Caricatures de Mahomet : Jacques Chirac avait bien déclaré que « la liberté d’expression doit s’exercer dans un esprit de responsabilité »

FAKE OFF Une citation de l’ancien président de la République resurgit sur les réseaux sociaux, alors qu’Emmanuel Macron a affirmé sa volonté de ne pas « renoncer aux caricatures »

20 Minutes Fake off

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Jacques Chirac, au congrès des l'association des maires de France, le 21 novembre 2006.
Jacques Chirac, au congrès des l'association des maires de France, le 21 novembre 2006. — MEIGNEUX/SIPA
  • Une déclaration de Jacques Chirac sur les caricatures de Mahomet publiées en 2006 par Charlie Hebdo et d’autres titres de presse resurgit sur les réseaux sociaux.
  • L'ancien chef de l'Etat affirmait son soutien à la « liberté d’expression », mais appelait à ce que celle-ci soit exercée « dans un contexte de responsabilité », alors que leur publication avait déclenché des manifestations.

Est-ce pour opposer les prises de position de deux présidents de la République qu’une ancienne citation de Jacques Chirac resurgit sur les réseaux sociaux ?

Ce message précise qu'« en 2006, le président français Jacques Chirac avait fermement condamné les caricatures de Charlie Hebdo sur le noble prophète Muhammed ». Le chef de l’Etat aurait alors déclaré : « Tout ce qui peut blesser les convictions d’autrui, en particulier les convictions religieuses, doit être évité. La liberté d’expression doit s’exercer dans un esprit de responsabilité. Si la liberté d’expression est un des fondements de la République, celle-ci repose également sur les valeurs de tolérance et de respect de toutes les croyances. »

Le message s’achève sur une déclaration qu’aurait tenue l’ancien président français en Conseil des ministres : « Je condamne toutes les provocations manifestes, susceptibles d’attiser dangereusement les passions ».

20 Minutes a vérifié l’authenticité de ces citations.

FAKE OFF

Ces propos datent du 8 février 2006. Ils proviennent d’une déclaration toujours en ligne sur le site de l’Elysée. Contrairement à ce qu’affirme le message viral, le président n’avait toutefois pas « fermement condamné » ces publications, mais exprimé une position plus nuancée.

Le président avait commencé par rappeler que « la liberté d’expression est un des fondements de la République ». Et de souligner que cette liberté « repose également sur les valeurs de tolérance et de respect de toutes les croyances ».

Dans sa déclaration, le président condamnait également « toutes les violences perpétrées contre les ressortissants ou représentations étrangères où que ce soit dans le monde». Il rappelait «que, conformément au droit international, les gouvernements sont responsables de la sécurité des personnes et des biens étrangers installés sur leur territoire ».

Jacques Chirac s’exprimait après la publication par Charlie Hebdo de caricatures de Mahomet initialement parues dans un quotidien danois. France Soir les avait republiées une semaine avant Charlie, rappelaitLe Nouvel Observateur à l’époque. Des manifestations dans plusieurs pays avaient suivi la publication des dessins dans les journaux européens.

Philippe Val, alors directeur de Charlie Hebdo, s’était déclaré « choqué » par les propos du président de la République, rapportait Le Monde. Philippe Val avait décidé de publier les caricatures par « solidarité » avec le directeur de France Soir, renvoyé à cause de cette publication, rapportait également le quotidien.

Jacques Chirac avait pour sa part, quelques jours auparavant, prononcé une déclaration sur le même ton, rappelant le principe de la « liberté d’expression », mais appelé « au plus grand esprit de responsabilité, de respect et de mesure ».

Macron avait affirmé ne pas vouloir « renoncer aux caricatures »

La publication de ces citations de Jacques Chirac sur Facebook est apparue quelques jours après l’hommage national à Samuel Paty, qui s’est déroulé le 21 octobre à la Sorbonne. Tranchant avec la position de Jacques Chirac, Emmanuel Macron avait affirmé : « Nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins, même si d’autres reculent. »

Des propos qui ont déclenché des remous dans le monde musulman. Jeudi, Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, a adressé « un message de paix au monde musulman ».