Réforme des retraites : Elisabeth Borne et les syndicats s’opposent à « la priorité » de Bruno Le Maire

DEBAT Les deux ministres ne sont pas du tout d’accord sur l’aspect prioritaire ou non de la réforme des retraites, encore à l’étude

J.-L.D.

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Elisabeth Borne et Bruno Le Maire
Elisabeth Borne et Bruno Le Maire — DICOM / Louise MERESSE/SIPA

On pensait la fin de 2020 déjà suffisamment poussive comme ça, et voici que ressurgit le débat autour de la réforme des retraites. Dans un entretien au Parisien ce samedi, Bruno Le Maire​, ministre de l’Economie, avait annoncé avoir « la conviction forte » que la réforme des retraites devait être « la priorité absolue » de 2021, et en faisant l’un des éléments indispensables pour le remboursement de la dette du coronavirus, avec « le retour de la croissance » et « la maîtrise de nos dépenses de fonctionnement ».

Des propos qui n’ont pas manqué de faire réagir. A commencer par les syndicats, contactés par nos collègues du Parisien ce même samedi. « Sortons de la crise avant toute chose, a donné fermement répondu le négociateur de la CFDT, Frédéric Sève. L’idée de faire des économies sur les retraites est déplacée. » Yves Veyrier, leader de Force ouvrière reprenait le même ton : « Si ce dossier revient sur la table, il donnera lieu à un conflit social. L’urgence est de retrouver du boulot. »

Une réforme sociale ou une réforme économique ?

Mais même au sein du gouvernement, la sortie de Bruno Le Maire n’a pas été du goût de tout le monde. La ministre du Travail Elisabeth Borne s’est opposée nettement ce dimanche à l’idée que cette réforme soit la priorité absolue. « La priorité absolue, c’est de sortir la crise sanitaire économique, sociale, de protéger les emplois, c’est l’avis unanime des partenaires sociaux », a-t-elle répondu, interrogée lors de l’émission « Dimanche en politique » sur France 3 sur les déclarations de son collègue.

« C’est une réforme de justice sociale, qui vise à mettre en place un système universel plus équitable. C’est sur ce sujet que je chercherai à reprendre les concertations avec les partenaires sociaux », a-t-elle dit, rappelant, à l’intention de son collègue, que cet agenda social « avait été acté autour du Premier ministre ».

Le dialogue avant tout

« Il faut trouver un chemin pour reprendre les discussions avec les partenaires sociaux », a-t-elle dit, sans donner d’indications sur le calendrier, de plus en plus serré d’ici la présidentielle.

La réforme « ne peut se faire qu’en concertation avec les partenaires sociaux », a-t-elle insisté, et dans le cadre « d’un débat parlementaire apaisé », c’est-à-dire « pas avec le 49.3 », comme cela a été fait en première lecture à l’Assemblée avant l’éclatement de la crise sanitaire.