Coronavirus : Le gouvernement mise sur un déconfinement en douceur pour sauver Noël

EPIDEMIE Alors que les premières étapes du déconfinement approchent, le gouvernement reste prudent sur le calendrier pour permettre aux Français de fêter Noël en famille

Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron fera-t-il cadeau d'un déconfinement à Noël ? (illustration)
Emmanuel Macron fera-t-il cadeau d'un déconfinement à Noël ? (illustration) — ludovic MARIN / AFP
  • Les premières étapes du déconfinement devraient se concentrer sur les petits commerces, autour du 1er décembre.
  • Mais le gouvernement souhaite maintenir des mesures de restriction pour faire baisser l’épidémie au maximum avant les fêtes de Noël.
  • Emmanuel Macron pourrait apporter des précisions sur l’organisation de cette période de fêtes lors de sa prise de parole mardi soir. « Noël ne se fera pas en visioconférence, mais il ne sera pas comme d’habitude », estime la députée LREM Anne Genetet

Les Français pourront-ils passer les fêtes de fin d’année en famille ? L’exécutif réfléchit actuellement aux premières étapes du déconfinement, alors que les indicateurs de l’épidémie de coronavirus sont à la baisse. Mais le gouvernement souhaite maintenir la pression pour éviter tout relâchement dans les prochaines semaines.

« Le confinement n’est pas terminé » et il n’est « pas d’actualité de déconfiner le pays », a prévenu jeudi soir le ministre de la Santé, Olivier Véran. Dans le Journal du Dimanche, Emmanuel Macron confirme : « Aujourd’hui, le niveau de circulation du virus dans le pays est le même qu’au moment du couvre-feu. Il n’est pas question de déconfiner ».

L’exécutif espère voir la baisse du nombre de cas de Covid-19 se poursuivre avec cet objectif en tête :  sauver Noël, période de repos essentielle après des mois de restrictions et de limitation des interactions sociales. Le chef de l'Etat, qui prendra parole ce mardi soir, explique ainsi au Journal du Dimanche vouloir donner aux Français des perspectives. Pour Emmanuel Macron, « rien n’est pire que l’incertitude et l’impression d’une morosité sans fin ». Il faut donc « de la cohérence, de la clarté, un cap. Savoir ensemble où nous allons et comment y aller ».

Poursuivre la baisse des contaminations

« L’élément déterminant est de casser la vague afin que les gens puissent se retrouver en famille à Noël, sans avoir la terreur de contaminer les grands-parents », nous disait fin octobre le député LREM du Rhône Bruno Bonnell. Sur ce point, l’objectif semble avoir été atteint. Le pic épidémique de la seconde vague de Covid-19 a vraisemblablement été franchi en France, a indiqué vendredi l’agence sanitaire Santé publique France.

« Les résultats sont même meilleurs que nous espérions. Les consultations SOS Médecins se sont effondrées, les entrées dans les hôpitaux sont globalement à la baisse même si la pression reste forte, indique la députée Anne Genetet, porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée. Cela montre que les mesures prises, d’abord le couvre-feu, et ensuite le confinement, ont porté leurs fruits. Il faut maintenant accompagner prudemment cette décélération de l’épidémie. »

Dans cette perspective, le gouvernement avance à pas de loup. S’il se refuse désormais à parler de déconfinement, il devrait néanmoins annoncer la levée de certaines restrictions dans les prochains jours. « Nous sommes sur la bonne voie » pour rouvrir les petits commerces « autour du 1er décembre », a lâché le Premier ministre Jean Castex vendredi lors d’un déplacement à Crozon (Finistère).

Interviewé également ce dimanche dans le JDD, Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal confirme l’échéance et précise que les « assouplissements » au confinement « se feront en trois étapes au regard de l’évolution sanitaire et des risques liés à certaines activités : d’abord autour du 1er décembre, puis avant les congés de fin d’année, puis à partir de janvier 2021 ». Pour autant, « le confinement va se poursuivre et donc la limitation des déplacements aussi », ajoute-t-il.

Un Noël, mais dans quelles conditions ?

Au-delà des questions économiques cruciales liées à cette période, le gouvernement va devoir répondre à ce casse-tête : faut-il permettre aux Français de se retrouver en famille au risque de relancer l’épidémie ? « C’est difficile pour l’exécutif car les vacances sont très attendues. Il est donc important de diminuer le nombre de contaminations jusqu’au 19 décembre [début des vacances scolaires], remarque le député LREM de Paris Pacôme Rupin. Si le virus circule à 30.000 contaminations par jour comme aujourd’hui, on risque l’explosion. Ce sera beaucoup moins le cas si on est à 300, comme au début de l’été. »

Le chef de l’Etat avait fixé le seuil de 5.000 contaminations par jour comme condition d’un assouplissement du confinement. Mais Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, a déjà estimé que ce chiffre serait atteint « plutôt après Noël, voire début janvier ».

Pour autant, l’exécutif ne semble pas décidé à faire une croix sur Noël, décision qui serait explosive socialement, à l’heure où il s'inquiète déjà de l'augmentation du nombre de dépressions dans le pays. « Noël ne se fera pas en visioconférence, mais il ne sera pas comme d’habitude. Il y aura probablement des recommandations pour limiter le nombre de personnes », estime Anne Genetet. « Les gens ont bien compris que ça ne serait pas les grandes cousinades, mais un Noël dans le cercle familial restreint », ajoute Pacôme Rupin.

Si les Français peuvent déjà réserver leurs billets de train pour Noël, il est encore trop tôt pour dire si les trains pourront circuler, a prévenu vendredi le ministre délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebbari.

A un mois du réveillon, le temps presse. Des précisions devraient être apportées sur ces questions dans la semaine. « On donnera quelques perspectives pour que les gens puissent s’organiser, notamment ce qui concerne les déplacements. Mais tout restera au conditionnel », dit-on prudemment à Matignon.

Mais l’inquiétude pourrait en réalité se concentrer sur une autre fête, comme le souligne Anne Genetet : « A Noël, on pourra s’amuser et partager un repas en gardant ses distances. Ce sera beaucoup plus compliqué pour le réveillon du 31 décembre, où l’on fait plutôt la fête debout, collés les uns aux autres, notamment chez les jeunes… »