Présidentielle 2022 : Les ambitions de Rachida Dati n’enthousiasment pas la droite

LES REPUBLICAINS Interrogée par le quotidien britannique The Times sur ses projets pour les deux années à venir, l’ex-candidate LR à la mairie de Paris a dit vouloir « gagner l’élection présidentielle »

Thibaut Le Gal

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Rachida Dati, candidate LR à Paris, dans son bureau de la mairie du VIIe arrondissement.
Rachida Dati, candidate LR à Paris, dans son bureau de la mairie du VIIe arrondissement. — Romuald Meigneux/SIPA pour 20 Minutes
  • « Je me suis battue contre les élites françaises. Maintenant, je veux être présidente », indique Rachida Dati aux Times.
  • La sortie de l'ex-candidate Les Républicains à Paris n'a pas vraiment agité sa famille politique.
  • Certains estiment que l'ancienne ministre pourrait proposer un ticket avec Xavier Bertrand à la présidentielle.

Fidèle à ses habitudes, Rachida Dati n’y va pas par quatre chemins. L’ancienne candidate Les Républicains à la mairie de Paris a annoncé dans The Times avoir pour ambition de « gagner l’élection présidentielle de 2022 », selon des propos publiés en anglais. Le titre de l’article est tout aussi explicite : « Je me suis battue contre les élites françaises. Maintenant, je veux être présidente. »

« Quand vous faites de la politique et que vous gagnez des batailles électorales et que vous faites en sorte que votre cause avance, que vous défendez vos valeurs et une communauté de destins, nécessairement, il arrive un moment où vous vous dites, surtout quand vous voyez l’état du pays, cette bataille, peut-être que je pourrais la mener », développe la maire du 7e arrondissement dans le quotidien britannique.

Une campagne réussie… ponctuée par une défaite

Rachida Dati revient pourtant de loin. Partie de presque nulle part à la rentrée 2019, l’ex-eurodéputée avait finalement imposé sa candidature à son parti, LR, pour les municipales dans la capitale, puis relevé la tête de la droite parisienne, malgré des sondages défavorables. Après une campagne menée tambour battant, l’ancienne ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy avait finalement été devancée de près de 15 points par la maire socialiste sortante au second tour. Mais même ses adversaires saluaient sa jolie performance, pressentant déjà des ambitions nationales.

« Elle n’est pas parvenue à battre Anne Hidalgo, mais elle a réussi un tour de force avec la meilleure dynamique de campagne. Au plan national, ça va l’installer comme une leader de LR, et comme une personnalité potentiellement présidentiable d’ailleurs, sur cette ligne droite populaire, un peu sarkozyste », nous confiait alors une tête de liste du marcheur dissident Cédric Villani à Paris. L’intéressée affirmait déjà avoir « un rôle à jouer » pour 2022.

« Ne polluons pas la campagne des régionales avec des querelles d’ego »

A l’heure où la droite peine à se trouver un champion pour la présidentielle, Rachida Dati décide donc d’accélérer. Mais son annonce n’a pas vraiment ému sa famille politique. « Je suis allé regarder The Times. Il n’y a pas de scoop, elle dit qu’elle veut aider à faire gagner la droite en 2022. Il s’agit de se positionner, de montrer qu’elle compte. Parlons de tout ça après les régionales », évacue avec un poil de mauvaise foi le député de Vaucluse Julien Aubert. « Toutes les ambitions sont légitimes. Mais le temps n’est pas venu, abonde son collègue du Pas-de-Calais, Pierre-Henri Dumont. Ne polluons pas la campagne des régionales avec des querelles d’ego. »

Confronté à un casse-tête sur le mode de désignation de son ou sa candidate pour 2022, le parti a décidé de reporter la décision sur ce point à avril prochain, soit au lendemain des élections départementales et régionales. En attendant, le possible renoncement du « favori » François Baroin laisse le champ libre aux autres prétendants. « L’interview de Dati est une manière de se placer au sein de LR. Je pense qu’elle veut mettre la pression sur la direction pour proposer un ticket avec Xavier Bertrand. Elle joue sur le côté parisien, métropole, et lui en défenseur des territoires », analyse une cadre du mouvement.

Un ticket avec Xavier Bertrand à venir ?

Mi-septembre, Rachida Dati n’excluait pas un soutien au président de la région Hauts-de-France, qui a quitté Les Républicains fin 2017. « C’est celui qui a le plus faim, disait-elle sur BFMTV. Il n’est pas dans des contingences techniques. Quand on se voit, on parle politique, on parle des Français, on parle des difficultés, on parle des enjeux ». Xavier Betrand, qui se réclame également d’une droite sociale et populaire, était d’ailleurs venu soutenir Rachida Dati lors de sa campagne parisienne.

« Ces déclarations sont une stratégie comme une autre pour peser dans la suite de l’histoire. Je la verrais bien en tandem avec Xavier Bertrand, le plus à même de rassembler. Les deux ont des profils complémentaires, ça aurait de la gueule », s’enthousiasme déjà le député de l'Aisne Julien Dive, partisan du nordiste.

Pour le moment, peu d’élus LR semblent prendre au sérieux la candidature Dati pour 2022. La faute au format, un portrait-interview dans un quotidien étranger ? Le sentiment d’une stratégie commune avec Xavier Bertrand ? Une députée LR avance une autre raison : « Il y a cette affaire judiciaire avec Carlos Ghosn* qui pourrait lui être problématique… La droite ne veut surtout pas revivre une affaire Fillon. »

* Dans le cadre de l’enquête sur Carlos Ghosn, une information judiciaire a été ouverte l’an dernier par la justice sur des faits d'« abus de biens sociaux » et de « corruption passive » autour de contrats de conseil passés par l’alliance Renault-Nissan avec Rachida Dati et le criminologue Alain Bauer.