Alsace : Les élus alsaciens s'indignent d'éventuels travaux au Parlement européen de Bruxelles

EUROPE Ils craignent que le siège de Strasbourg ne soit, à terme, délaissé

T.G. avec AFP

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L'hémicycle du Parlement européen à Bruxelles.
L'hémicycle du Parlement européen à Bruxelles. — Wikicommons
  • Des travaux de rénovation sont en projet pour le Parlement européen de Bruxelles. Un montant de 500 millions d’euros est évoqué.
  • Cela interroge les élus alsaciens, qui s’inquiètent que ces travaux aient des répercussions négatives sur le siège de Strasbourg.
  • C’est en ce sens qu’ils ont écrit au président du Parlement européen, David Sassoli.

« Un caprice des Dieux ? » Voilà l’intitulé de la lettre qu’ont envoyé mardi plusieurs élus alsaciens au président du Parlement européen, David Sassoli. Leur missive a pour objectif de protester contre des travaux, qui seraient envisagés, et sans débat public, sur le bâtiment du Parlement européen à Bruxelles, surnommé « le caprice des Dieux ». Ils voient dans ces rénovations un nouveau coup dur pour l’hémicycle de Strasbourg, déjà délaissé ces derniers temps.

« Le Parlement européen dispose à Strasbourg, sa ville siège, d’un bâtiment parfaitement fonctionnel et prévu pour faire face aux défis à venir. Il est suffisamment vaste pour s’adapter à des mesures sanitaires et conçu de manière à réduire considérablement notre empreinte écologique », écrivent le président LR de la région Grand-Est Jean Rottner, la maire écologiste de Strasbourg Jeanne Barseghian, la présidente de la métropole Pia Imbs, ainsi que les présidents des conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, Frédéric Bierry et Rémy With.

Une rénovation pour un montant de l’ordre de 500 millions d’euros ?

« Autant d’atouts qui ne peuvent qu’accentuer notre surprise en apprenant qu’il est prévu de rénover l’hémicycle à Bruxelles, une partie de la reconstruction du bâtiment Paul Henri Spaak, pour un montant de l’ordre de 500 millions d’euros », ajoutent les élus, avant de réclamer « un véritable débat » public sur ce projet de rénovation.

Interrogée, une porte-parole du Parlement européen s’est dit « un peu surprise » du coût évoqué. « Ce qu’ils disent dans la lettre n’est pas vrai. (…) On ne sait pas d’où sort ce chiffre », a-t-elle affirmé, indiquant que David Sassoli devait répondre « bientôt » à cette lettre ouverte.

« Nous avons lancé un concours d’idées sur quoi faire du bâtiment en question [Paul-Henri Spaak]. En août, quinze propositions ont été retenues qui seront présentées en février pour, à nouveau, en retenir cinq. Mais pour l’instant ce ne sont que des idées d’architectes, etc... On est encore loin d’un projet concret. Et nous n’avons pas encore parlé du budget », a détaillé la porte-parole de l’institution.

Un vieux débat

Donnant lieu à un débat depuis des années, le siège officiel du Parlement européen, seule institution européenne élue par les citoyens, est à Strasbourg dans un immense bâtiment construit il y a vingt ans où ont lieu, en temps normal, douze sessions plénières de trois jours et demi par an. Mais la grande majorité du travail parlementaire a lieu à Bruxelles, dans un bâtiment construit en 1993 qui devrait faire l’objet d’importants travaux de rénovation.

Les nombreux partisans d’un siège unique, qui serait établi à Bruxelles, dénoncent régulièrement le coût financier et écologique de cette transhumance mensuelle d’environ 2.500 personnes vers Strasbourg, tandis que les défenseurs du siège strasbourgeois craignent que l’actuelle crise sanitaire ne serve d’excuse à délaisser la capitale alsacienne, et ce en dépit de ce qui est inscrit dans les traités européens.

Le gouvernement français au soutien

En raison de la crise sanitaire, le Parlement européen n'a pas tenu de session plénière à Strasbourg depuis février, les suivantes ayant eu lieu soit à Bruxelles, soit à distance. Des mesures que compte bien faire cesser le gouvernement français.

Dans un autre courrier envoyé ce mercredi à David Sassoli, le secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes, Clément Beaune, appelle à « une reprise au plus vite des travaux du Parlement dans le cadre prévu par les traités ». Pour faire suite aux demandes des élus alsaciens, il écrit que « la France émet sa grande préoccupation quant aux investissements financiers envisagés pour la rénovation de l’hémicycle bruxellois ».