Université d’été, marche et « petites fêtes personnelles »… Les Républicains font leur rentrée politique en ordre dispersé

DROITE(S) Un peu requinquée par ses bons résultats aux municipales, la droite fait sa rentrée en ordre dispersé alors que les ambitions présidentielles s’aiguisent

Laure Cometti

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Christian Jacob, président de LR, et Guillaume Peltier, vice-président délégué, au QG parisien du parti le 2 juin 2020.
Christian Jacob, président de LR, et Guillaume Peltier, vice-président délégué, au QG parisien du parti le 2 juin 2020. — Jacques Witt/SIPA
  • Pour incarner l’union de la droite, Christian Jacob voulait organiser une seule et unique université d’été des Républicains pour la rentrée.
  • Le patron de LR y est parvenu, mais il n’a pu empêcher que certains cadres de LR organisent leur propre événement, à l’instar des Républicains des Pays-de-la-Loire, de Guillaume Peltier ou Julien Aubert.
  • Une kyrielle de rassemblements lors desquels la présidentielle de 2022 sera déjà dans les esprits, même si la droite se divise aussi sur la stratégie à adopter.

Christian Jacob rêvait d’écrire une nouvelle page de l’histoire des Républicains en cette rentrée 2020. Le patron de LR voulait organiser une unique université d’été, rassemblant tous les cadors du parti (un format abandonné depuis une dizaine d’années). Il y aura bien un week-end organisé par le parti, les 4 et 5 septembre au Port-Marly (Yvelines), mais la direction de LR devra composer avec une myriade d’événements, de nombreux cadres ayant maintenu leur propre agenda. La droite fait donc sa rentrée en ordre dispersé, avant de se lancer dans la présidentielle, pour laquelle elle se cherche un programme, et surtout un candidat.

Couac d’agenda

Rassembler la famille de droite était l’ambition numéro 1 de Christian Jacob lorsqu’il a repris les rênes du parti en octobre 2019. Ce rassemblement devait se traduire par « un unique rassemblement d’envergure » en cette rentrée politique. Mais dès ce samedi, des élus et cadres se réuniront à La Baule pour l’université d’été des Républicains des Pays-de-la-Loire, dont Bruno Retailleau, président des sénateurs LR, Gérard Larcher, président du Sénat, Rachida Dati, encore auréolée de sa bonne campagne municipale dans la capitale, et le vice-président du parti Gilles Platret.

« C’est tout à fait complémentaire, d’ailleurs plusieurs cadres viendront à La Baule et au Port-Marly », juge Franck Louvrier, maire de la cité balnéaire et président de la fédération LR des Pays-de-la-Loire. « C’est un rendez-vous traditionnel, que nous organisons depuis une dizaine d’années, nous n’allions pas l’annuler ou le décaler », poursuit ce proche de Nicolas Sarkozy, qui attend environ 500 participants.

« Des fêtes personnelles »

Le même jour, l’ex-LR Valérie Pécresse, également présidentiable, organise la rentrée politique de Libres !, dans l’Essonne. Et dimanche, l’ancien président de LR Laurent Wauquiez gravira comme l’an passé le mont Mézenc, avec des militants de Haute-Loire.

D’autres LR n’ont pas voulu décaler ou alléger leur agenda personnel. Le 5 septembre, en même temps que la rentrée officielle du parti, le député LR Julien Aubert organisera l’université d’été de son mouvement Oser la France, à Lourmarin (Vaucluse). Le 19 septembre, ce sera au tour de Guillaume Peltier, vice-président délégué du parti, de présider « la fête de la violette », à La Marolle-en-Sologne (Loir-et-Cher).

« On aura tout compris à droite quand on acceptera que c’est l’ambition collective qui peut nous faire gagner, plutôt que les petites messes », lâche Aurélien Pradié, secrétaire général du parti, avant d’ajouter : « il y a des petites fêtes régionales, et des fêtes personnelles… Elles ne nuisent en rien. »

Renouveler les idées et rajeunir les adhérents

« Le seul événement incontournable à droite en cette rentrée, c’est au Port-Marly », fait valoir Virginie Duby-Muller, députée et vice-présidente du parti. Car Christian Jacob est parvenu à mettre en place une université d’été, qu’il a choisi de consacrer à la jeunesse, pour incarner le renouvellement des troupes, et des idées. « Plus de 1.000 jeunes sont attendus. Ce n’était pas gagné, la droite ne parle plus à la jeunesse depuis un moment », insiste Aurélien Pradié, député du Lot. « C’est un vrai pari, surtout dans ce contexte sanitaire ».

Au programme, des ateliers thématiques sur l’écologie, la démocratie, l’égalité des chances ou la souveraineté, pour casser les codes des conférences traditionnelles, et bien sûr des interventions des poids lourds du parti, comme le président du Sénat Gérard Larcher, ou François Baroin. Le maire de Troyes, que certains LR pressent de se déclarer pour la présidentielle, a dit qu’il dévoilerait ses ambitions à l’automne.

Des divergences sur le timing

Bien trop tôt, au goût d’une partie de la droite. Le mouvement est divisé sur la stratégie à adopter pour la présidentielle de 2022. Faut-il organiser une primaire ouverte (comme le prévoient les statuts du parti) ou interne, ou  abandonner ce mode de désignation, « machine à fabriquer des petites ambitions individuelles », selon Aurélien Pradié ?

Côté calendrier, certains voudraient avoir un champion avant la fin de l’année, d’autres veulent attendre le printemps 2021, et les élections départementales et régionales. C’est d’ailleurs à ce moment-là que l’ex-LR Xavier Bertrand, candidat à sa réélection à la présidence de la région Hauts-de-France, clarifiera ses intentions pour 2022.

A la conquête de l’écologie

« On sent qu’on manque d’incarnation, il faut qu’on avance vite sur ce sujet », estime Virginie Duby-Muller, qui aimerait qu’un « consensus se dégage avant 2021 autour d’un candidat ». « Nous devons d’abord retravailler nos idées, faire nos preuves sur le fond », prévient Aurélien Pradié. « La question environnementale est essentielle. Je vais y travailler dès la rentrée ».

La droite ne veut pas laisser l’écologie à d’autres partis, après des scrutins européens et municipaux marqués par les bons scores des Verts. « Avant de parler de notre candidat pour 2022, il faut qu’on se saisisse du sujet écologique », abonde Franck Louvrier, avant d’ajouter : « je ne suis pas inquiet sur le casting, mais plutôt sur le timing ».