Chasse à la glu : La suspension d’un an, une victoire en trompe-l’œil pour les oiseaux ?

POLITIQUE Arbitrant contre les chasseurs, Emmanuel Macron a décidé jeudi de suspendre pour cette saison la chasse à la glu, que dénoncent écologistes et défenseurs des oiseaux

T.L.G.

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Emmanuel Macron et les chasseurs.
Emmanuel Macron et les chasseurs. — photomontage/20 Minutes
  • Emmanuel Macron a décidé jeudi d’interdire pour cette saison la chasse à la glu pour les grives et les merles.
  • Cette décision semble marquer une rupture entre le président et le monde de la chasse
  • Mais les défenseurs des oiseaux ne croient pas encore à un véritable tournant dans le quinquennat.

Un changement de pied de l’exécutif ? Emmanuel Macron a décidé jeudi d’interdire pour cette saison la chasse à la glu pour les grives et les merles. Le chef de l’Etat l’a annoncé après avoir reçu le président de la Fédération nationale des chasseurs Willy Schraen, la veille, en présence de Barbara Pompili. « Cela fait longtemps qu’on devait le faire, c’est fait. C’est une mise en conformité avec le droit européen et une bonne nouvelle pour la biodiversité », a salué ce vendredi la ministre de l’Ecologie.

Cette suspension, une première en France, a été décidée dans l’attente de la réponse de la Cour de justice de l’Union Européenne, a indiqué l’Elysée. Elle a provoqué la colère des chasseurs, tandis que les défenseurs des oiseaux ne croient pas encore à un véritable tournant dans le quinquennat. 20 Minutes fait le point.

De quoi parle-t-on ?

La chasse à la glu est une méthode controversée qui consiste à enduire des tiges de colle – les gluaux – dans les arbres afin de capturer des oiseaux. Ces derniers, ainsi piégés, sont alors capturés puis mis en cage. Leurs chants servent d’appât pour attirer d’autres volatiles, tirés par les chasseurs. Selon ces derniers, il n’y a aucun impact sur la biodiversité, puisque les grives et les merles capturés sont relâchés en fin de saison, et que les prélèvements sont assez faibles.

La France, qui est le seul pays de l’UE à accepter cette méthode de chasse, a réglementé cette pratique « ancestrale ». Elle n’était autorisée jusqu’ici que dans cinq départements du sud-est et ne pouvait être employée que pour capturer des grives et des merles noirs, en respectant un quota (42.000 la saison dernière), pendant la période de chasse fixée par le préfet.

Associations et écologistes dénoncent au contraire une pratique non sélective (d’autres espèces peuvent être piégées), impossible à contrôler, et « intolérable ». « On relâche les oiseaux quand ils ne sont pas déjà morts. Ils se débattent, peuvent se casser une aile, une patte. C’est une pratique cruelle qui devrait être interdite déjà depuis des années, puisque la France est en infraction vis-à-vis du droit européen », critique l’eurodéputé EELV David Cormand.

Une bataille juridique en suspens

La question est au cœur d’une bataille juridique. Le 2 juillet, la Commission européenne a une nouvelle fois demandé à la France de mettre fin « à la chasse illégale et de réexaminer ses méthodes de capture d’oiseaux », pointant du doigt notamment la chasse à la glu, interdite selon elle par la directive « Oiseaux » de 2009, qui préserve les espèces sauvages sur le continent.

La Commission donnait trois mois à la France pour mettre fin à cette méthode de chasse non sélective, menaçant de saisir la Cour de justice de l’UE. Cette même Cour européenne avait d’ailleurs déjà été saisie fin 2019 par le Conseil d’Etat, qui lui demandait précisément si la fameuse directive « Oiseaux » permettait ou non la chasse à la glu. C’est dans l’attente de cette réponse que le gouvernement français a décidé cette suspension d’un an.

Un changement de pied d’Emmanuel Macron vis-à-vis des chasseurs ?

« Les chasseurs ne peuvent pas comprendre que cette pratique soit sacrifiée au nom d’un affichage politique vert sans fondement réel pour qui se préoccupe réellement de biodiversité au sein des territoires, comme nous le faisons au quotidien ! », s’est agacé par communiqué le patron de la Fédération nationale des chasseurs, Willy Schraen. La FNC revendique une chasse sélective, et se dit « sidérée par l’attitude du gouvernement, qui manifestement perd son sang-froid face à une campagne de dénigrement ».

La décision d’Emmanuel Macron semble marquer une rupture avec le monde de la chasse. Depuis le début du quinquennat, le président avait jusqu'ici pris soin de caresser les chasseurs dans le sens du poil, au risque de voir partir du gouvernement le populaire Nicolas Hulot. « Cette suspension est une bonne nouvelle, mais il a fallu le droit européen, la mobilisation des associations, une pétition… Et dans le même temps, le gouvernement a annoncé le maintien des quotas d’autres chasses traditionnelles comme celle des tourterelles des bois, qui sont menacées d’extinctions », souffle David Cormand. « Aujourd’hui, les partisans de l’extrême chasse ont table ouverte à l’Elysée, leur lobby est très bien organisé ».

L’ancien patron d’EELV et les associations espèrent maintenant que seront interdites d’autres méthodes de chasse, comme les filets et pièges pour les alouettes et les pigeons, également dans le collimateur de la Commision. Sur Facebook, l’association nationale de défense des chasses traditionnelles à la grive annonce la convocation d’une assemblée générale samedi pour évoquer « les recours possibles ainsi que les actions à conduire pour ne pas perdre totalement nos droits ». Alors que doit s’amorcer le grand virage environnemental du quinquennat, la bataille ne fait que débuter.