Confinement : La fronde des maires contre la fermeture des commerces met le gouvernement sous pression

POLEMIQUE La colère des élus locaux contre la fermeture des commerces de proximité pourrait obliger le gouvernement à prendre des mesures

Thibaut Le Gal

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Une grande surface ferme ses rayons livres, illustration.
Une grande surface ferme ses rayons livres, illustration. — Louise MERESSE/SIPA
  • Avec le confinement, les commerces jugés « non essentiels » ont dû baisser le rideau.
  • Ces fermetures ont entraîné la colère des commerçants et une vague d’indignation de nombreux élus locaux.
  • Après avoir fermé les rayons culturels des grandes surfaces par « souci d’équité », l’exécutif pourrait annoncer d’autres mesures ce dimanche.

C’est une photo symbolique, très partagée sur les réseaux sociaux : Dans une grande surface, un rayon de livres est fermé par une banderole rouge : « Vente de livres et disques interdite. Conformément aux mesures gouvernementales en vigueur. » L’image illustre la controverse dans laquelle est plongé le gouvernement depuis plusieurs jours. Avec la mise en place du confinement, tous les commerces jugés « non essentiels » ont dû baisser le rideau. C’est le cas des restaurants, des bars, des magasins de jouets et de vêtements, ou encore des librairies, au grand dam de leurs propriétaires.

Face à la pression, le gouvernement a décidé vendredi que les grandes surfaces devraient également fermer leurs rayons culturels, par « souci d’équité ». Mais le même jour, la fédération des marchands de jouets a annoncé le dépôt d’un référé devant le Conseil d’Etat contre la vente de jouets dans les hypermarchés. Empêtré dans la polémique, l’exécutif voit aussi monter une fronde des élus locaux, qui s’insurgent contre ces fermetures de commerces, déjà durement frappés au printemps dernier.

La révolte des élus et des commerçants

Des maires de villes petites et moyennes (Perpignan, Brive, Beaune, Valence, Colmar, etc.) ont même déjà pris des arrêtés autorisant l’ouverture des commerces non alimentaires, évoquant un besoin « d’équité commerciale », comme Gilles Platret. « Les centres commerciaux vendent de tout : jouets en promotion, vêtements, parapharmacie, électroménagers… Même s’ils sont indemnisés, les commerces vont vivre des moments terribles avec ces fermetures. C’est une décision injuste qui va dévitaliser nos centres-villes », dénonce le maire LR de Chalon-sur-Saône. Il évoque aussi un argument sanitaire : « La fermeture des petits commerces va concentrer toute la clientèle dans les supermarchés, qu’il faudrait au contraire désengorger ».

Un rayon livre fermé dans un supermarché de Nice, fin octobre 2020.
Un rayon livre fermé dans un supermarché de Nice, fin octobre 2020. - Frederic DIDES/SIPA

Sur ce territoire, comme dans de nombreux autres, le bras de fer vire désormais au combat juridique alors que de nombreux commerçants refusent de fermer leur boutique. La préfecture de Saône-et-Loire a ainsi dénoncé par communiqué un arrêté municipal « illégal », car en contradiction avec un décret gouvernemental. Et attend désormais la décision du tribunal administratif pour le faire annuler.

La pression s’est accrue un peu plus sur le gouvernement ces dernières heures. Une cinquante de maires et présidents de grandes agglomérations urbaines ont demandé samedi par courrier à Jean Castex de « travailler rapidement à une solution ». La maire PS de Paris Anne Hidalgo a aussi annoncé « une initiative commune », avec d’autres villes, « pour autoriser la réouverture des librairies indépendantes », ce dimanche dans le JDD.

Le gouvernement va-t-il lâcher du lest ?

L’Association des maires de France demande, elle, un «réexamen de la notion de commerce de proximité». « Il y a une vraie fronde des élus locaux car une fois encore, on a fait des grandes annonces sans écouter le terrain, ça crée des tensions. Le gouvernement n’a pas compris qu’il fallait mieux jouer avec les maires que sans eux », soupire le maire UDI de Sceaux Philippe Laurent, secrétaire général de l’AMF. « La balle est maintenant dans le camp du gouvernement. On espère que ça bouge dans les heures qui viennent, car sinon, le nombre d’arrêtés va se multiplier ».

Jusqu’ici, l’exécutif est resté ferme. Bruno Le Maire a dénoncé dimanche « cette poignée de maires irresponsables qui prennent des arrêtés contraires aux décisions prises par l’Etat ». Ces élus « pensent qu’ils soutiennent les commerçants. En réalité, ils menacent la santé des Français », a fustigé le ministre de l'Economie sur BFMTV. Le gouvernement a rappelé que les commerçants bénéficient déjà d’assouplissement par rapport au précédent confinement (retraits de commandes, livraisons). Mais pour apaiser la colère, il pourrait élargir les fermetures de rayons « non essentiels » dans les grandes surfaces, aux jouets ou à l'électroménager notamment. De telles restrictions ne feraient que déplacer le débat puisqu’elles profiteraient, là encore, aux géants de la livraison en ligne, comme l'a rappelé le Medef. Après s’être entretenu ce dimanche avec les fédérations professionnelles et les associations de commerçants de proximité, Jean Castex devrait trancher ces questions, ce soir, au JT de TF1.