Loi « sécurité globale » : Avec le recul sur l’article 24, Gérald Darmanin est-il fragilisé ?

CRISE POLITIQUE Avec le recul du gouvernement et de la majorité sur l’article 24, qu’il défendait en personne, le ministre de l’Intérieur se retrouve sous pression

Laure Cometti et Thibaut Le Gal (avec Cl.G.)

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Gérald Darmanin, en toute sérénité?
Gérald Darmanin, en toute sérénité? — Jacques Witt/SIPA
  • La majorité a annoncé lundi qu’elle allait totalement réécrire l’article 24 de la proposition de loi sur la « sécurité globale », qui prévoit de pénaliser la diffusion malveillante d’images des forces de l’ordre.
  • Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, était en première ligne depuis plusieurs semaines pour défendre ce texte, sans parvenir à dissiper la contestation.
  • Le locataire de Beauvau conserve le soutien des syndicats des forces de l’ordre et du président de la République, dont il est un atout régalien en vue de 2022.

Il est au cœur de la crise politique que traverse l’exécutif. Depuis plusieurs semaines, Gérald Darmanin est en première ligne pour défendre la proposition de loi sur la « sécurité globale ». Avec le recul du gouvernement et de la majorité sur l’article 24, qu’il défendait en personne, le ministre de l’Intérieur se retrouve sous pression. Sa communication intensive et son style « sarkozyste » agacent une partie de la majorité et jusqu’à certains ministères. Mais le ministre de 38 ans, atout régalien d’Emmanuel Macron dans la perspective de 2022, est-il pour autant fragilisé ?

« On a l’impression qu’il travaille plus sa com' que ses dossiers »

Lundi, après plusieurs jours de flottement, Emmanuel Macron a fermement rappelé que l’exécutif se serait bien passé d’une nouvelle polémique. Lors d’une réunion de crise à la mi-journée, le chef de l’Etat a reproché aux cadres de la Macronie, et en particulier Gérald Darmanin, de l’avoir mis dans une « situation qui aurait pu être évitée », ont fait savoir des participants à la rencontre.

Après la diffusion de plusieurs vidéos de violences policières, la majorité n’était en effet pas parvenue à éteindre la grogne contre un texte pourtant voté par l’Assemblée nationale quelques jours plus tôt. Dans la soirée, le président des députés La République en marche (LREM) Christophe Castaner annonçait donc la « réécriture totale » de l’article 24, qui prévoit de pénaliser la diffusion malveillante de l’image des forces de l’ordre… sans manquer d’égratigner au passage son successeur place Beauvau.

Car les sorties de Gérald Darmanin sur le « floutage des policiers » ou l’accréditation des journalistes en préfecture avant les manifestations, épinglées par Castaner, ont agacé jusqu’au sein des ministères. « C’est une initiative personnelle, ni l’Elysée ni Matignon n’en ont parlé, et ça n’est même pas dans le texte… Ça crée des polémiques inutiles », se désole un conseiller ministériel. « On a l’impression qu’il travaille plus sa com' que ses dossiers. »

C’est d’ailleurs le style de l’ancien poulain de Nicolas Sarkozy qui est ciblé par certains macronistes. « Cette idée d’être le représentant des intérêts des forces de l’ordre, de faire du Sarkozy, on en voit les limites », sourit un député de l’aile gauche de LREM, satisfait du « demi-recul » sur l’article 24.

« Le ministre de l’Intérieur n’est ni désavoué, ni fragilisé »

Malgré le rappel à l’ordre du chef de l’Etat, Gérald Darmanin est resté droit dans ses bottes, lundi soir, lors de son audition par la commission des lois de l’Assemblée nationale. « Les policiers et les gendarmes ne sont pas assez protégés, je n’ai pas changé de conviction. » Mais celui qui « s’étouffait » en juillet dernier en entendant le terme de « violences policières », a admis lundi qu’il existait « peut-être » des « problèmes structurels » au sein des forces de l’ordre.

« La tâche du ministre de l’Intérieur est difficile. Il est dans son rôle quand il défend les forces de l’ordre, mais il doit aussi être le garant de la confiance entre ces derniers et la population. C’est un équilibre à trouver entre fermeté et sérénité, faire preuve d’autorité sans hystériser le débat », prévient le député LREM de Paris, Hugues Renson, vice-président de l’Assemblée nationale.

A Matignon, on assure que le ministre de l’Intérieur n’est « ni désavoué, ni fragilisé », par la réécriture de l’article 24. « Nous parlons d’une même voix », poursuit l’entourage de Jean Castex. Ce dernier n’avait pourtant pas convié l’intéressé à une réunion sur l’article 24, dimanche soir à Matignon, provoquant la colère du ministre. « Le Premier ministre souhaitait faire un point informel avec les cadres de LREM », balaie-t-on, précisant que le locataire de Beauvau participera « évidemment » aux réunions sur la réécriture du texte.

Soutenu par les syndicats de police et par l’Elysée

Dans la séquence, Gérald Darmanin conserve deux atouts clés. D’abord, le soutien des syndicats de police, qui avaient en partie lâché son prédécesseur à Beauvau. « Bon nombre de policiers ont apprécié le ton du ministre et sa manière de présenter les choses hier soir, notamment le besoin de formation », estime Grégory Joron, secrétaire général délégué d’Unité SGP police-FO, syndicat majoritaire chez les gardiens de la paix.

Le profil de l’ex-LR est également utile à Emmanuel Macron dans la perspective de la présidentielle de 2022. « C’est un ministre solide sur ses dossiers et qui incarne bien le régalien », loue un conseiller ministériel. « L’aspiration à l’ordre public est fondamentale chez les Français, de droite comme de gauche. Ceux qui le nient sont en déconnexion avec ce que les gens vivent », assure un proche de l’exécutif, qui met en avant la popularité de Gérald Darmanin.

Dans un sondage Harris Interactive publié vendredi, sa cote de confiance est à 39 %, soit six points de plus qu’avant son arrivée à l’Intérieur en juillet dernier. « Ça montre qu’il fait le job », poursuit cette source. Le ministre restera en première ligne la semaine prochaine, avec l’arrivée du projet de loi sur le séparatisme​, présenté en Conseil des ministres le 9 décembre.