« Le risque aujourd’hui, c’est la disparition du Liban », avertit Paris

CRISE A la suite de l’explosion dévastatrice au port de Beyrouth début août, le gouvernement libanais a démissionné

20 Minutes avec AFP

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Jean-Yves Le Drian, à Bruxelles, le 10 janvier 2020.
Jean-Yves Le Drian, à Bruxelles, le 10 janvier 2020. — Sierakowski/Isopix/SIPA

Prévenant que le pays courait le risque de disparaître, la France a réitéré, ce jeudi, son appel à la formation rapide d’un gouvernement et à l’adoption de réformes « d’urgence » au Liban.

« Le risque aujourd’hui, c’est la disparition du Liban, donc il faut que ces mesures soient prises », a martelé le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, ce jeudi sur RTL.

Emmanuel Macron en déplacement à Beyrouth mardi

Dans la foulée du président Emmanuel Macron qui s'était rendu à Beyrouth le 6 août, deux jours après la gigantesque explosion qui a meurtri la ville, le chef de la diplomatie française a souligné que ces réformes ne pouvaient être menées par la classe politique actuelle, conspuée par les Libanais. « Ils se phagocytent eux-mêmes entre eux pour faire un consensus sur l’inaction. Cela n’est plus possible et nous le disons avec force », a lancé Jean-Yves Le Drian.

« Le président de la République l’a dit lorsqu’il s’est rendu au Liban le 6 août dernier, il va le redire lorsqu'il sera à Beyrouth mardi », a-t-il ajouté. « Chacun sait ce qu’il faut faire mais il n’y a plus de gouvernement en ce moment au Liban », a-t-il poursuivi, le Premier ministre Hassan Diab et son équipe ayant démissionné sur fond de critiques d’incurie générale après l’explosion au port de plusieurs milliers de tonnes de nitrate d’ammonium qui a fait environ 180 morts et ravagé des quartiers entiers de Beyrouth.

« Ce pays est au bord du gouffre »

Plus de deux semaines après la démission du gouvernement Diab, le président Michel Aoun n’a pas encore fixé la date des consultations parlementaires sur la base desquelles un nouveau chef de gouvernement doit être désigné, sur fond de divergences entre les partis traditionnels qui contrôlent le parlement. «  Il faut qu'il se reconstitue un gouvernement, il faut qu’ils le fassent vite parce qu’il y a urgence, à la fois l’urgence humanitaire et sanitaire (…) et puis l’urgence politique si l’on veut que ce pays tienne », a insisté le ministre français des Affaires étrangères.

« Ce pays est au bord du gouffre. Il y a la moitié de la population qui vit au-dessous du seuil de pauvreté, il y a une jeunesse désemparée, il y a une situation du chômage qui est épouvantable, une inflation qui est ahurissante », a-t-il énuméré. Il faut pour cela former un « gouvernement de mission » qui puisse rapidement mettre en œuvre les « réformes indispensables parce qu’autrement la communauté internationale ne sera pas au rendez-vous », a répété Jean-Yves Le Drian. «On ne va pas signer de chèque en blanc pour un gouvernement qui ne met pas en œuvre les réformes que tout le monde connaît », a-t-il insisté, citant notamment celles des services publics et du système bancaire.

« Pas question de faire de l’ingérence »

Une liste des réformes à conduire, que le président Macron avait déjà décliné le 6 août à Beyrouth, a été établie par Paris et transmise aux responsables politiques libanais avant sa prochaine visite mardi, a précisé le palais présidentiel de l’Élysée, confirmant des informations de presse.

« Il y a un effectivement un document de travail, un draft (brouillon), qui reprend les éléments sur lesquels le président de la République avait échangé et qui fait l’objet de discussions constantes et continues avec nos interlocuteurs libanais », a-t-on indiqué à la présidence française. Mais c’est « aux Libanais d’avancer », il n’est « pas question de faire de l’ingérence » dans les affaires du Liban, relève une source diplomatique française, en soulignant que ce document n’est pas une « feuille de route ».