LREM : Doctrine, retour au local, coalition... Quel avenir pour le parti présidentiel en pleine crise ?

CRISE Le mouvement créé par Emmanuel Macron doit trouver des pistes pour sortir d’une crise interne

Laure Cometti

— 

Stanislas Guerini, délégué général de La République en marche à Matignon le 20 mai 2020.
Stanislas Guerini, délégué général de La République en marche à Matignon le 20 mai 2020. — THOMAS COEX / POOL / AFP
  • Le numéro 2 du parti présidentiel a démissionné lundi, accusant La République en marche de ne plus « produire des idées neuves », et appelant les membres de la direction à faire de même pour créer « un électrochoc ».
  • Le départ de Pierre Person, suivi de ceux d'Aurore Bergé et Sacha Houlié, est l’énième épisode d’une crise interne qui secoue LREM, après la déroute des élections municipales et la perte de la majorité absolue à l’Assemblée.
  • Pour surmonter ces turbulences, des marcheurs plaident pour une réorganisation profonde du parti, une clarification de l’idéologie macroniste, et pourquoi pas une grande coalition avec des alliés centristes.

Tout va de mal en pis chez les marcheurs. Après des municipales décevantes, une ribambelle de départs de députés et la perte de la majorité absolue à l’Assemblée, le parti présidentiel est de nouveau secoué par des turbulences. Le numéro 2 de La République en marche, Pierre Person, a démissionné lundi matin. Dans la soirée, deux autres cadres, Aurore Bergé et Sacha Houlié, ont quitté la direction du parti lors d’une réunion très tendue. Des départs qui ébranlent un parti fragile, de nouveau à la peine dans les urnes lors de six législatives partielles ce dimanche. En interne, le diagnostic est parfois sévère, et l’on s’interroge sur l’avenir d’un parti dont même Emmanuel Macron semble se désintéresser.

Créé en avril 2016 pour partir à la conquête de l’Elysée, En marche !, rebaptisé La République en marche en mai 2017, s’est montré d’une efficacité redoutable pour gagner des voix à la présidentielle puis aux législatives. Lors des élections européennes de 2019, le parti a sauvé les meubles, se plaçant un point derrière le Rassemblement national, au prix d’une alliance avec des centristes (MoDem, Agir, Mouvement radical). Puis la machine électorale s’est grippée.

Se restructurer

« Peut-être que le parti a trop bien fonctionné, et les gens ont pensé qu’il suffisait d’être "En marche" pour être élu. Peut-être que le mouvement a cru qu’il suffisait d’avoir l’effigie de Macron », souffle un macroniste de la première heure contacté par 20 Minutes. Il plaide pour un changement profond dans le fonctionnement du mouvement, avec « plus d’ancrage local, et moins de boucles Telegram, de verticalité et de virtualité ».

La ministre déléguée au ministre de l’Intérieur, Marlène Schiappa, pointe elle aussi une organisation trop centralisée. « Nous devons renouer avec cet état d’esprit participatif, le siège doit chercher à mieux valoriser la prise d’initiative locale, pas nécessairement à l’encadrer », estime-t-elle ce mardi dans un entretien au Figaro.

Mais pour l’heure, le délégué général Stanislas Guerini semble temporiser, en reportant la réélection du bureau exécutif après les élections régionales et départementales du printemps 2021. En attendant, il a nommé un binôme pour remplacer Pierre Person : la députée de l’Essonne Marie Guévenoux (ex-LR) et Jean-Marc Borello, issu de la société civile et réputé appartenir à la branche gauche de la macronie.

Clarifier (enfin) sa doctrine

Outre les déboires électoraux, le parti, rassemblé sur le soutien à Emmanuel Macron, souffre aussi de divergences idéologiques internes, sur la laïcité notamment et le régalien. « Nous devons bâtir un socle idéologique. Si nous ne savons pas qui nous sommes, les électeurs ne le sauront pas non plus », a déclaré la députée des Yvelines Aurore Bergé, qui a démissionné lundi du porte-parolat du parti.

Philippe Grangeon, membre du bureau exécutif du parti et ancien conseiller d’Emmanuel Macron, reconnaît que le chantier des idées reste à mener. « Pour l’avenir, il faut concentrer tous ses efforts dans la construction de la maison commune. Ce processus permettra à LREM de se poser les bonnes questions, de clarifier sa doctrine et je l’espère de dépasser les difficultés actuelles somme toute assez banales pour un mouvement politique qui s’inscrit dans le soutien à l’action gouvernementale et de surcroît très récent dans la vie politique », nous écrit-il.

Miser sur une coalition ?

Cette idée d’une « maison commune », ou coalition avec des partis alliés, avait déjà été défendue par Stanislas Guerini lors de l’université de rentrée, le 11 septembre à Amiens. Cette piste a les faveurs du chef de l'Etat qui mène des discussions avec les partis susceptibles d’intégrer cette alliance. Est-ce à dire que le parti présidentiel ne trouverait de salut que dans cette future coalition ?

« LREM est dépassée, il faut soit lui donner une autre vie, soit créer quelque chose de nouveau », lâche un cadre, qui croit savoir que « le président n’aime pas les partis, et n’en veut pas ». Ce macroniste estime qu’il faut garder le mouvement, « car il y a des gens qui s’y trouvent bien, et il ne faut pas les perdre. Mais il faut faire monter le concept de majorité présidentielle ». Un « concept » qui ne règlera pas tout, dans un système où avoir un parti reste incontournable, ne serait-ce que pour recevoir les subventions publiques et mener les prochaines batailles électorales.