Mort de Valéry Giscard d'Estaing : Politiques et médias rendent hommage à l'ancien président « moderne et conservateur »

DISPARITION François Hollande voit en VGE, décédé du Covid-19 à l’âge de 94 ans, un président « résolument européen » mais qui n’a « pas toujours été compris »

Marion Pignot

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Valery Giscard d'Estaing, photographié le 20 août 2015 dans le village de Chanceaux-pres-Loche.
Valery Giscard d'Estaing, photographié le 20 août 2015 dans le village de Chanceaux-pres-Loche. — BALTEL/SIPA

Emmanuel Macron a rendu dans la nuit de mercredi à jeudi hommage à la mémoire de son prédécesseur Valéry Giscard d’Estaing, décédé du Covid-19 entouré des siens dans sa propriété d’Authon dans le Loir-et-Cher, à l’âge de 94 ans. Le président de la république a salué un chef d’Etat dont « le septennat transforma la France ».

« Les orientations qu’il avait données à la France guident encore nos pas. Serviteur de l’Etat, homme politique de progrès et de liberté, sa mort est un deuil pour la nation française », a ajouté Emmanuel Macron dans un long message de condoléances communiqué par l’Elysée.

« Un homme d’Etat qui a fait le choix de l’ouverture au monde »

Le président n’a pas été le seul à évoquer à celui que l’on surnommait VGE. Deux de ses successeurs à l’Elysée lui ont également rendu hommage : Nicolas Sarkozy a salué « un homme qui a fait honneur à la France, un homme pour qui j’ai éprouvé de l’admiration et avec qui j’ai toujours eu plaisir à débattre », tandis que François Hollande a regretté que la France perde « un homme d’Etat qui a fait le choix de l’ouverture au monde », en voyant dans VGE un président « résolument européen » mais qui n’a « pas toujours été compris ».

Très tôt ce jeudi Anne Hidalgo, la maire PS de Paris, a écrit sur Twitter : « J’apprends avec émotion la disparition de l’ancien Président de la République Valéry Giscard d’Estaing. Je salue cet Européen convaincu qui a oeuvré pour inscrire notre pays sur la voie du progrès. Il portait Paris dans son cœur et lui a toujours voué un intérêt tout particulier ».

« Pour des générations entières, notamment pour ceux qui se sont engagés auprès de lui dans leur jeunesse, il a fait souffler un grand vent de modernité sur la société française et fait naître un immense espoir de dépassement et de rassemblement », a réagi auprès de l’AFP François Bayrou, qui fit avec lui ses premiers pas en politique et qui fut son successeur à la tête du parti UDF. « Il reste l’immense souvenir d’intelligence et rires partagés, en même temps qu’une grande nostalgie », a-t-il ajouté.

De son côté, Marc Fesneau, ministre chargé des Relations avec le Parlement, a rappelé « l’héritage » de l’ancien président : « L’IVG, le vote à 18 ans, le divorce par consentement mutuel, l’élan modernisateur… l’idéal européen, toujours. (…) Un héritage et un idéal. » De son côté, Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, a rendu hommage à un « grand Français, un grand Européen, un grand réformateur ».

« Pour ma génération, VGE avait été le président des jours heureux de notre enfance et il était, depuis lors, comme en exil intérieur. Voilà deux ans, j’ai eu la chance d’être reçu par le Président ; sa conversation était éblouissante ; il invitait à regarder haut. Je l’admirais », a écrit Guillaume Larrivé, député LR de l’Yonne.

Les journaux saluent le « destin » français et européen de VGE

Et ce jeudi matin, les photos de Valéry Giscard d’Estaing barrent les unes des journaux, qui saluent le « destin » français et européen de l’ancien président, dépeint comme un réformateur à la fois moderne et conservateur, parfois incompris. Si les images de ses adieux télévisés « font aujourd’hui sourire », elles « symbolisent si bien la faille giscardienne : cette incompréhension qui finalement définit le mieux le rapport qu’il a entretenu avec les Français », juge Paul Quinio dans Libération.

« Au regard de certains de ses successeurs, son bilan ne manque pas d’allure. L’histoire n’a pas encore rendu justice à ce président incompris », commente Jean-Michel Salvator dans le Parisien. « Un peu oublié » des Français, VGE qui certes a quitté le pouvoir « il y a presque quarante ans », aura été « l’artisan d’une modernisation du pays dont il ne sera jamais crédité », estime-t-il.

Pour Didier Rose, des Dernières Nouvelles d’Alsace, le « Kennedy français » a également été « le produit d’une France élitiste et d’héritage. Et en même temps (…) d’une modernité à donner le tournis au pays ». Mais le plus jeune président de son temps, qui a « réécrit l’histoire sociale de la France, quand bien même cela lui a été néfaste », avait « deux versants », insiste-t-il.

L’Assemblée et le Sénat ont observé une minute de silence

« L’ancien et le moderne, une fascination des sommets et une attention au quotidien le plus modeste, dans la cordialité ou parfois dans la rancoeur, avaient un point de jonction : l’Etat, qu’il a servi avec style. Dans une Europe qu’il a rêvée », conclue-t-il. « 1926-2020 Valery Giscard d’Estaing l’Européen », titre d’ailleurs Le Figaro sur sa une.

Pour Yann Marec, du Midi Libre, Valery Giscard d’Estaing « est l’homme d’une forme de réindustrialisation de la France avec malheureusement un premier choc pétrolier, puis un second ». Et d’ajouter : « A 94 ans, cette figure de Chamalières s’est éteinte comme les volcans qu’il chérissait tant ». A noter que l’Assemblée et le Sénat, qui siégeaient au moment de la nouvelle, ont observé une minute de silence.

Figure de la vie politique française, incarnation du centre droit et tombeur du gaullisme, Giscard d’Estaing avait été élu à l’Elysée en mai 1974 à l’âge de 48 ans, alors le plus jeune président depuis Louis Napoléon-Bonaparte. Hospitalisé à plusieurs reprises ces derniers mois pour des problèmes cardiaques, l’une des dernières apparitions publiques de « VGE » remontait au 30 septembre 2019, lors des obsèques à Paris de Jacques Chirac, qui fut à la fois son Premier ministre et son successeur indirect à la tête de l’Etat.