Confinement : L’attentat à Nice bouscule les débats à l’Assemblée nationale

COMPTE RENDU Jean Castex a présenté à l'Assemblée nationale le plan du gouvernement pour lutter contre l'épidémie de coronavirus, mais les débats ont été bousculés par l'attaque de Nice

Thibaut Le Gal

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Richard Ferrand et Jean Castex.
Richard Ferrand et Jean Castex. — Jacques Witt/SIPA
  • Jean Castex a présenté à l’Assemblée nationale le confinement annoncé la veille par le chef de l’Etat.
  • En pleins débats, le gouvernement et les députés ont appris qu’un attentat avait eu lieu dans une église à Nice.
  • L’opposition a dénoncé le manque de préparation du gouvernement mais sans remettre en cause le confinement.

L’Histoire est quelquefois d’une ironie amère. Car c’est Jean Castex, l'ancien « Monsieur déconfinement » du gouvernement, qui a présenté ce jeudi à l'Assemblée nationale les contours du nouveau confinement annoncé par Emmanuel Macron hier. « J’ai parfaitement conscience que les efforts et les sacrifices qui sont à nouveau demandés au pays vont peser sur la vie de chacune et chacun d’entre nous », a convenu le Premier ministre. Ce dernier a défendu pendant près de trente minutes la nécessité de cette nouvelle étape dans la lutte contre le coronavirus, qui débute ce jeudi à minuit.

L’attentat de Nice interrompt les débats

« Le virus accélère, nous devons accélérer aussi. […] Il faut casser la spirale épidémique, il n’y a pas d’autre solution » pour sauver des vies, dit-il. La voix mécanique ne s’élève que rarement, lorsqu’elle est chahutée par l’opposition, qui dénonce l’impréparation du gouvernement face à la hausse de l’épidémie. « Nous savions qu’une deuxième vague était possible voire probable, et nous l’avions anticipée. Mais le fait est qu’aucun pays n’avait prévu qu’elle s’accélérerait de manière aussi soudaine et aussi brutale », défend l’intéressé.

Un léger flottement parcourt ensuite les bancs de l’hémicycle. Sur les bancs, les visages s’assombrissent. Les premières informations sur l’ attaque de Nice sont tombées. Le tragique s’ajoute au tragique. Jean Castex glisse quelques mots, hors micro, à Richard Ferrand. Le président de l’Assemblée nationale interrompt : « Nous venons d’apprendre qu’un attentat d’une gravité extrême s’est produit à Nice. » Il fait respecter une minute de silence et suspend la séance. Puis Jean Castex revient : « Cet attentat est une nouvelle épreuve très grave qui frappe notre pays. Je vais être tenu de me rendre place Beauvau à la cellule interministérielle de crise », dit-il avant de quitter l’Assemblée.

Certains opposants souhaitent arrêter les débats, mais la séance se poursuit. « C’est précisément parce que des terroristes attaquent notre démocratie, notre République, que c’est l’honneur de l’Assemblée nationale de continuer à faire vivre notre République », justifie Richard Ferrand depuis le perchoir.

L’opposition cible le bilan du gouvernement, mais sans trop de cœur

Alors, les représentants des différents groupes politiques se succèdent pour expliquer leur vote. Valérie Rabault (Parti socialiste) annonce un « oui de colère » au confinement contre « l’impréparation » du gouvernement, estimant avoir alerté à plusieurs reprises contre les « dysfonctionnements » de la première vague. « Tout le monde peut constater que vous êtes pris de court. Le déconfinement est un échec », abonde Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise). L’opposition préfère cibler la gestion de l’épidémie plutôt que le confinement, que tous jugent aujourd’hui nécessaire.

Certaines piques agacent la majorité mais, partout dans l’hémicycle, le cœur n’y est plus vraiment. Evoquant un « contexte glaçant », le tribun insoumis philosophe plus qu’il ne frappe. « Que reste-t-il de notre liberté individuelle ? Ou sont passées nos libertés collectives ? Comment nommer cette société, entre surveillance généralisée et terrorisme sporadique. Est-ce ainsi que les Hommes vivent ? Non. Mais sachons qu’il n’y a pas de jours heureux sans qu’il y ait eu auparavant de résistances humaines. »

La droite se montre également critique mais prévient qu’elle ne participera pas au vote sur le reconfinement « afin de ne pas ajouter des divisions dans notre pays ». De retour, Jean Castex s’en agace : « Quand la maison France est dans la difficulté, on doit prendre ses responsabilités. » Le scrutin est sans suspense. L’Assemblée nationale apporte un large soutien, par 399 voix contre 27, au reconfinement décidé par l’exécutif. Jean Castex salue sobrement « un vote clair et sans ambiguïté, à la hauteur des circonstances graves que notre pays traverse ».