Coronavirus : Le gouvernement face aux défis de la vaccination

EPIDEMIE Les enjeux logistiques et politiques sont importants pour préparer la campagne de vaccination contre le Covid-19

Laure Cometti

— 

Jean Castex et Olivier Véran à l'Elysée.
Jean Castex et Olivier Véran à l'Elysée. — Jacques Witt/SIPA
  • Jean Castex va présenter ce jeudi à 18 heures la stratégie du gouvernement sur les vaccins, une nouvelle étape cruciale dans la gestion de l’épidémie du coronavirus.
  • Après des ratés sur les masques et les tests, l’exécutif veut réussir ce nouveau défi, mais les enjeux logistiques, politiques et pédagogiques sont importants.
  • Pour répondre à la défiance d’une partie de la population face au vaccin, le gouvernement a notamment choisi de nommer un référent sur la vaccination et d’associer un collectif de citoyens.

C’est une opération délicate. Le Premier ministre Jean Castex doit présenter la stratégie de vaccination contre le Covid-19 en France, ce jeudi lors d’une conférence de presse à 18 heures. La validation des premiers vaccins contre le virus, attendue au niveau européen fin décembre, ouvre un nouveau chapitre dans la gestion de la crise sanitaire, peut-être le plus périlleux pour l’exécutif. Après des ratés sur les stocks de masques au printemps et le déploiement des tests lors du déconfinement, le gouvernement veut réussir sa campagne de vaccination.

Une première vague de vaccinations ciblera les pensionnaires d’Ehpad et les personnels soignants, dès la fin décembre ou le mois de janvier. Mais les enjeux logistiques et politiques sont importants pour la deuxième vague de vaccination à destination du grand public, que l’exécutif ambitionne de démarrer au printemps.

Défi numéro 1 : anticiper

Souvent critiqué par l’opposition pour son « manque d’anticipation », l’exécutif prend soin de mettre en avant sa préparation concernant les vaccins. « Nous avons précommandé par le système européen de quoi vacciner 100 millions de personnes », a assuré Jean Castex mercredi sur BFMTV. Pour s’assurer de l’approvisionnement, du stockage et du déploiement des doses sur le territoire, et pour établir un plan de publics prioritaires, « une task force interministérielle » a été créée sur la stratégie de vaccination. Pilotée par Olivier Véran au ministère de la Santé, elle s’appuie aussi sur les travaux de plusieurs organes, dont la Haute Autorité de santé, l’agence nationale de sécurité du médicament et l’agence européenne des médicaments.

L’Agence européenne du médicament doit se réunir le 29 décembre pour donner son feu vert, ou non, à la commercialisation du vaccin de Pfizer/BioNTech dans l’Union européenne. « On est dans une logique européenne, il faut attendre cette réunion », indique-t-on au ministère de la Santé. En attendant, le gouvernement se prépare à déployer plusieurs vaccins en France, dont celui de Pfizer/BioNTech qui requiert notamment une conservation à -70 degrés. Il s’attend aussi à devoir adapter sa stratégie en fonction des analyses scientifiques à venir. « Les recommandations sur les publics prioritaires peuvent évoluer en fonction de ce que l’on découvrira sur les résultats des vaccins », explique-t-on au ministère de la Santé.

Défi numéro 2 : associer élus et citoyens pour déminer

Emmanuel Macron a annoncé mardi que la stratégie de vaccination ferait l’objet d’un débat au Parlement, mais a priori sans vote, comme pour le plan de déconfinement, également présenté aux deux Chambres fin avril. Le président a aussi annoncé le 24 novembre dernier la mise en place d’un « collectif de citoyens […] pour associer plus largement la population » à la stratégie de vaccination.

Qui composera ce groupe et comment fonctionnera-t-il ? A quelles informations ces citoyens auront-ils accès pour examiner le plan de vaccination gouvernemental ? On ignore encore tout de ce comité, si ce n’est qu’il devrait être rattaché à Matignon, selon l’Elysée. « Le chef de l’Etat veut établir un rapport de confiance et de transparence avec les citoyens », justifie la présidence. « Ce ne sera pas comme la Convention citoyenne pour le climat, mais il y a la même idée d’associer les Français, d’autant qu’il y a une méfiance vis-à-vis de cette vaccination. »

Défi numéro 3 : répondre à la défiance des Français

Plusieurs sondages ont en effet montré qu’une majorité de la population est plutôt réticente à se faire vacciner contre le coronavirus. « Je n’ai pas d’inquiétude sur l’aspect organisationnel de la vaccination, je suis plus inquiet de savoir combien de personnes répondront présentes. Le défi est énorme », admet le député La République en marche de la Loire et médecin Julien Borowczyk.

Un faible nombre de volontaires révélerait un échec dans la communication gouvernementale sur le vaccin, qui ne sera pas obligatoire. L’exécutif a choisi de nommer un « Monsieur vaccin » ou « porte-parole vaccin », référent en la matière, dont le nom devrait être dévoilé ce jeudi lors de la conférence de presse du Premier ministre. « Cette défiance forte demande une communication soutenue », justifie le ministère de la Santé. « Cette personne aurait plutôt vocation à être issue du monde scientifique, et pas politique », avance-t-on. Le gouvernement pourrait-il aussi se mettre en scène, à l'image des trois anciens présidents américains qui ont dit ce jeudi être volontaires pour se faire vacciner publiquement pour inciter la population à en faire de même ?

Pour Julien Borowczyk, président de la mission d’information sur la crise du coronavirus, si les réticences sont fortes, il faudrait envisager de conditionner l’accès à certains lieux à une vaccination. « Certaines compagnies aériennes y réfléchissent, et en France cela permettrait peut-être d’accélérer la réouverture des bars, des restaurants et boîtes de nuit », avance le parlementaire.

Enfin, l’exécutif devra aussi réussir à expliquer et faire accepter le maintien des restrictions sanitaires. « Bien évidemment, l’arrivée des vaccins est un très bon signal. Mais il va falloir être extrêmement prudent, le vaccin ne veut pas dire que demain vous reprenez votre pote dans les bras dans un bar », explique le ministère de la Santé. L’arrivée du vaccin est donc loin d’être le bout du tunnel pour le gouvernement.