Le Parlement adopte définitivement la contestée loi de programmation de la recherche

CHERCHEUSE Cette semaine encore, des centaines d’enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses ont manifesté contre le projet de loi

20 Minutes avec AFP

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La ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche depuis mai 2017, Frédérique Vidal.
La ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche depuis mai 2017, Frédérique Vidal. — PIERRE VILLARD/SIPA

Face au risque de « décrochage » de la recherche française, le Parlement a définitivement adopté vendredi le projet de loi de programmation (LPR), « un investissement historique » selon le gouvernement confronté à la défiance accrue de la communauté universitaire et scientifique. Le Sénat a donné l’ultime feu vert parlementaire par 244 voix contre 95. Opposés au texte, les groupes de gauche ont l’intention de saisir le Conseil Constitutionnel.

La ministre de la Recherche Frédérique Vidal a de nouveau loué « des moyens inédits », grâce à cette hausse de 30 % du budget entre 2021 et 2030, passant de 15 à 20 milliards d’euros par an. Le gouvernement promet l’injection par paliers de « 25 milliards » en dix ans, un calcul contesté par l’opposition qui critique une durée de programmation « beaucoup trop longue », sans assurance sur les investissements futurs. « La page de la dévitalisation de la recherche française est enfin tournée », a lancé Frédérique Vidal, en insistant sur la revalorisation des carrières ou le rôle complémentaire du « plan de relance », pour débloquer des fonds rapidement.

« Réforme en trompe l’œil »

« Le choc budgétaire que le monde de la recherche est en droit d’attendre n’est pas là », a estimé de son côté la rapporteuse LR Laure Darcos. Pour plus de garanties, les parlementaires ont inscrit dans le texte l’impact du plan de relance en faveur de l’Agence nationale de la recherche en 2021 et 2022, ainsi qu’une augmentation renforcée des financements de « base » des laboratoires, dès les premières années. Ce projet de loi n’en reste pas moins vivement critiqué au sein de la communauté universitaire.

Syndicats et chercheurs mobilisés fustigent une « réforme en trompe l’œil », des financements concentrés sur une recherche « sélective », par « projets », et une « attaque » du statut de fonctionnaire en raison des nouvelles voies de recrutement de jeunes chercheurs. Le texte prévoit des « parcours de titularisation » à l’américaine (« tenure tracks »), pour accéder à une titularisation au bout de six ans maximum, ainsi que des « CDI de mission scientifique », censés remplacer les CDD à répétition, mais prenant fin avec le projet de recherche associé. Selon Frédérique Vidal, cela remplace des contrats courts et offre de la « visibilité ».

Mesures jugées liberticides

Début 2020, le texte avait provoqué un important mouvement de protestation, stoppé par le confinement de mars. En sourdine, à cause de la crise sanitaire, la contestation s’est aiguisée ces dernières semaines à la faveur d’amendements controversés votés au Sénat. Comme celui sur le « délit d’entrave », vise à pénaliser les intrusions de personnes extérieures dans les universités, si elles troublent la « tranquillité ou le bon ordre » de l’établissement. La gauche critique une mesure « liberticide ».

Mardi, plusieurs centaines d’enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses se sont rassemblées place de la Sorbonne, derrière des pancartes comme « université en danger » et « écran noir », en référence à une opération sur les réseaux sociaux. Certaines mesures font toutefois consensus, comme la promesse de garantir, dès septembre 2022, un paiement mensuel aux « vacataires », ces précaires qui subissent de réguliers retards dans le paiement de leurs heures.