Régionales 2021 : Le vote par correspondance peut-il faire son retour en France ?

SCRUTIN A la faveur de la crise sanitaire et de l’exemple de la présidentielle américaine, le vote par courrier revient dans les débats politiques en France

Laure Cometti

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Pour le moment, voter ça ressemble à ça (Emmanuel Macron, le 15 mars 2020 au touquet pour le premier tour des municipales).
Pour le moment, voter ça ressemble à ça (Emmanuel Macron, le 15 mars 2020 au touquet pour le premier tour des municipales). — Pascal Rossignol/AP/SIPA
  • Des parlementaires de divers bords politiques veulent rétablir le vote par voie postale pour lutter contre l’abstention, dans un contexte de crise sanitaire.
  • Un rapport doit être rendu ce vendredi au gouvernement sur l'organisation des élections régionales et départementales prévues au printemps prochains, qui pourraient être décalées de trois mois.
  • Le gouvernement semble réticent à adopter cette mesure, malgré l’enthousiasme de son allié MoDem.

Voter en glissant son bulletin dans une boîte aux lettres ? En pleine deuxième vague de coronavirus, et après une élection présidentielle américaine marquée par une forte proportion de vote par courrier, le débat sur le vote par correspondance revient dans les débats en France. Des politiques de droite, de gauche et du centre voudraient réautoriser ce mode de scrutin – aboli en 1975 – dès les élections régionales et départementales prévues en mars 2021, dont les modalités seront discutées ce vendredi. Les réticences sont toutefois nombreuses, y compris au sein de l’exécutif.

Une mesure portée par le parti de Bayrou

Déjà, en juin, le MoDem, parti centriste allié de la majorité, avait déposé une proposition de loi pour réautoriser le vote par voir postale. Au lendemain d’un second tour des municipales marqué par une abstention record, le parti de François Bayrou avait voulu relancer ce débat. Quelques jours après la présidentielle aux Etats-Unis, il insiste. « L’engouement américain est intéressant, environ 70 millions d’Américains ont voté par correspondance [64 millions selon le site Election project], c’est une proportion énorme », soit 40 % des 158 millions de votants et un quart du corps électoral, notait mardi la députée MoDem des Hauts-de-Seine, Isabelle Florennes. Ce vote par correspondance a, selon elle, contribué à la hausse de la participation outre-Atlantique. Il fait également l'objet de contestations de la part du camp de Donald Trump.

Ce plaidoyer intervient alors que l’ancien président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré doit remettre ce vendredi un rapport au Premier ministre sur un éventuel report des élections régionales et départementales, initialement prévues en mars prochain, à cause du contexte sanitaire. La difficulté à anticiper l’évolution de l’épidémie alimente le plaidoyer pour un vote par courrier, qui serait soutenu par 72 % des Français d’après un sondage Harris Interactive paru ce jeudi.

La majorité divisée

Par temps de Covid-19, il est « urgent d’ouvrir le chantier du vote à distance », a aussi plaidé le député MoDem Jean-Noël Barrot, mardi, lors des questions au gouvernement. Le parti souhaite que ce mode de scrutin soit établi de « façon pérenne, et pas seulement dans le contexte de la crise sanitaire », ajoute Isabelle Florennes, porte-parole du groupe centriste. L’allié de LREM compte défendre cette mesure par des amendements, ou lors de leur niche parlementaire, en janvier, mais le consensus semble difficile.

Si des sénateurs de droite (Philippe Bas), de gauche (Eric Kerrouche), et le Mouvement radical soutiennent également la mesure, elle est accueillie très prudemment au sein de La République en marche. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a d’ailleurs souligné les réticences du gouvernement, mardi à l’Assemblée. « Le système électoral français correspond sans doute à un certain nombre de critères qui empêchent peut-être d’aller vers le vote à distance », a-t-il déclaré, invoquant les risques de fraude et « le poids communautaire » qu’un tiers pourrait exercer sur un électeur.

De nombreuses inquiétudes sur le risque de fraude

« C’est une piste qui ne doit pas être exclue », estime Damien Abad, président du groupe LR à l’Assemblée. « Mais il faut des garanties, car il est hors de question qu’on puisse avoir des soupçons sur ce mode de scrutin. En outre, ça ne peut pas être la panacée, on a besoin d’une démocratie vivante », poursuit l’élu de l’Ain, qui préférerait assouplir le système de procuration.

« C’est parce qu’il permettait toutes les fraudes qu’on est revenu dessus en 1975. Le vote par correspondance pose plus de problèmes qu’il n’en règle. Il faut plutôt chercher à améliorer la sécurisation du vote électronique », avance-t-on dans l’entourage de Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI. Même argument chez la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, pour qui le vote par courrier est « à bannir » en raison des « fraudes » qu’il permet.

« On est en capacité aujourd’hui d’encadrer et de sécuriser les choses », assure Isabelle Florennes au MoDem, alors que la formation politique précise en avoir discuté avec La Poste. Mais le délai semble trop à de nombreux politiques pour mettre en œuvre ce vote par courrier lors du prochain scrutin, même s’il devait être reporté.