Présidentielle américaine : Quelles leçons pour la classe politique française ?

SUSPENSE Les politiques français pointent la persistance du vote Trump et la fracture de la société américaine, alors que les résultats des élections américaines sont toujours indécis

T.L.G.

— 

Donald Trump et Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse du G7 à Biarritz en août 2019.
Donald Trump et Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse du G7 à Biarritz en août 2019. — Andrew Harnik/AP/SIPA
  • Le candidat démocrate Joe Biden fait la course en tête, ce jeudi, pour la présidentielle américaine. Le camp de Donald Trump a lancé plusieurs actions en justice.
  • Comme tous les quatre ans, la classe politique française se passionne pour le scrutin américain.
  • Les politiques tentent de tirer des leçons de la fracture des Etats-Unis et de la persistance du vote pour Donald Trump.

La tension est à son comble, deux jours après le scrutin présidentiel américain. Une poignée d’Etats-clés pourraient décider de l'issue de l'élection, alors que le candidat démocrate Joe Biden fait la course en tête et que le camp de Donald Trump a lancé plusieurs actions en justice. Les politiques français, qui soutiennent majoritairement le candidat démocrate, tentent déjà de tirer les leçons de cette campagne hors-norme.

Biden ou Trump, l’exécutif veut « reconstruire une relation transatlantique »

Au sein de l’exécutif, on préfère rester prudent. Interrogé mercredi à l’issue du Conseil des ministres sur l’incertitude autour du résultat, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, a rapidement évacué le sujet. « Des procédures de dépouillements sont toujours en cours. […] La France travaillera évidemment avec le président américain élu à l’issue de ce scrutin. » Accord climatique, taxes douanières, Iran… les relations entre Emmanuel Macron et Donald Trump n’ont pas toujours été faciles.

Mais même si Joe Biden accédait à la Maison-Blanche, « on ne reviendra pas au statu quo ante, à une espèce de bon vieux temps de la relation transatlantique », a prévenu Jean-Yves le Drian, sur Europe 1 jeudi matin. « Il nous faudra reconstruire désormais une nouvelle relation transatlantique, qui soit un nouveau partenariat », a ajouté le ministre des Affaires étrangères, tout en refusant de prendre position entre les deux hommes.

Des leçons à tirer sur la persistance du vote Trump

Au-delà des enjeux géopolitiques, la classe politique française s’intéresse à la persistance d’un vote massif pour Donald Trump (qu’il perde ou non le scrutin), loin de ce que laissaient présager les sondages et de nombreux médias. « Le populisme n’a pas disparu, malgré l’épreuve du pouvoir, et un mandat qui n’a pourtant pas été marqué par une grande efficacité, surtout sa gestion de la crise sanitaire », relève ainsi Roland Lescure, député LREM des Français d’Amérique du Nord. S’il souhaite une victoire de Joe Biden, l’élu macroniste estime que « le trumpisme ne disparaîtra pas avec Trump. Les laissés pour compte qui avaient voté pour lui, cette Amérique blanche, des classes moyennes, ont eu l’impression qu’il les défendait. » Si le bilan du président sortant est également très critiqué à gauche, il a été nuancé par Arnaud Montebourg sur France Info ce jeudi.

Le socialiste voit « dans la très forte résistance » du président sortant « un plébiscite pour la force, et derrière, la protection de toutes les couches sociales et économiques qui ont été abandonnées dans le système économique mondialisé depuis vingt ans. […] La stratégie de Trump, c’est de protéger les classes populaires », a ajouté l’ancien ministre de l’Economie.

Un constat partagé en partie à droite par Bruno Retailleau. « Je m’oppose à la caricature qu’on tente ici en France et à Paris de faire de monsieur Trump. […] Il n’a pas fait que tweeter, il a tenu des engagements », a indiqué le sénateur Les Républicains de Vendée sur la même antenne, évoquant notamment les taxes « imposées sur l’acier chinois ». Le Rassemblement national, seul parti à soutenir le président républicain, a également salué cette élection serrée.

« Après quatre ans, avec un bilan, une grande partie des Américains continuent de soutenir Donald Trump et même le soutiennent encore plus, c'est le cas des Afro-Américains et des Hispaniques », a affirmé Marine Le Pen sur Cnews. Pour l’expliquer, la présidente du RN évoque des résultats économiques positifs : « Le chômage a baissé comme il n’a pas baissé depuis cinquante ans [jusqu’à février dernier et l’épidémie de Covid-19]. La pauvreté a baissé comme jamais depuis soixante ans. »

La fracture des Etats-Unis, à méditer pour 2022 ?

Dans un communiqué, le Parti communiste français a, lui, dénoncé les « contestations » de Donald Trump sur la « légitimité » du scrutin, « au risque de déstabiliser un pays déjà en proie à de profondes divisions et fractures qui s’expriment aussi dans le vote ». Cette fracture de l’électorat américain a également été soulevée par Bruno Retailleau, qui estime que cette « crise démocratique doit nous interroger » aussi sur la situation dans notre pays. « La France est fracturée. On a parlé des démocraties libérales, de la grande fatigue démocratique en Occident, c’est pareil, le premier parti, chez nous, c’est l’abstention. Un jour cette colère, qui pour l’instant s’exprime dans la résignation, pourrait aussi s’exprimer dans les urnes », a indiqué le président du groupe LR au Sénat sur France Info.

« Le pays reste divisé, Biden n’a pas réussi à aller chercher les électeurs de Trump. Le clivage populisme contre progressisme ne suffit donc pas à gagner une élection, c’est un fait qui doit nous faire réfléchir », admet également Roland Lescure, alors qu’Emmanuel Macron a reconnu cet été ne pas avoir réussi à « réconcilier les Français », comme il le promettait en mai 2017.