Mort de Valéry Giscard d’Estaing : La fin d’un septennat marquée par l’affaire des « diamants de Bokassa »

L'OMBRE AU TABLEAU Retour sur l’affaire démarrée le 10 octobre 1979 lorsque le Canard enchaîné révèle que Giscard a reçu en 1973 du président centrafricain une plaquette de 30 carats de diamants

20 Minutes avec AFP

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Jean-Bedel Bokassa et Valéry Giscard d'Estaing, en 1975.
Jean-Bedel Bokassa et Valéry Giscard d'Estaing, en 1975. — BONNOTTE JEAN CLAUDE/SIPA

C’est une affaire qui aura toujours poursuivi Valéry Giscard d’Estaing. Pour certains, la polémique lui aurait même coûté la victoire à la présidentielle de 1981. Tout débute lorsque Le Canard enchaîné révèle le 10 octobre 1979 que Giscard, alors ministre des Finances, a reçu en 1973 du président centrafricain Jean-Bedel Bokassa une plaquette de trente carats de diamants.

La semaine suivante, Le Canard affirme que la valeur de la plaquette est de 1 million de francs et précise que d’autres diamants lui ont été offerts à l’occasion de ses déplacements à Bangui entre 1970 et 1975. Le 27 novembre, le président Giscard d’Estaing oppose un « démenti catégorique et méprisant » aux allégations concernant la valeur des cadeaux qu’il aurait reçus. « Il faut, dit-il, laisser les choses basses mourir de leur propre poison ».

Pour Giscard, il « n’y a aucun mystère »

Mais cela ne dégonfle pas pour autant la polémique. L’hebdomadaire satirique relance l’affaire un an plus tard, le 16 septembre 1980, en publiant un entretien téléphonique avec l’ancien empereur centrafricain Jean-Bedel Bokassa, déposé de son trône le 20 septembre 1979. Il affirme « avoir remis à quatre reprises des diamants au couple présidentiel. Vous ne pouvez pas imaginer ce que j’ai remis à cette famille-là ».

Le 10 mars 1981, VGE déclare à la télévision qu’il « n’y a aucun mystère dans l’affaire des diamants » et que « le produit de ces cadeaux a été versé à des œuvres humanitaires centrafricaines ». Il précise que les diamants ont été vendus « au profit de la Croix rouge centrafricaine, d’une maternité, d’une pouponnière et d’une mission ». Selon Le Point du 22 mars 1981, qui a consulté la comptabilité des cadeaux officiels à l’Élysée, les diamants ont été vendus pour une somme de 114.977 francs remise à des œuvres de bienfaisance centrafricaines.

« Je les ai gâtés »

Mais Bokassa continue de harceler le président français qu’il juge responsable de son exil. Dans une interview au Washington Post du 8 mai 1981, l’empereur déchu réaffirme avoir offert des diamants à VGE, en présence de témoins, à quatre occasions en huit ans. Contrairement aux indications du président français, pour qui les diamants reçus n’étaient que de petites pierres, Bokassa affirme lui avoir offert des diamants de 10 à 20 carats. Il soutient également avoir offert à la famille Giscard d’Estaing, dont deux cousins, plus de diamants qu’à n’importe qui d’autre. « Je les ai gâtés », déclare-t-il, ajoutant : « ils sont pourris ».

Bokassa reconnaît accorder cette interview, à la veille du second tour de l’élection présidentielle, dans le but d’empêcher la réélection de VGE. « Je règle mes comptes avec ceux qui ont provoqué ma chute », termine-t-il. Le 10 mai, François Mitterrand l’emporte.