambition européenne, « modernité », profil libéral et réformateur… Emmanuel Macron a souvent été comparé à VGE lors de la campagne présidentielle 2017.
  • 20 Minutes a demandé à des élus de la majorité de revenir sur les points communs et les différences entre les deux présidents.

« Son septennat transforma la France. » Emmanuel Macron a salué la mémoire de l’ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing, décédé mercredi soir à l’âge de 94 ans. « Les orientations qu’il avait données à la France guident encore nos pas. Serviteur de l’État, homme politique de progrès et de liberté, sa mort est un deuil pour la nation française », ajoute l’actuel chef de l’Etat dans un long message de condoléances communiqué par l’Elysée. Il lui rendra également un hommage dans une allocution télévisée ce jeudi soir. On fait le point sur les points communs et les différences entre les deux dirigeants.

Gouverner au centre

Le jeune âge de l’accession à l’Elysée rapproche d’abord les deux hommes. Valéry Giscard d’Estaing est élu chef de l’Etat en 1974, à l’âge de 48 ans. Il est à l’époque le plus jeune président de la Ve République. Ce record de précocité n’est battu que 43 ans plus tard par Emmanuel Macron, qui entre à l’Elysée à 39 ans. Comme l’actuel président, VGE est alors un pur produit de l’élite française, diplômé de l’ENA avec un passage à l’inspection des finances.

« Malgré leurs parcours de vie différents – l’un était un élu local depuis des années, l’autre vient du privé –, il y a évidemment des points communs : les deux ont été ministre de l’Economie avant d’accéder à l’Elysée, souligne le député La République en marche de Paris Sylvain Maillard. Et ils ont eu une volonté de modernité, de faire différemment, de remplacer une offre politique existante en dirigeant la France au centre. » Si le candidat Macron a fait campagne sur la promesse d’un renouvellement politique, c’est en s’opposant au gaullisme que VGE parvient à conquérir l’Elysée en 1974, en s’imposant d’abord à droite face à Jacques Chaban-Delmas, héritier revendiqué du général de Gaulle, puis en battant sur le fil le candidat socialiste François Mitterrand.

« J’ai le sentiment que VGE était plus transgressif dans les codes »

« Ce qui est amusant, c’est que Valéry Giscard d’Estaing avait théorisé cette nécessité d’union par le centre, de dépassement des clivages, avec son livre "Deux Français sur trois". C’est exactement le score d’Emmanuel Macron de la présidentielle 2017 [au second tour, 66.1 %], même si la situation politique était différente, avec une extrême droite quasi-inexistante à son époque », convient Roland Lescure, député LREM des Français de l’étranger. « VGE ne voulait pas dépasser ce clivage mais promouvoir un conservatisme de centre-droit, alors qu’Emmanuel Macron défend un vrai projet de dépassement », a nuancé l’entourage de l’actuel président de la République auprès de l’AFP.

Par son style et une communication politique renouvelée, Valéry Giscard d’Estaing a par ailleurs souhaité incarner la modernité, tranchant avec les politiques de son époque. « J’ai le sentiment que VGE était plus transgressif dans les codes, par rapport à l’époque où il arrive, que ne l’est ou ne l’a été Emmanuel Macron », reconnaît Sylvain Maillard. L’ancien président entendait alors alléger la présidence, au risque de nourrir les procès en démagogie lorsqu’il s’invitait à dîner chez les Français ou jouait de l’accordéon devant les caméras de télévisision.

L’Europe, « la matrice des deux hommes »

« Ce sont les deux plus grands présidents européens que j’ai connus », a réagi ce jeudi Jacqueline Gourault, la ministre de la Cohésion des Territoires, à l’AFP. « L’Europe est la matrice des deux hommes. VGE était bien sûr d’une autre génération, qui avait connu la guerre. Mais il a vite compris que le renforcement des liens européens était la seule manière d’avancer », indique Roland Lescure.

Pendant la campagne présidentielle de 1974, VGE défend une relance de la construction européenne, proposant notamment l’élection du Parlement de Strasbourg au suffrage universel, qui se concrétisera sous son impulsion en 1979. C’est lui qui instaure aussi, dès son élection, des « conseils européens » réguliers réunissant les chefs d’Etat et de gouvernement, et crée, en 1979, le Système monétaire européen (SME), qui donnera naissance à l’euro. Il sera, des années plus tard, à la tête de la convention chargée d’élaborer un projet de constitution de l’Union européenne, rejeté par les Français par référendum en 2005.

« VGE a donné une vraie impulsion à l’Europe », salue la députée LREM du Var Valérie Gomez-Bassac. « On est passé avec lui d’une Europe d’après-guerre à une Europe plus intégrée, plus économique, plus politique aussi, ce que souhaite également faire Emmanuel Macron », avec parfois plus de difficultés que son lointain prédécesseur.

L’actuel président souhaitera probablement se distinguer de Valéry Giscard d’Estaing concernant la fin de son mandat. Plombé par la crise économique et le soupçon des affaires, VGE sera battu par François Mitterand en 1981.