La droite se met à l’écologie, une mue opportuniste ?

POLITIQUE Les Républicains ont lancé de nombreux chantiers pour faire avancer la question écologique, une thématique pas vraiment dans son ADN jusqu’ici

Thibaut Le Gal

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Aurélien Pradié et Damien Abad, reponsables LR.
Aurélien Pradié et Damien Abad, reponsables LR. — Jacques Witt/SIPA
  • A première vue, l’écologie n’est pas le thème de prédilection de la droite, traditionnellement plus portée par les sujets régaliens.
  • Depuis les municipales, Les Républicains multiplient les initiatives pour proposer une « écologie de droite ».
  • Cette mue écolo a aussi une visée électorale.

« On veut montrer qu’il existe une écologie de droite. » Les Républicains retrouvent Jean-Louis Borloo jeudi matin à l’Assemblée nationale. L’ancien ministre de l’ Ecologie de Nicolas Sarkozy ouvrira le séminaire des parlementaires LR avec une thématique environnementale. Une manière de montrer que le parti a des ambitions sur le sujet.

« La droite doit se saisir de la question écologique, proposer un modèle différent d’Europe Ecologie-Les Verts. Une écologie pragmatique, positive, de proximité. C’est un défi pour nous, et un travail sur le long terme », explique le député de l’Ain Damien Abad, président du groupe LR à l’Assemblée.

Un intérêt électoral pour LR

A première vue, l’écologie n’est pas le thème de prédilection de la droite, traditionnellement plus portée par les sujets régaliens. Mais Les Républicains montrent récemment un intérêt pour les questions environnementales, dans le sillon des municipales. Le parti multiplie les initiatives : des forums sur l’agriculture et l’alimentation, des « matinées de l’écologie » avec des experts, des consultations grand public, et même un « Tour de France de l’environnement » lancé par le numéro 3 de LR Aurélien Pradié, qui doit rencontrer, pendant un an, élus, acteurs agricoles et associatifs.

Chassé de plusieurs grandes villes par les écologistes aux dernières municipales, la droite y trouve aussi un intérêt électoral. Car tous les partis, jusqu’au Rassemblement national et son localisme, planchent désormais sur cette thématique. « On ne peut pas passer à côté de cet enjeu. Il y a une partie de notre électorat qui ne vote plus à droite car on ne porte pas assez ces questions », relève Damien Abad, qui a lancé mi-septembre une « task force environnement » chargée de plancher sur l’énergie, les mobilités ou encore la fiscalité verte. Un sondage commandé par LR à l’Ifop confirme : 67 % des Français (et 52 % des sympathisants de droite) estiment qu'« aujourd’hui, aucun parti de droite n’incarne l’écologie ».

Pour se défendre, le parti convoque le passé. Et cite Georges Pompidou, qui lança le premier ministère de l’environnement, Jacques Chirac et son fameux « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », ou encore le « Grenelle de l’environnement » de Nicolas Sarkozy, pour montrer que la droite n’a pas à rougir sur la question verte.

Des propositions au niveau local

Mais au-delà des effets de manche, le parti reste encore flou sur le modèle proposé. « On ne doit surtout pas opposer écologie et pouvoir d’achat. L’écologie ne doit pas être élitiste, punitive, contre les Français. Mais sur un modèle d’incitation, qui récompense les comportements vertueux, qui encourage la transition écologique pour les entreprises, qui propose des circuits courts », indique Damien Abad. Guillaume Peltier avait aussi évoqué au printemps un vaste plan de relocalisations et un « plan Marshall » pour la ruralité, avec une baisse de la TVA sur les circuits courts. Des premières mesures concrètes sont attendues à l’automne.

C’est au niveau local que la mue est la plus marquée. En Pays-de-la-Loire, par exemple, la région dirigée par LR vient de créer un groupe d’experts pour évaluer l’impact du réchauffement climatique. Aux dernières municipales, les candidats LR ont, comme beaucoup, verdi leur programme. Le maire LR de Reims Arnaud Robinet a même écrit cet été à une quarantaine d’élus des plus grandes villes de droite et du centre « pour créer un réseau de villes vertes ». « L’idée est de pouvoir partager nos expériences et montrer que l’écologie se fait déjà au quotidien sur nos territoires, à travers la végétalisation, l’isolation thermique, le développement du bio et du local dans nos cantines… », développe-t-il. « Tous ont répondu favorablement. L’écologie est à la droite ce que la sécurité est à la gauche, des marqueurs idéologiques. Mais on remarque, dans les deux cas d’ailleurs, une évolution », dit-il.

Le sujet n’est pas toujours facile à défendre au sein de la droite. Il n’y a pas si longtemps encore, en 2016, l’ex-ministre Luc Châtel estimait que Les Républicains devaient être « le parti du gaz de schiste, des OGM, des biotechs ». « Il y a encore des poches de résistance, mais la jeune génération a une sensibilité plus accrue sur la cause environnementale », répond Damien Abad.

L’eurodéputé David Cormand y voit le signe d’une « victoire culturelle » : « On s’est battus pendant quarante ans pour que l’écologie soit le sujet politique, c’est fait », salue l’eurodéputé et ancien patron des écolos David Cormand. « Maintenant, on entre dans la deuxième phase. Quelle écologie et, surtout, quel modèle de société ? Or la droite reste aujourd’hui dans une vision conservatrice de l’écologie puisqu’elle ne remet pas en question le modèle économique dans sa globalité ». Nul n’en doute plus désormais, l’écologie sera au cœur des prochains scrutins électoraux.