Coronavirus : Masques, protocoles sanitaires, école… La rentrée sous tension des maires à l’ère du Covid

CORONAVIRUS Faire appliquer les protocoles sanitaires, décider de rendre les masques obligatoires sur une partie de son territoire, organiser les services essentiels… Sur le terrain, les maires doivent faire face à de nouvelles problématiques liées au Covid….

Caroline Politi

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Les maires doivent s'adapter au nouveau contexte sanitaire
Les maires doivent s'adapter au nouveau contexte sanitaire — Loic VENANCE / AFP

Le traditionnel « forum des associations » doit-il être maintenu ? Comment organiser les activités périscolaires tout en respectant les gestes barrières ? Faut-il rendre le masque obligatoire dans les rues de sa commune et si oui, dans quels secteurs ? Sur cette question, le gouvernement a tranché jeudi pour Paris et les départements de la petite couronne mais les autres illustrent le casse-tête de cette rentrée à l’ère du coronavirus.

« C’est vrai que c’est un peu compliqué à organiser, entre les protocoles sanitaires à mettre en place et la crainte d’une seconde vague, les décisions ne sont pas toujours évidentes », confie Abdel Sadi, le nouveau maire PCF de Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Une rentrée d’autant plus incertaine que la région vient d’être placée en zone « rouge » : après un mois de juillet plutôt calme, les contaminations se sont envolées au mois d’août et le taux d’incidence de l’épidémie, c’est-à-dire le nombre de cas pour 100.000 habitants, est désormais largement au-dessus du seuil d’alerte de 50 (il se situe autour de 70 en Ile-de-France et à près de 100 à Paris).

Depuis son élection, le coronavirus rythme une grande partie des journées d’Abdel Sadi. Chaque événement ou décision doit être repensé sous un prisme sanitaire. Lui, a choisi de maintenir le forum des associations mais reconnaît que chaque décision peut évoluer rapidement. « On jauge en fonction de tous les éléments d’information dont on dispose mais il faut sans cesse être sur le qui-vive, savoir s’adapter en permanence », confie l’édile. Les vérités d’un jour peuvent être contredites le lendemain au gré des découvertes scientifiques. Et les politiques publiques changer du tout au tout. Ainsi en mars, on présentait les enfants comme des « super-vecteurs » du virus. Finalement, ils ne le sont pas. Une évolution majeure qui se répercute directement sur l’organisation des classes, des crèches et du périscolaire.

Garder la tête froide

« Chacune de nos décisions peut avoir de lourdes conséquences pour la population, c’est parfois stressant mais il faut garder la tête froide. Si nous ne sommes pas sereins, nos concitoyens ne le seront pas non plus. » Patrick Haddad, le maire PS de Sarcelles, parle d’expérience. Cette commune populaire du Val-d’Oise fait partie des villes qui furent le plus fortement touchées par la première vague de coronavirus : les épidémiologistes estiment, que 20 à 25 % de la population a contracté le virus au cours du printemps. Pendant plusieurs semaines, le maire a paré au plus urgent : organiser les services essentiels, fournir des ordinateurs aux élèves ou agrandir le cimetière dans cette ville où la mortalité a bondi de 30 % entre la mi-mars et la mi-juin.

Désormais, la vie locale a repris son cours mais le Covid n’est jamais bien loin. Si Patrick Haddad espère que la virulence de la première vague dans sa commune les protégera, au moins partiellement, d’une seconde, il joue la carte de la prudence. Dans les zones les plus passantes de la ville, le masque était obligatoire avant que le Premier ministre étende cette mesure. De même, il a décidé de limiter au maximum les événements festifs au cours desquels la distanciation physique serait difficile à faire respecter. « Notre philosophie depuis le déconfinement, c’est d’être le plus protecteur possible. A la fin de l’année, lorsque l’école est redevenue obligatoire, nous n’avons pas appliqué de sanction à ceux qui ne sont pas revenus mais aujourd’hui, notre marge de manœuvre est moindre et nous devons appliquer les protocoles mis en place par le gouvernement. »

La crise du coronavirus a bouleversé les politiques publiques locales. Les priorités ont été revues à l’aune des nouveaux besoins, aussi bien sanitaire qu’économique engendré par l’épidémie. Abdel Sadi, le nouveau maire de Bobigny a ainsi dû remanier les orientations de son programme électoral, pensé en amont de l’épidémie. La fracture numérique ou la crise alimentaire sont passées au premier plan. Mais l’épidémie a également souligné la fonction centrale des maires dans la gestion de l’État d’urgence. Organiser des campagnes de dépistage, sensibiliser au port du masque et au respect des gestes barrière, organiser les services essentiels. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard, si dès sa nomination au poste de Premier ministre, le successeur d’Edouard Philippe, Jean Castex, a mis les « territoires » au cœur de son discours de politique générale.