Régionales 2021 : Pourquoi l'éventuel report du scrutin agace la droite

STRATEGIE Une commission transpartisane devrait trancher sur le sort des régionales et des départementales, prévues en mars prochain, mais dont le calendrier est bouleversé par l'épidémie de coronavirus

Thibaut Le Gal

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Christian Jacob devant Gérard Larcher.
Christian Jacob devant Gérard Larcher. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • La tenue des élections régionales et départementales de mars prochain est menacée par l’épidémie de coronavirus.
  • Le gouvernement a lancé une commission transpartisane pilotée par Jean-Louis Debré pour décider d’un éventuel report des scrutins.
  • La droite dénonce une manœuvre politique de la part d’Emmanuel Macron.

Un caillou de plus dans la chaussure des Républicains. Le rebond de l’épidémie de coronavirus menace les élections régionales et départementales prévues en mars prochain. Le Premier ministre Jean Castex a annoncé mercredi la création d’une commission transpartisane, pilotée par l’ancien président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré, pour décider d’ici la fin de l’année d’un éventuel report. Mais cette perspective a été froidement accueillie par l’opposition, notamment à droite.

« Soit il y a des risques sanitaires et là c’est un cadre qui pourrait justifier un report. Mais, si on peut utiliser librement les moyens de transport, aller travailler, faire ses courses, la démocratie doit être respectée également », a tranché le patron des Républicains, Christian Jacob, qui a demandé mercredi à « clarifier les choses très rapidement ». La droite perçoit dans cet ajournement une manœuvre politique d’Emmanuel Macron dans la perspective de la présidentielle 2022.

Macron a « peur de prendre une calotte électorale »

Derrière ces suspicions, une information révélée en juin dernier après un dîner à l’Elysée entre Emmanuel Macron et Renaud Muselier, à la tête des Régions de France. Selon Le Figaro, le chef de l’Etat aurait proposé aux présidents de région une aide financière de l’Etat si ces derniers, en contrepartie, soutenaient un report du scrutin après 2022. Une manière, selon l’opposition, de s’éviter un camouflet à quelques mois de la présidentielle.

« Dès qu’on touche au calendrier électoral, on peut suspecter le tripatouillage, dénonce Gilles Platret, vice-président des Républicains et tête de liste pour les régionales en Bourgogne Franche-Comté. Emmanuel Macron a d’abord tenté de repousser les élections avec un argument fallacieux, qui était de maintenir la stabilité des exécutifs locaux pour ne pas mettre en danger le plan de relance. Maintenant, c’est le Covid… En réalité, il a très peur de prendre une calotte électorale, car son parti n’est pas implanté localement, et cela pourrait l’affaiblir pour 2022. »

La mise en orbite de Xavier Bertrand enrayée ?

« Personne ne sait encore quelle sera la situation sanitaire en mars, et nous n’avons plus confiance en Emmanuel Macron depuis le chantage qu’il nous a fait en juin dernier », abonde le député LR de l’Aisne Julien Dive. « Je crains que le président soit dans le calcul politicien, pour affaiblir ou emmerder ses rivaux, Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse et d’autres », ajoute ce proche du patron des Hauts-de-France. Car nul n'ignore, à l'Elysée comme à LR, que ce changement de calendrier empêcherait Xavier Bertrand, voire ses homologues d’Ile-de-France et d’Auvergne-Rhône-Alpes, d’utiliser une réélection comme marchepied pour la présidentielle de 2022.

« Un déplacement bousculerait notre agenda, c’est une évidence », souffle Gilles Platret. D'autant qu'avec l’abandon de François Baroin, le parti peine à trouver un candidat naturel pour l’élection reine. En septembre, LR s’est donné un peu d’air, en repoussant toute décision à après les régionales. Mais la piste Xavier Bertrand, qui est loin de faire l'unanimité à droite, sera d’autant plus difficile à imposer si le Nordiste ne peut pas être réélu à la tête de sa région. « Avec un report, cette porte de sortie envisagée par LR se referme de manière mécanique », grince un membre du bureau politique, soutien de Bruno Retailleau, qui lorgne lui aussi sur 2022. Il ajoute : « La direction a gagné du temps, mais elle n’échappera pas à la primaire. Que les régionales soient décalées ou maintenues ».