Producteur tabassé à Paris : « Emmanuel Macron est en pleine crise politique »

INTERVIEW Pour Philippe Moreau Chevrolet, expert en communication, la colère noire d’Emmanuel Macron sur Twitter marque encore une fois son désir, et son impossibilité, à gouverner seul

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas

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Emmanuel Macron est rentré dans une colère noire ce vendredi
Emmanuel Macron est rentré dans une colère noire ce vendredi — Jacques Witt/SIPA
  • Dans une période de forte contestation politique, notamment sur la loi « sécurité globale » et sur les violences policières, Emmanuel Macron a sorti la sulfateuse vendredi soir.
  • Le président de la République a rédigé une série de tweets d’une rare fermeté sur ces questions.
  • Pour le communicant Philippe Moreau Chevrolet, cette intervention, nécessaire, isole encore un peu plus le président.

Rarement Emmanuel Macron n’avait soufflé pareille colère. Vendredi soir, le président de la République a publié une série de tweets d’une extrême fermeté au sujet des remous causés par la loi « sécurité globale » et le débat sur les violences policières, notamment après les images d’un producteur de musique passé à tabac par les forces de l’ordre.

Pour Philippe Moreau Chevrolet, professeur de communication politique et président de MCBG Conseil, agence spécialisée dans la communication personnelle des dirigeants, cette colère sonne à la fois comme une tentative d’apaiser les tensions et comme une vive critique de certains membres de son gouvernement.

C’est la première fois qu’on voit une telle colère sur Twitter de la part d’Emmanuel Macron. Qu’indique le choix de cette communication ?

La réaction d’Emmanuel Macron est inédite par le canal qu’il utilise – Twitter – qui est habituellement négligé au profit de la télévision ou des médias traditionnels. En utilisant Twitter, le président veut envoyer un message rassurant en premier lieu à la presse, qui utilise massivement cet outil et se montre très critique envers la loi « sécurité globale », et aux élites. Sur la forme, le message est ferme, notamment grâce à l’emploi de mot définitif tel que « je ne permettrai jamais » ou « toujours ».. Le mot « jamais » est d’ailleurs utilisé à sept reprises par Emmanuel Macron. Cela donne à son message une allure de réprimande, notamment envers les membres de son gouvernement.

Le président qui prend ainsi la parole, est-ce justement un désaveu pour Gérald Darmanin et Jean Castex ?

On a le sentiment d’un « recadrage » du ministre de l’Intérieur, déjà confronté à une crise de confiance, par le président. Le Premier ministre est quant à lui encore une fois totalement mis de côté. Il était déjà marginalisé par le recours systématique au Conseil de défense, qui traduit une présidentialisation encore accrue du régime, et prive dans les faits Jean Castex de toute autorité.

Si la forme est colérique, le fond du message est finalement assez neutre, prenant à tour de rôle le parti de chaque camp…

Sur le fond, le message du président est un modèle de centrisme et de « en même temps ». Loin de cautionner le mouvement de contestation contre la police, Emmanuel Macron condamne également ceux qui agressent la police et les agresseurs au sein de la police. Ce qui aboutit à un rappel à l’ordre républicain assez classique.

Cette intervention était-elle nécessaire ?

Il est obligé d’intervenir pour calmer le jeu face à la double fronde qu’affronte Gérald Darmanin. Fronde de la presse, avec une union inédite de l’ensemble des titres de presse contre lui. Fronde de sa propre majorité. Avec le président de l’Assemblée nationale et le président du Sénat, deux des principaux personnages de l’Etat, qui critiquent la politique gouvernementale et ont été jusqu’à rappeler à l’ordre son supposé bras droit, le Premier ministre. A force de gouverner sans le parlement, Emmanuel Macron risque de l’avoir contre lui. Le président est en pleine crise politique.

Ne prend-t-il pas malgré tout un risque ?

Cette mise en scène de la colère répond à une urgence médiatique et politique mais elle est risquée à trois niveaux : elle risque d’être démentie par les faits si le gouvernement a effectivement perdu le contrôle de « sa » police, elle fragilise la position du ministre de l’Interieur et c’est un signe de faiblesse.​