Paris : Christophe Girard, Pierre Aidenbaum… Deux démissions et la fin du silence à la mairie ?

SOCIETE Accusé de harcèlement sexuel, Pierre Aidenbaum, adjoint d’Anne Hidalgo et ponte de la politique parisienne, a démissionné ce lundi deux mois après Christophe Girard parti également sur fond de scandale sexuel

Romain Lescurieux

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Bertrand Delanoë, Pierre Aidenbaum (à gauche), Yves Contassot et Christophe Girard (à droite) en 2007
Bertrand Delanoë, Pierre Aidenbaum (à gauche), Yves Contassot et Christophe Girard (à droite) en 2007 — GINIES/SIPA
  • Pierre Aidenbaum, adjoint à la Seine à la maire de Paris et ex-maire du 3e arrondissement de 1995 à 2020, a remis ce lundi sa démission.
  • Une enquête pour « agression sexuelle » a été ouverte confiée à la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) de la PJ parisienne.
  • Après les démissions de Pierre Aidenbaum et Chirstophe Girard, pontes de la vie politique parisienne depuis l’élection de Bertrand Delanoë, la parole va-t-elle davantage se libérer à la mairie de Paris ?

Un autre monde. Le 10 février 2014, Bertrand Delanoë, treize ans de mandat, fait ses adieux au conseil de Paris. Dans l’assemblée, deux hommes lui rendent hommage. « Page d’histoire avec des mots forts de Bertrand Delanoë pour ce dernier Conseil de Paris, "chaque élu est une part de Paris" », publie sur Twitter, Christophe Girard, qui lui doit sa nomination et sa carrière à la tête de la culture parisienne. « Dernière séance de la mandature de Bertrand Delanoë. Beaucoup d’émotion, la larme à l’œil », fait également savoir Pierre Aidenbaum, maire du 3e arrondissement depuis 1995 et engagé auprès de Bertrand Delanoë depuis les débuts. « La perspective d’une alternance à la mairie de Paris avec Bertrand Delanoë ouvre des horizons radicalement nouveaux », lisait-on dans son tract de campagne en 2001. Pari gagné, la gauche l’emporte. Une première dans la capitale.

Près de vingt ans plus tard, en deux mois d’intervalle, Christophe Girard et Pierre Aidenbaum, fidèles parmi les fidèles d’Anne Hidalgo et nommés adjoints en ce début de second mandat, ont démissionné. Le premier, ex-directeur de la stratégie au sein de LVMH âgé de 64 ans, a quitté son poste en raison de ses liens avec l’écrivain Gabriel Matzneff accusé de pédophilie, avant d’être lui-même accusé d’abus sexuels, selon un article du New York Times. Le second, 78 ans, ex-chef d’une entreprise spécialisée dans les accessoires de mode, doyen du Conseil de Paris qui avait hérité d’un poste inédit d’adjoint en charge de la Seine s’est retiré de l’exécutif municipal ce lundi après des accusations de harcèlement sexuel auprès de sa collaboratrice avec qui il travaillait depuis près de dix ans. Des démissions sur fond de scandale sexuel qui agitent la mairie de Paris. Signent-elles la fin d’une époque et le début d’une institution à la parole davantage libérée ?

« La municipalité demeurera intraitable »

La démission surprise de l’ex-maire du 3e est tombée via un communiqué succinct. « Pierre Aidenbaum a remis ce lundi 14 septembre sa démission de son poste d’adjoint à la Seine à la maire de Paris. Cette décision intervient à la suite de la révélation de possibles faits de harcèlement sexuel à l’encontre d’une collaboratrice ». La mairie de Paris a annoncé avoir « immédiatement » signalé ces faits au parquet de Paris qui dans la foulée, a confirmé l'ouverture d'une enquête pour « agression sexuelle » confiée à la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) de la PJ parisienne.

Pierre Aidenbaum et Christophe Girard en 2007.
Pierre Aidenbaum et Christophe Girard en 2007. - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Contactée par 20 Minutes, la mairie de Paris ne fait « aucun commentaire » supplémentaire au communiqué et « souhaite laisser la justice faire son travail ». Mais elle semble vouloir aussi à tout prix éviter de s’embourber comme dans l’affaire Girard. « La municipalité demeurera intraitable avec tous types de faits de harcèlement moral ou sexuel, quelle que soit la qualité de leur auteur », a souligné la mairie de Paris après la démission de Pierre Aidenbaum, qui lui, a affirmé « avec force » via ses avocats à l’AFP « que cette relation n’avait strictement rien de délictuel et souhaite être entendu le plus rapidement possible pour faire parfaite démonstration de son innocence ».

Depuis la libération de la parole des femmes dans le cadre du mouvement #MeToo, d’autres personnalités font l’objet d’accusations publiques de violences sexuelles, à l’instar de l'ex-député écologiste Denis Baupin, que l’on retrouve aussi en tant que pilier des années Delanoë, d’abord comme adjoint chargé des transports, puis du développement durable et de l’environnement. Denis Baupin, Christophe Girard, Pierre Aidenbaum… La génération Delanoë est-elle rattrapée par des scandales étouffés durant des années dans les couloirs de la mairie ? « Ce n’est pas une lecture juste. Ça peut arriver dans toutes les générations. Ce sont des faits différents et à des époques différentes », balaye-t-on dans les rangs des socialistes parisiens, sollicités par 20 Minutes.

« Génération impunité »

Mais pour certaines, les verrous d’un système sautent avec les récentes démissions à la mairie. « Pourquoi ces affaires sortent maintenant alors que ces gens sont là depuis très longtemps ? Cette concomitance veut dire quelque chose. Elle signifie que quand on commence à déverrouiller un milieu, un entre-soi, les révélations arrivent en cascade », explique à 20 Minutes, Alice Coffin élue EELV du 12e arrondissement, figure féministe et activiste qui publie fin septembre Le génie lesbien (Grasset). Elle en veut pour exemple, la réaction de Pierre Aidenbaum, en juillet dernier, lorsqu’elle fait savoir, lors d’une réunion, que le groupe écolo va demander dans une lettre, la suspension de Christophe Girard de son poste d’adjoint. Quelques jours avant, le doyen tenait un discours officiel en guise d’introduction à la réélection d’Anne Hidalgo pour son second mandat.

« Pierre Aidenbaum a été extrêmement véhément et m’a dit "je trouve ça dégueulasse". Il n’avait aucun intérêt à ce qu’une brèche s’ouvre dans un monde de secret et de non-dit. Pourtant si ça s’ouvre, ça aide les victimes à parler. Et ces hommes de pouvoir ne sont finalement pas intouchables », conclut-elle. Même constat pour Danielle Simonnet, conseillère de Paris (LFI). « C’est la génération impunité. C’est une génération d’entre soi qui pensait n’avoir rien à se reprocher. Mais ce qui la balaye, ce ne sont pas les nouveaux élues et élus, mais les victimes grâce à une parole qui se libère et une omerta qui se brise », affirme-t-elle auprès de 20 Minutes. La mairie assure que la question est prise à bras-le-corps.

« Depuis 2016, la Ville s’est dotée d’un service d’accueil et d’accompagnement des victimes qui a démontré sa pleine efficacité en permettant une réaction immédiate dès le signalement des faits incriminés », rappelle l’Hôtel de Ville dans son communiqué. D’ailleurs, entre les faits mettant en cause Pierre Aidenbaum et le signalement de la victime auprès d’Emmanuel Grégoire, premier adjoint et d’Anne Hidalgo, peu de jours se sont écoulés. « Si la mairie se vante de ce dispositif, je serais plus nuancée. Je ne sais pas si c’est si opérationnel que ça », note Danielle Simonnet. Et de s’interroger : « On peut féliciter la mairie sur cette affaire et sur la rapide prise de décision mais il y a eu pas mal d’histoires à la ville et ça peut prendre du temps. Combien de femmes ont été victimes des mêmes faits avant que ça évolue ? ».