Coronavirus : Les catholiques font pression sur l’exécutif pour ne pas être « oubliés » lors du futur déconfinement

FOI Des responsables catholiques ont été reçus par Jean Castex et Gérald Darmanin ce lundi, qui leur ont annoncé une reprise des cultes à partir du 1er décembre dans le meilleur des cas

Thibaut Le Gal

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Des catholiques manifestent à Versailles.
Des catholiques manifestent à Versailles. — Olivier Coret/SIPA
  • Des manifestations rassemblant des milliers de catholiques ont eu lieu ce week-end un peu partout en France.
  • Les fidèles et certains responsables de l’Eglise demandent au gouvernement la levée de l’interdiction des messes en public, mesure destinée à enrayer l’épidémie de coronavirus.
  • Le Premier ministre a annoncé un possible assouplissement du régime actuel à partir du 1er décembre, sous réserve de l’amélioration des conditions sanitaires, a indiqué Matignon à l’issue de la réunion.

Jusqu’à quand la messe sera-t-elle dite ? Des milliers de catholiques se sont rassemblés dimanche dans plusieurs villes de France pour demander la levée de l'interdiction des messes en public imposée pendant le reconfinement. Cette décision du gouvernement de suspendre les cérémonies religieuses pour lutter contre l’épidémie de coronavirus a été confirmée le 7 novembre dernier par le Conseil d’Etat. Dans ce contexte, Jean Castex et son ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, recevaient ce lundi les représentants des cultes pour « faire le point sur les restrictions de cérémonies religieuses liées à la crise sanitaire ».

« Afin de tracer des perspectives, qui reposeront sur l’amélioration des conditions sanitaires, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur ont rappelé l’horizon fixé autour du 1er décembre prochain par le président de la République » lors de l’annonce du reconfinement, a indiqué Matignon à l’issue de la rencontre. « Ils ont insisté sur la nécessité de travailler dès à présent à l’adaptation des règles qui permettront la reprise de l’exercice des cultes, dès que les conditions sanitaires le permettront […] Ces propositions seront soumises la semaine prochaine au Premier ministre », ajoute Matignon.

« La présence réelle est indispensable »

Car aujourd’hui, les églises sont ouvertes mais les offices restent bien interdits. Comme lors du premier confinement, les catholiques – comme les fidèles pratiquant une autre religion – sont donc contraints de vivre leur foi de manière personnelle. Certaines paroisses continuent toutefois d’innover, en proposant notamment la célébration de messes par visioconférence. « Chacun essaie de se débrouiller, mais ce sont des pis-aller », pointe Vincent Neymon, porte-parole de la Conférence des évêques de France (CEF). « Car les catholiques considèrent la messe comme une célébration qui se vit en communauté. L’eucharistie est un sacrement concélébré par l’ensemble des participants. Quand on regarde la messe à la télévision, on n’y participe pas. La présence réelle est indispensable », ajoute-t-il.

Après la décision défavorable du Conseil d’Etat sur à la reprise des offices religieux, la CEF s’était dite « déçue » que « les fidèles demeurent dans l’impossibilité de participer à la messe ». Les évêques attendaient par ailleurs « avec impatience la concertation annoncée » avec les représentants de l’Etat.

Mettre la pression sur le gouvernement avant le déconfinement

« Nous avons proposé un protocole sanitaire détaillé avec tous les types de célébration dans les églises, la mesure phare étant la mise en place des 4 m2 par personne », indique Vincent Neymon. Mais les responsables catholiques n’avaient pas beaucoup d’espoir que les choses bougent en leur faveur avant le 1er décembre. Jeudi dernier, Jean Castex avait d’ailleurs assuré qu’il « serait irresponsable de lever ou d’alléger le dispositif dès maintenant ».

Les croyants devront donc attendre avant de communier. La Fédération protestante de France a précisé qu’un nouveau protocole serait proposé par le ministre de l’Intérieur « sous huit à dix jours ». « Notre objectif n’est pas le bras de fer mais la concertation. Nous respecterons les décisions du gouvernement en attendant que les conditions sanitaires permettent de desserrer un certain nombre d’étaux. Mais on souhaite être bien entendus car on a été un peu oubliés lors du premier déconfinement », affirme Vincent Neymon.

Les responsables catholiques souhaitent ainsi mettre la pression sur l’exécutif, au moment où celui-ci travaille sur les conditions du futur déconfinement. Car le 11 mai dernier, les établissements religieux ne faisaient pas partie des premières mesures de déconfinement annoncées par le Premier ministre de l’époque, Edouard Philippe. Et il avait fallu que le Conseil d’Etat, saisi en référé, ordonne au gouvernement de lever l’interdiction « générale et absolue » de réunion dans les lieux de culte, en raison de son « caractère disproportionné », pour permettre leur réouverture.

La députée La République en marche Marie Tamarelle-Verhaeghe, ouvertement catholique, se dit « perplexe » face à la revendication de certains catholiques. « Ma priorité, aussi en tant que chrétienne, c’est la protection d’autrui, la solidarité par rapport à mes pairs, mes aînés, nos concitoyens. Cette demande n’est donc pas défendable car la foi peut, pendant un temps, s’exprimer autrement qu’en public », précise l’élue de l’Eure. « On doit continuer nos efforts, car ce n’est qu’en faisant baisser l’épidémie que nous pourrons envisager de nous retrouver en famille lors des fêtes de Noël. » Voilà un nouveau dossier sensible pour l’exécutif, qui dépassera cette fois le simple cercle catholique.