Loi « Sécurité globale » : « J'avais prédit que nous allions droit dans le mur », s'agace Saïd Ahamada, porte-parole LREM et député de Marseille

INTERVIEW Après s’être abstenu lors du vote de l’article 24, le député LREM Saïd Ahamada demande à l’institution policière « une réaction claire » à la violente agression de Michel Zecler

Clara Martot

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Le député LREM Saïd Ahamada à Marseille
Le député LREM Saïd Ahamada à Marseille — CLEMENT MAHOUDEAU / AFP
  • Saïd Ahamada, député LREM des quartiers Nord de Marseille, s’est abstenu lors du vote de l’article 24 de la loi « Sécurité globale ».
  • Comme plusieurs de ses collègues, l’élu estime que l’article portait atteinte à la liberté d’expression.
  • Le député attend une « réponse claire » de l’institution policière après la violente agression d’un producteur parisien.

Député LREM de la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône, Saïd Ahamada fait partie des élus de la majorité n’ayant pas pris part au vote de l’article 24 de la loi « Sécurité globale ». Celui-ci visait à punir la diffusion d’images de policiers et gendarmes en exercice. Sous le feu des critiques, notamment après la diffusion par Loopsider de la violente agression d'un producteur parisien, Michel Zecler, l’article sera finalement réécrit, a annoncé le gouvernement lundi.

Le même jour, Saïd Ahamada confie au micro de France Bleu Provence avoir dit à son fils de « faire attention » s’il venait à être contrôlé par la police. Pour 20 Minutes, l’élu revient sur la « peur » que lui a inspiré cette agression et veut garantir aux citoyens la liberté de filmer les forces de l’ordre.

Lundi, le gouvernement a annoncé réécrire le polémique article 24 de la loi « sécurité globale ». Comment accueillez-vous cette décision ?

Je pense que c’est une bonne nouvelle. L’article 24 était mal écrit, il portait atteinte à la liberté d’expression. J’avais dénoncé cela et j’avais prédit que nous allions droit dans le mur. Si le gouvernement avait écouté les parlementaires comme moi dès le début, nous n’en saurions pas là. De plus, certaines paroles n’auraient pas dû être prononcées. Je fais référence aux propos du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, notamment lorsqu’il a évoqué l'obligation de flouter les visages des forces de l’ordre sur les vidéos. Je salue donc la décision prise ce lundi car elle prouve que nous avons finalement été écoutés. Maintenant, je ne sais pas dans quelles conditions l’article sera réécrit, car le Sénat doit aussi exprimer son vote sur le projet de loi.

Selon vous, quelle forme devrait alors prendre l’article 24 dans sa seconde version ?

C’est une bonne question. Ce qui est certain, c’est qu’il faut emmener la population avec nous. La loi doit garantir à tous les Français le droit de filmer les forces de l’ordre. La liberté d’expression est une liberté fondamentale, c’est pourquoi j’avais proposé de créer une sanction pénale pour les policiers qui feraient obstruction à ce droit. Cet amendement pourrait créer un équilibre, il n’a pas été retenu. Dans le même temps, il faut que les policiers travaillent sans avoir peur pour eux et leurs familles. Mais je reste convaincu qu’un policier faisant bien son travail a tout intérêt à être filmé.

Après la violente agression du producteur Michel Zecler, vous avez dit à votre fils de « faire attention » aux contrôles de police. Comment expliquez-vous votre réaction ?

Mon fils a 18 ans, l’âge des jeunes qui ont été violentés dans le studio. Ma mise en garde, c’est une réaction de peur. Ce n’est pas rationnel, mais c’est la réaction d’un père de famille. Lorsque j’ai expliqué cela au micro de France Bleu Provence lundi matin, j’ai reçu par la suite des dizaines de messages me disant : « Merci d’avoir verbalisé cela, on a du respect pour les policiers mais avec la vidéo de Michel, on a aussi mis en garde nos gamins ce week-end. »

« L’affaire Zecler » vous a-t-elle fait prendre conscience d’un problème structurel au sein de la police ?

Oui, et c’est douloureux car lorsque l’on a confiance dans la police comme moi, on se sent un peu schizophrène. Mais la vidéo de l’agression prouve que l’institution policière souffre d’un problème profond. C’est vrai que cette verbalisation est nouvelle au sein des voix de la majorité, et c’est pour cela que j’ai le sentiment que nous avançons. Maintenant, j’attends une réaction claire de l’institution. Pourquoi certains policiers ont-ils des comportements racistes ? Cela a été dénoncé à la rentrée dans « Flic », un livre écrit par un journaliste infiltré, Valentin Gendrot. Je n’ai pas vu de réaction. Il en va de même avec la vidéo de Michel Zecler. Il faudra un avant et un après. Sinon, cela se terminera mal, et surtout pour les policiers malheureusement, car je reste convaincu qu’ils sont majoritaires à porter les valeurs de leur métier.