Couvre-feu : Quels risques politiques pour Emmanuel Macron ?

POPULARITE Depuis plusieurs mois, le chef de l’Etat enchaîne les annonces impopulaires en raison de la crise sanitaire

Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron. — Bruno Bebert -POOL/SIPA
  • Confinement, couvre-feu et autres restrictions… Depuis le début de la crise sanitaire liée au coronavirus, le chef de l’Etat annonce aux Français des mesures impopulaires.
  • La popularité du chef de l’Etat ne semble pas encore marquée par cette gestion de crise.
  • Mais le coronavirus et ses conséquences économiques seront un enjeu de la prochaine présidentielle.

En quelques mois, il est devenu le « président des mauvaises nouvelles ». Mercredi soir, Emmanuel Macron a de nouveau annoncé aux Français des « mesures plus strictes » afin de lutter contre l’épidémie de coronavirus. Le président de la République a instauré un  couvre-feu à partir de samedi et pour au moins un mois à Paris et dans sa région, ainsi que dans les métropoles de Lille, Grenoble, Lyon, Aix-Marseille, Montpellier, Rouen, Toulouse et Saint-Etienne. Cette décision choc fait suite à l’instauration du confinement à la mi-mars, et à la limitation des déplacements les semaines suivantes.

« Prendre des mesures qui réduisent la vie sociale des gens, c’est dur. Mais le plus grand risque serait de ne rien faire, défend le député de Paris Sylvain Maillard, porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée. Le couvre-feu n’est pas agréable, mais au moins, c’est clair : on est actuellement à 20.000 contaminations par jour, l’objectif est de redescendre sous les 3.000. C’est ce qu’attendaient les Français ».

Une popularité stable, mais jusqu’à quand ?

Selon un sondage Harris interactive pour LCI réalisé en ligne après l’intervention d’Emmanuel Macron mercredi soir, 73 % des Français seraient bien favorables à l’instauration du couvre-feu. Et 62 % des personnes concernées par cette mesure l’appuieraient, d’après une enquête Elabe pour BFMTV publié ce jeudi. 59 % des Français seraient également d’accord pour limiter à six personnes les réunions à domicile.

« Les restrictions sont difficiles à entendre, mais les Français sont conscients de la situation sanitaire. On sait déjà que dans 2 ou 3 semaines, les services hospitaliers seront dans une situation de tension. Beaucoup s’aperçoivent de la difficulté à gouverner le pays dans cette crise », avance le député LREM de Paris Pacôme Rupin. Les enquêtes d’opinion montrent effectivement qu’une large majorité de Français soutient généralement les annonces de l’exécutif pour lutter contre l’épidémie. Et 72 % d’entre eux estimaient mêmefin septembre dans une enquête Ifop être prêts à « respecter un reconfinement d’au moins 15 jours » si nécessaire. Voilà pour le court terme. Mais ces bouleversements peuvent-ils avoir, à terme, un impact politique ?

« Le corps social est soumis à de rudes coups, mais la popularité du président est stable. La lassitude des Français se traduit plutôt par le fait que 63 % d’entre eux ne font pas confiance au gouvernement pour gérer la crise », remarque Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. « Pour le moment, les retombées ne sont pas trop négatives mais le Covid-19 imprègne l’opinion et pourrait modifier le bilan du quinquennat. On remarque déjà certains fragments fragiles, chez les jeunes notamment, qui se vivent comme une génération sacrifiée. »

La gestion de la crise, déjà un angle d’attaque politique

La réélection d’Emmanuel Macron pourrait-elle se jouer sur la gestion de la crise ? « Savoir si une mesure nous apporte quelque chose politiquement, ce n’est pas le sujet. On ne peut pas se permettre de faire ce genre de calculs. On doit seulement se demander comment juguler l’épidémie », répond Sacha Houlié, député LREM de la Vienne, qui s’agace : « Je remarque une grande irresponsabilité et une forme de cynisme de pas mal de candidats à la présidentielle qui veulent se refaire la cerise sur la santé des Français ».

Depuis la rentrée, l’opposition fustige la gestion de l’épidémie de l’exécutif, son manque de préparation face à une éventuelle deuxième vague et sa gestion de la crise économique.

« La crise sera un enjeu pour Emmanuel Macron comme elle l’est pour Trump et tous les responsables politiques en place », balaie François Patriat, patron des sénateurs LREM. « Il y a sans doute eu des erreurs, mais est-ce que la France a fait plus mal que les autres ? Non. A-t-elle mieux protégé les Français ? Je le crois ». Les élections régionales de mars prochain, si elles sont maintenues, pourraient être un premier test pour les macronistes.