Coronavirus : Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas augmenté les capacités de lits de réanimation ?

SANTE La question est notamment posée par l'opposition, alors que le taux d'occupation des services de réanimation est en augmentation depuis plusieurs semaines

Thibaut Le Gal

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Olivier Véran et Jean Castex
Olivier Véran et Jean Castex — Blondet Eliot-POOL/SIPA
  • Le nombre de patients admis en réanimation augmente légèrement chaque semaine, laissant entrevoir un risque de saturation.
  • La capacité d'accueil de 5.000 lits n'a pas été augmenté depuis la première vague.
  • Matignon évoque la difficulté de recruter des personnels.

« On est inquiets car la situation est déjà très tendue. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir tiré la sirène d’alarme… » Djillali Annane, chef du service de médecine intensive et réanimation à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), craint le rebond de l’épidémie de coronavirus, qu’il observe notamment dans l’augmentation du nombre de malades admis en réanimation.

L’occupation dans ces services spécialisés est l’une des données les plus scrutées par le gouvernement, et l’un des trois indicateurs déterminant le niveau d'alerte par département. Si l’exécutif a récemment pris des mesures restrictives, comme la fermeture des bars dans plusieurs régions, c’est que, depuis la mi-août, les chiffres ne sont pas bons. Le nombre de patients admis en réanimation augmente légèrement chaque semaine, laissant entrevoir un risque de saturation.

Saturation à venir en Ile-de-France et dans les Hauts-de-France

Sur les 5.000 lits de réanimation que comptent les hôpitaux français, un peu plus de 1.400 sont aujourd’hui occupés par des malades du Covid-19. Mais certains territoires commencent à voir rouge. En Ile-de-France, le taux d’occupation des lits en réanimation dépasse désormais les 40 %.

Et si les modélisations très pessimistes présentées par l'Institut Pasteur il y a quelques semaines sont à nuancer, l’exécutif veut à tout prix éviter la saturation, pour ne pas contraindre le personnel médical à devoir faire des choix, comme ce fut le cas au plus haut de la première vague. Mais pourquoi les capacités n’ont-elles pas été augmentées ? « Le constat avait pourtant été fait lors de la première vague : il y avait une nécessité à revoir la capacité des lits de réanimation en France. Là, en pleine marée montante, on ne peut que déplorer que rien n’ait été fait », s’agace Djillali Annane, à l'image d'autres médecins.

« Huit mois plus tard, on se retrouve en pénurie de lits de réanimation. Il y a toujours 5.000 lits de réanimation, pas plus qu’en mars. Il n’y a pas plus de moyens », a déploré jeudi sur France Info le chef des urgences de l’hôpital Georges-Pompidou, Philippe Juvin, également élu LR.

Une augmentation du nombre de lits très hypothétique

Contacté par 20 Minutes, le ministère de la Santé n’a pas répondu à nos sollicitations. Mais à la mi-mai, les services d’Olivier Véran confirmaient qu’il n’était pas prévu d'augmenter de manière pérenne les capacités hospitalières en réanimation. L’objectif du gouvernement est bien « de revenir à notre capacité habituelle d’environ 5.000 lits pour permettre aux personnels de santé de retrouver un fonctionnement normal et un peu de répit » et de pouvoir, « grâce à l’acquisition massive de respirateurs, […] remonter très rapidement en charge devant l’éventualité d’une deuxième vague, jusqu’à 10.000 voire 14.000 lits ».

Mais cette promesse d’une montée en puissance paraît difficile à tenir, compte tenu du manque de personnels. Une note du ministère de la Santé datée du 17 juillet évoque bien une hypothèse haute de 12.000 lits de réanimation, mais elle serait conditionnée à une mobilisation de 24.000 infirmiers et de 10.500 aides-soignants supplémentaires. Or le document précise également que cette hypothèse nécessiterait « de nombreux effectifs supplémentaires en personnel qui ne sont pas présents directement et ne peuvent pas être disponibles sur tout le territoire national en même temps ». Une prévision très théorique, donc.

« On ne forme pas un soignant en six mois », balaie Matignon

« Après la première vague, le gouvernement est revenu à une logique budgétaire, de réduction de la masse salariale. Nous n’avons donc aucun levier pour trouver du renfort, car toutes les régions sont aujourd’hui touchées, reprend Djillali Annane. En Ile-de-France, on est très proche du point de rupture, c’est pour ça que le niveau 2 du plan blanc a été déclenché. » L’Agence régionale de santé a en effet activé jeudi matin le « plan blanc renforcé », permettant aux hôpitaux de déprogrammer des activités pour renforcer les services de réanimation.

Ce manque de préparation de l’exécutif a été repris par l’opposition, notamment Guillaume Peltier, le numéro 2 de LR, ce mercredi sur LCP :

« Le problème, c’est la difficulté à recruter et à trouver le personnel. On a le bâti, contrairement à l’Espagne ou le Portugal. Mais on ne forme pas un soignant en six mois », explique-t-on à Matignon. Le Ségur de la Santé, clôturé en juillet, prévoit bien 15.000 recrutements en milieu hospitalier dans les années à venir, mais n’aborde pas les capacités des services de réanimation.

Matignon évoque par ailleurs une meilleure analyse des données par rapport au printemps dernier : « Avec les modélisations, on a aujourd’hui deux à trois semaines d’avance. On peut donc mieux anticiper l’évolution du virus afin d’éviter les embouteillages dans les hôpitaux. Mais si les indicateurs sont mauvais, on assumera de prendre des mesures impopulaires. » Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, n’a d’ailleurs pas exclu ce vendredi la possibilité d’un reconfinement à l'échelle locale.