Coronavirus : A une semaine de la rentrée, l’exécutif bat le rappel face à la recrudescence de l’épidémie

EPIDEMIE Jean Castex a tenu une conférence de presse ce jeudi en compagnie des ministres de la Santé et de l’Education nationale

Clément Giuliano

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Jean Castex, Jean-Michel Blanquer et Olivier Véran ont appelé à la vigilance contre le coronavirus, ce jeudi à Matignon.
Jean Castex, Jean-Michel Blanquer et Olivier Véran ont appelé à la vigilance contre le coronavirus, ce jeudi à Matignon. — Christophe Archambault/AP/SIPA
  • Après plusieurs interventions consacrées à la lutte contre le coronavirus cette semaine, Jean Castex, Olivier Véran et Jean-Michel Blanquer ont réitéré ce jeudi les consignes gouvernementales pour endiguer la « recrudescence » de l’épidémie de coronavirus.
  • L’objectif principal de la conférence de presse était de faire de la pédagogie.
  • Mais sur le front de l’épidémie, la communication est complexe pour le gouvernement, car la situation est très évolutive.

Deux heures de conférence de presse et un message : la nécessité d’apprendre à « vivre avec le virus ». A une semaine de la rentrée scolaire et dans les entreprises, Jean Castex, Premier ministre, Olivier Véran, ministre de la Santé, et Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, ont réitéré ce jeudi les directives gouvernementales pour limiter la propagation du coronavirus.

Peu d’annonces concrètes, donc – mis à part le port du masque obligatoire à Paris et le passage de 19 départements supplémentaires en « zones de circulation active » du virus –, mais une mise en garde appuyée dans un contexte de « recrudescence incontestable de l’épidémie ». « Notre objectif, c’est de tout faire pour éviter un reconfinement, surtout généralisé », a souligné Jean Castex.

« C’est la préoccupation de la rentrée »

« Il a semblé pertinent que la semaine précédant la rentrée soit consacrée à l’épidémie de coronavirus, car c’est la préoccupation légitime des Français, notamment des parents d’élèves », explique-t-on à Matignon, où l’on rappelle le report de l’annonce du plan de relance à la semaine prochaine. « Le but de la conférence de presse, ce n’était pas de faire des annonces tonitruantes, mais bien de faire de la transparence, de la pédagogie », poursuit l’entourage de Jean Castex. « La parole du Premier ministre porte, il était donc utile d’appeler à la vigilance, notamment par rapport aux plus vulnérables, mais aussi de délivrer un message d’optimiste : la vie continue malgré les mesures préventives. »

Pour Thomas Mesnier, député LREM de la Charente et médecin de formation, cette séquence de communication, après plusieurs interventions ministérielles sur ce thème depuis quelques jours, est bienvenue. « C’est la prévention qui permet de faire reculer les contaminations. Avant rentrée scolaire et dans les entreprises, il était essentiel de battre le rappel », salue Thomas Mesnier, député LREM de la Charente et rapporteur général des Affaires sociales. « Le message, c’est de ne pas relâcher la pression. Certes il faut continuer à vivre, à apprendre, à se cultiver, mais il faut le faire avec les précautions d’usage. » Médecin de formation, Thomas Mesnier insiste d’ailleurs sur le lavage des mains et la distanciation en complément du port du masque.

Un gouvernement « plutôt sur la défensive »

« Le gouvernement semble à la traîne », constate toutefois Chloé Morin, politologue à la Fondation Jean-Jaurès et ancienne conseillère chargée de l’opinion publique au sein du cabinet des Premiers ministres Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls. Confronté à plusieurs polémiques dans le courant de l’été, notamment sur le manque de lisibilité des obligations du port du masque à l’extérieur et sur la gratuité de cet équipement à l’école, l’exécutif s’est vu reprocher « d’agir trop tard ou d’être en deçà des enjeux » et est aujourd’hui « plutôt sur la défensive », observe l’experte. Avant de nuancer : « Les Français ont beaucoup déconnecté pendant le mois d’août et mis à distance l’actualité très anxiogène. Ils se sont donc moins rendu compte d’un potentiel retard à l’allumage. »

Pour Chloé Morin, le gouvernement a donc voulu, cette semaine, « mettre un terme au sentiment de flottement avec des messages très fermes face à une opinion publique très angoissée ». Mais du côté de Matignon, on rappelle que l’effort de pédagogie « ne va pas s’arrêter » : « Le Premier ministre a annoncé que le ministre de la Santé tiendrait des points de situation hebdomadaires. »

Une communication évolutive

Car c’est là le cœur du problème, en matière de communication : l’évolution rapide et permanente de la situation épidémique. « Le virus est mouvant. Il faut en permanence s’adapter, ce qui nécessite une prise de parole fréquente », pointe l’entourage de Jean Castex. « En termes de communication, c’est compliqué à gérer, d’autant qu’il y a toujours des "experts" pour mettre en doute les décisions politiques, et l’opposition qui s’engouffre dans la brèche », souligne Chloé Morin.

Autre difficulté : la nécessité de mener de front la communication sur le plan sanitaire et celle liée à l’économie. « Je trouve que le gouvernement a du mal à trouver l’équilibre, estime la spécialiste. Pendant le confinement, il y avait naturellement une prédominance des sujets sanitaires, avant un mouvement de balancier vers le discours économique. Aujourd’hui, l’exécutif se rend compte que ce ne sont pas deux vagues successives mais qu’il faudra les affronter simultanément. »