Présidentielle 2022 : L'appel d'Estrosi à l'alliance avec Macron fait enrager la droite

MAIN TENDUE Le maire LR de Nice a lancé une petite bombe ce mardi en proposant à son parti de passer un accord avec Emmanuel Macron pour 2022

Thibaut Le Gal

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Christian Estrosi a trouvé un accès secours pour la droite.
Christian Estrosi a trouvé un accès secours pour la droite. — SYSPEO/SIPA
  • Christian Estrosi a proposé à son parti de passer un accord avec Emmanuel Macron pour 2022.
  • La proposition a fait l’effet d’une petite bombe chez ses amis de LR.
  • Elle révèle en réalité le fait que la droite tarde à se trouver un champion pour la présidentielle.

Un clou de plus sur le cercueil de LR ? En cette période de rentrée, Christian Estrosi a jeté une petite bombe dans les pages du Figaro lundi soir. « Passons un accord avec Emmanuel Macron pour qu’il soit notre candidat commun à la présidentielle », lance le maire (Les Républicains) de Nice à ses amis, qu’il ne manque pas de dégommer au passage. « Il existe beaucoup de talents chez nous mais, soyons honnêtes, aucun d’entre nous ne s’impose pour concourir à la présidentielle », dit-il. A l’heure où le parti tente de relever la tête et peine à se trouver un champion pour 2022, la proposition d’alliance avec les marcheurs ressemble à un sabotage.

« On est en train de sortir la tête de l’eau, on ne va pas se tirer une balle dans le pied »

« C’est une manière de nous court-circuiter, de créer de la zizanie, de la discorde », s’agace Philippe Gosselin, député LR de la Manche. « Libre à Christian de rejoindre s’il le souhaite la majorité présidentielle, mais plier les gaules avant que la bataille présidentielle n’ait vraiment commencé me paraît bien imprudent. On est en train de travailler à un projet, on a des élections régionales et départementales à préparer. Là, il joue contre son camp. »

Les Républicains se seraient bien passés de cette sortie. Après des municipales plutôt réussies, les voilà qui regardent les prochains scrutins avec appétit. La rivale LREM n’a-t-elle pas montré les limites de son implantation locale ? Un signe, veulent croire les cadres LR, que « la routourne a tourné » pour le chef de l’Etat.

« On a remporté 50 % des communes aux municipales. Ca veut dire qu’un bon nombre de ceux qui étaient partis chez Emmanuel Macron en 2017 sont revenus vers nous », veut croire l’élu du Nord Sébastien Huyghe. « Contrairement à ce que dit Estrosi, je n’ai entendu personne à LR avoir ce discours d’alliance avec Macron. On est en train de sortir la tête de l’eau, on ne va pas se tirer une balle dans le pied. Cette interview va au contraire nous permettre de resserrer les rangs ».

« C’est un symptôme du manque d’incarnation à droite »

Christian Jacob, le président de LR, a pourtant bien du mal à rassembler ses troupes pour la rentrée des classes, ce week-end à Port-Marly, dans les Yvelines. C’est que chacun songe déjà à la présidentielle de 2022. Et l’automne s’annonce sans que Les Républicains ne se soient encore accordés sur le nom d’un candidat, ni même sur la manière de le désigner.

Voilà pourquoi la proposition d’Estrosi fait mal à la droite : elle révèle les errements d’une famille politique habituée à s’aligner derrière un chef, aujourd’hui introuvable. « C’est un symptôme du manque d’incarnation à droite. Si on avait une personnalité qui s’imposait d’elle-même depuis quelques mois, Estrosi n’aurait probablement pas tenu ses propos », souffle Gosselin.

Un espace politique réduit comme peau de chagrin

« Cette interview arrive à contretemps, ajoute Daniel Fasquelle, le maire du Touquet et trésorier national du parti. On est en pleine rentrée scolaire, au cœur de la crise liée au Covid. La droite doit tout faire pour avoir son propre projet, son propre candidat. Des noms circulent, les choses vont bientôt se décanter », ajoute ce soutien de François Baroin.

Mais avec l’émergence d’Emmanuel Macron, l’espace politique de la droite s’est considérablement rétréci. Et le chef de l’Etat a poursuivi ces derniers mois son opération séduction à droite, en nommant Jean Castex à Matignon, et en confortant Gerald Darmanin et Bruno Le Maire au gouvernement. Prise au piège sur l’économie, la droite tente ces derniers temps d’égratigner la Macronie sur le régalien, et particulièrement la sécurité. Alors que tous les potentiels candidats LR plafonnent dans les sondages, elle semble surtout miser, sans trop l’avouer, sur un effondrement d’Emmanuel Macron dans la dernière ligne droite.

« A deux ans de l’élection de 2017, qui imaginait que François Hollande soit dans l’incapacité de se présenter ? Ou qu’Emmanuel Macron soit capable de renverser la table ? Bien malin qui peut dire ce qui va se passer dans les prochains mois », souligne Philippe Gosselin. A défaut de se trouver un sauveur, la droite s’en remet à sa bonne étoile.