Attentat à Conflans : Emmanuel Macron pressé d’intensifier la lutte contre l’islam radical

ATTENTAT La décapitation d’un professeur à Conflans-Sainte-Honorine oblige l’exécutif à compléter son projet de loi contre les « séparatismes »

Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron, vendredi 16 octobre à Conflans-Sainte-Honorine
Emmanuel Macron, vendredi 16 octobre à Conflans-Sainte-Honorine — Abdulmonam Eassa/AP/SIPA
  • La décapitation de Samuel Paty, professeur à Conflans-Sainte-Honorine, a suscité beaucoup d’émotion dans le pays.
  • Emmanuel Macron a annoncé dimanche des mesures rapides pour lutter contre l’islamisme radical.
  • Sous pression, le président de la République est contraint d’accélérer, quinze jours seulement après avoir dévoilé le projet de loi contre les séparatismes, qui sera présenté en Conseil des ministres le 9 décembre prochain.

« Les islamistes ne doivent pas pouvoir dormir tranquilles dans notre pays. » Après la décapitation du professeur Samuel Paty dans les Yvelines vendredi, Emmanuel Macron durcit le ton. Le chef de l’Etat a annoncé à l’issue d’un Conseil de défense, dimanche soir, un « plan d’action » dès cette semaine contre « les structures, associations ou personnes proches des milieux radicalisés ». Sous pression, le président de la République promet d’apporter des réponses politiques, quinze jours seulement après avoir dévoilé le projet de loi contre les séparatismes, qui sera présenté en Conseil des ministres le 9 décembre prochain.

L’exécutif mis sous pression par l’opposition

L’exécutif souhaite accélérer pour répondre à l’émotion ressentie dans le pays et contrer les attaques de l’opposition. Sur France 2, ce lundi, le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau a accusé Emmanuel Macron de ne pas « mener [la] guerre » contre l’islamisme​, le jour où de nombreux responsables sa famille politique déroulaient une batterie de mesures sur le sujet.

Xavier Bertrand, le patron de la région Hauts-de-France, a pour sa part dénoncé un discours « dépassé » du chef de l’Etat, appelant à « de nouvelles sanctions judiciaires pour celles et ceux qui s’en prennent au principe de laïcité et aux valeurs de la République ». Dans le même temps, Marine Le Pen a demandé une « législation de guerre » contre l’islamisme radical, quand Jean-Luc Mélenchon appelait à « réprimer efficacement là où est le mal ».

« On ne découvre rien de la radicalisation aujourd’hui. Plusieurs lois ont d’ailleurs été votées depuis le début du quinquennat », relève-t-on à l’Elysée. « Mais face à la menace, le président a demandé aux ministres d’apporter des nouvelles solutions, concrètes, rapides, pour parachever le texte présenté le 9 décembre. »

Des mises à jour de la loi sur les séparatismes et un retour de la loi Avia ?

L’acte terroriste de vendredi contraint le gouvernement à une « mise à jour » du texte. « Les premières mesures doivent arriver vite : les dissolutions d’association, les reconduites à la frontière, les réflexions au sein de l’Education nationale. Je crois que cet acte terrible a fait basculer les choses, la société est en train de bouger », avance le député de Paris Sylvain Maillard, porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée.

Dans les médias, les ministres concernés se démultiplient. Gérald Darmanin a confirmé vouloir dissoudre plusieurs associations, dont le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), ce lundi matin sur Europe 1. « On reproche à ces associations d’être des propagateurs de séparatisme, de prêcher que l’islam est supérieur aux lois de la République. Ce discours n’est pas acceptable », explique-t-on à Beauvau, qui précise qu’un décret sera pris mercredi en Conseil des ministres. Le ministre de l’Intérieur, qui sera également ce lundi soir l’invité du JT de TF1, a par ailleurs confirmé l’expulsion prochaine de 231 étrangers en situation irrégulière fichés pour radicalisation, mesure qu’il avait déjà annoncée le 13 octobre.

En parallèle, Marlène Schiappa s’est rendue ce lundi à la sous-direction de lutte contre la cybercriminalité, qui abrite la plateforme de signalement Pharos. C’est ce service, mis en place en 2009 et souvent critiqué pour son manque de moyens, qui a identifié les 80 messages de soutien à l’assassinat du professeur d’histoire-géographie. La ministre déléguée chargée de la Citoyenneté recevra aussi mardi matin les dirigeants France de Facebook, Twitter, Google (pour YouTube), TikTok et Snapchat, souvent accusés de ne pas en faire assez contre les propos de haine en ligne.

Et dans ce contexte, la loi Avia, dézinguée en juin par le Conseil constitutionnel, revient en force dans la majorité. « C’est le gros angle mort du projet de loi contre les séparatismes. La censure du Conseil constitutionnel nous a privés d’outils pour lutter contre la haine en ligne. C’est pourtant le cœur du sujet, on l’a vu, puisqu’une fatwa a été lancée en ligne contre l’enseignant assassiné. A nous de travailler sur le texte pour qu’il puisse être repris dans la future loi », confie la députée LREM d’Isère, Caroline Abadie. « Le projet de loi Avia peut être une piste de travail », dit-on prudemment au sein de l’exécutif, probablement soucieux de s’éviter une nouvelle déconvenue.

Des premières pistes pourraient être annoncées mercredi après le Conseil des ministres. Le même jour, en début de soirée, une cérémonie d’hommage national à Samuel Paty se déroulera dans la cour de la Sorbonne.