Présidentielle 2022 : Pourquoi Jean-Luc Mélenchon se lance maintenant

DEJA EN PISTE Le patron de La France insoumise a annoncé dimanche qu’il serait bien candidat à la présidentielle 2022

Thibaut Le Gal

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Jean-Luc Mélenchon repart pour une troisième campagne présidentielle.
Jean-Luc Mélenchon repart pour une troisième campagne présidentielle. — CEDRIC BUFKENS/SIPA
  • Jean-Luc Mélenchon a annoncé dimanche soir sur TF1 sa candidature à l’élection présidentielle de 2022, sous réserve de recueillir le soutien de 150.000 citoyens.
  • Une formalité pour le patron de La France insoumise, qui espère retrouver une dynamique après des défaites électorales et une image personnelle écornée par les perquisitions au siège du mouvement en 2018.
  • L’objectif est aussi de profiter des tergiversations des autres partis de gauche, qui n’ont pas encore désigné de candidat.

Jamais deux sans trois. Sans surprise, Jean-Luc Mélenchon a annoncé, dimanche soir sur TF1, sa candidature à l’ élection présidentielle de 2022. « Quand tout va mal, et que cela semble nuit noire pour beaucoup de monde qui ne trouvent pas leur compte dans cette société, il faut allumer une lumière », a défendu le député des Bouches-du-Rhône.

Le patron de La France insoumise a certes conditionné sa candidature à « une investiture populaire » – 150.000 signatures de parrainage de citoyens –, mais cela ne devrait être qu’une formalité pour le tribun, qui compte 2,2 millions d’abonnés sur compte Twitter et a obtenu plus de 7 millions de voix en 2017. Cette annonce, à 18 mois du scrutin présidentiel, est en réalité très stratégique.

Reprendre la main en pleine crise du coronavirus

Dimanche soir, Jean-Luc Mélenchon a dû attendre la fin du JT de TF1, consacré aux élections américaines et au coronavirus, pour évoquer ses ambitions présidentielles. Le député insoumis a d'ailleurs été très critiqué dans la majorité pour s’être lancé en pleine crise sanitaire. « Indigne déconnexion », a notamment fustigé le patron de La République en marche Stanislas Guerini.

Dans l’entourage de l’intéressé, on évoque un calendrier fixé de longue date. « Nous partons trois mois plus tôt que la dernière fois, il n’y a rien de décoiffant », balaie le député LFI de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière. Avec cette candidature, les insoumis espèrent retrouver de l’écho médiatique, dans un contexte où l’opposition peine parfois à se faire entendre, au-delà des simples critiques sur la gestion de l’épidémie. « La campagne sera longue, d’autant qu’en période de Covid, on ne peut plus faire de réunions publiques, d’actions militantes, tout ce qui fait notre force, et on ne sait pour combien de temps encore. La démocratie ne doit pas être confinée », ajoute le lieutenant de Mélenchon.

Montrer qu’il garde une assise électorale malgré les échecs électoraux

Cette trouvaille des 150.000 parrainages, une proposition présente dans le programme insoumis, s’adresse aussi à ses adversaires politiques. Avec plus de 90.000 soutiens sur la par la plateforme en moins de 24 heures, Jean-Luc Mélenchon entend montrer qu’il garde un socle électoral confortable. « Certains considèrent qu’obtenir 150.000 parrainages est une formalité, mais je ne suis pas sûr que beaucoup de candidats à la présidentielle en soient aujourd’hui capables », avance l’eurodéputé LFI Manuel Bompard.

Les insoumis souhaitent mettre en scène une nouvelle dynamique, alors que le mouvement a été affaibli par des échecs aux dernières élections européennes (cinquième à seulement 6,31%) et municipales . Et redorer le blason de Jean-Luc Mélenchon, écorné par sa colère lors de la perquisition au siège de LFI en 2018. « En politique, il y a toujours des défaites. Mais nous en avions connu aussi entre 2012 et 2017. Je crois que notre mouvement est aujourd’hui plus ancré dans la population et a gagné en visibilité. Notre défi sera de mobiliser largement les citoyens, notamment les plus modestes », reprend Manuel Bompard. Une mission difficile : en octobre, un sondage Ifop créditait Jean-Luc Mélenchon de 15 % d’intentions de vote chez les catégories populaires, bien loin des 39 % pour Marine Le Pen.

Prendre de court ses concurrents à gauche

Cette déclaration à 18 mois du scrutin vise également à couper l’herbe sous le pied de ses concurrents à gauche, qui peinent à désigner leurs champions et même à s’accorder sur un processus de désignation. EELV doit ainsi trancher la question par une primaire organisée l’été prochain, mais celle-ci est critiquée par le favori écolo, Yannick Jadot. Chez les socialistes, certains espèrent toujours trouver un consensus derrière un candidat unique à gauche, à l’image d’Olivier Faure. Le premier secrétaire du PS a d’ailleurs déploré les « ambitions égoïstes » de Jean-Luc Mélenchon.

Même chez les anciens alliés communistes, la déclaration de l’insoumis a été fraîchement accueillie. « Jean-Luc Mélenchon a fait son choix. Je le respecte. Les communistes feront le leur en temps voulu, a indiqué le patron du PCF Fabien Roussel. Pour l’instant, la priorité est à faire face à la pandémie, à résister et à agir pour nos concitoyens. »

Si la déclaration de l’insoumis n’a surpris personne, elle enterre définitivement les espoirs de voir la gauche réunie pour 2022. Alexis Corbière hausse les épaules : « Notre objectif est de rassembler au-delà des chapelles des partis politiques, car ce qu’on appelle la gauche, même en additionnant les scores, ne suffira pas pour être au second tour. »