Mélenchon trace la feuille de route de La France insoumise pour la rentrée

CHANTIERS Le chef de file des insoumis annoncera en octobre s'il est candidat à la présidentielle de 2022

Laure Cometti

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Jean-Luc Mélenchon, le 23 août 2020 à Valence, lors de l'université d'été de la France insoumise.
Jean-Luc Mélenchon, le 23 août 2020 à Valence, lors de l'université d'été de la France insoumise. — Alain ROBERT/SIPA
  • Jean-Luc Mélenchon a fait sa rentrée politique lors des « Amphis d’été » de la France insoumise ce week-end.
  • Dimanche, il a prononcé un discours aux accents de campagne présidentielle, devant environ 2.000 personnes rassemblées à Châteauneuf-sur-Isère, dans la Drôme. Mais le député des Bouches-du-Rhône temporise : il annoncera s’il est candidat pour 2022 en octobre.
  • Les chantiers sont déjà ouverts : les insoumis s’attellent au perfectionnement de leur programme présidentiel et poursuivent leurs discussions avec les écolos et les formations de gauche.

Sous le soleil et les « Mélenchon président », le patron des insoumis a fait sa rentrée politique. Jean-Luc Mélenchon a clôturé, dimanche, l'université d'été de la France insoumise au bord d’un lac à Châteauneuf-sur-Isère (Drôme). Après des scores décevants aux élections européennes en 2019 puis municipales en 2020, le mouvement met le cap sur  l'élection présidentielle de 2022, avant même d’avoir désigné son candidat. Au menu de cette rentrée insoumise, la préparation du programme présidentiel, des discussions avec Les Verts et, au final, un changement de stratégie.

Prendre une décision pour 2022

Pour lancer cette saison, Jean-Luc Mélenchon s’est livré à un discours de 1 h 40, devant environ 2.000 personnes rassemblées en plein air, précautions sanitaires obligent. Le tribun a abordé la crise sanitaire, sociale, l’emploi, et fait une large place à l’ écologie. « On a retrouvé des accents de ses discours de campagne de 2017, voire 2012. C’est la confirmation qu’il a un rayonnement, une capacité de mobilisation et de conviction », se réjouit Alexis Corbière, député de Seine-Saint-Denis.

Jean-Luc Mélenchon n’est toutefois pas (encore) officiellement en campagne, puisqu’il a choisi de temporiser, trouvant indécent de « désigner un candidat » en temps de crise du coronavirus. « Je prendrai ma décision au mois d’octobre, auparavant je consulterai en profondeur chacun de mes amis », a-t-il déclaré. Mais « deux votes successifs m’ont donné la légitimité qu’aucun vote de congrès ne donnera jamais à personne », a-t-il également taclé à destination des autres partis politiques.

En interne, sa candidature semble faire consensus. « Je ne vois pas de candidat émerger à gauche et faire mieux que lui », juge Adrien Quatennens, député du Nord et coordinateur du mouvement. Pour son ami Alexis Corbière, « il est le mieux placé » pour être le candidat de La France insoumise en 2022. « Il a déjà porté nos idées lors de deux présidentielles [en 2012 et 2017], il a un rayonnement dans tout le pays. Son nom, c’est presque une marque, un programme », loue l’élu. « Le climat est apaisé à LFI, il y a un soulagement collectif car il n’y aura pas de bataille interne pour cette candidature ».

Tendre la main aux écolos (mais pas trop)

Le patron des insoumis s’est aussi affiché avec le maire Europe-Ecologie-les Verts (EELV) de Grenoble, Eric Piolle, vendredi, favorable à rassemblement des gauches. « Sa présence ici a une signification qu’il n’est pas question de diminuer », a souligné Jean-Luc Mélenchon. « Dans le moment où nous nous trouvons, il faut aller à l’essentiel, certes discuter sur les désaccords mais aussi savourer ce sur quoi on est d’accord », a-t-il ajouté. Car l’objectif de cette rentrée est aussi de tendre la main aux écologistes, qui ont le vent en poupe après leurs bons scores aux européennes et aux municipales.

Mais pas question de laisser le parti de Yannick Jadot et Julien Bayou monopoliser le thème de l’environnement, alors que le parti vert est divisé sur sa stratégie présidentielle. « Certes nous avons une dette à l’égard du courant historique de l’écologie politique, mais de votre côté vous ne pouvez pas faire comme si tout vous était réservé », avait déclaré l’insoumis vendredi, aux côtés d’Eric Piolle. Un rassemblement dédié au rôle de l’Etat face à l’urgence écologique sera aussi organisé par LFI en octobre.

Si des alliances pour les élections départementales et régionales de 2021 seront conclues entre les deux partis, Jean-Luc Mélenchon a laissé entendre que l’union serait plus compliquée pour la présidentielle, compte tenu notamment de « divergences importantes sur l’État et l’Europe ». Les discussions entre écolos et insoumis vont reprendre en septembre, et le mouvement échange aussi avec le Parti communiste. En novembre, une convention déterminera les orientations stratégiques de LFI pour la campagne de 2022.

Passer de la « conflictualité » à l’adhésion

Les insoumis souhaitent également placer cette rentrée sous le signe de la politisation, cheval de bataille pour lutter l’abstention, cette « grève civique », selon Jean-Luc Mélenchon. « La crise, l’urgence sociale qui s’abat sur le pays sera un marqueur fort de cette rentrée », assure Sarah Legrain, membre de la coordination des « espaces » de LFI. « Face aux indigences du plan de relance du gouvernement, nous pouvons démontrer que nous sommes un mouvement en action, qui propose des solutions concrètes aux Français et qui prône la solidarité », poursuit-elle, rappelant que les insoumis demandent la gratuité des masques ou organisent des maraudes via des groupes d’action locaux citoyens.

Pour y parvenir, les insoumis tournent une page. « On était dans la stratégie de la conflictualité, il faut désormais ouvrir la saison des causes communes », théorise Adrien Quatennens. « Car pour l’emporter en 2022, il ne suffira pas d’être anti-Macron. Nous voulons entraîner un mouvement d’adhésion en nous affirmant encore plus comme une opposition qui est force de proposition ». LFI veulent donc multiplier les « mesures concrètes » et poursuivre la déclinaison du programme présidentiel en propositions de loi, pour faire du « prêt-à-gouverner », selon la formule de son patron.