Présidentielle 2022 : Les écologistes vont-ils replonger dans les querelles internes ?

RENTREE POLITIQUE Le mode de désignation du candidat écologiste à la présidentielle de 2022 ne fait pas l'unanimité chez EELV

Thibaut Le Gal

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Yannick Jadot et Eric Piolle sont dans un bateau.
Yannick Jadot et Eric Piolle sont dans un bateau. — ISA HARSIN/SIPA
  • Après plusieurs victoires aux municipales, EELV espère poursuivre sur sa dynamique.
  • Mais la présidentielle de 2022 pourrait jouer les trouble-fêtes.
  • Un duel entre Yannick Jadot et Eric Piolle est en train d'émerger.

« La rentrée est bien lancée, on est tranquilles. » Au lendemain des « Journées d’été » d’Europe Ecologie-Les Verts à Pantin (Seine-Saint-Denis) ce week-end, les écologistes jouent la sérénité. « Après notre percée aux européennes, on a confirmé aux municipales en s’implantant  dans de nombreuses villes. L’objectif est maintenant d’appuyer sur le champignon », assure Julien Bayou.

Le patron d’EELV vise désormais les sénatoriales en septembre prochain et le scrutin couplé départementales- régionales de 2021. Mais une autre échéance pourrait jouer les trouble-fêtes. L'élection présidentielle de 2022, déjà présente dans de nombreuses têtes, a agité la rentrée des écolos.

Yannick Jadot, candidat légitime ?

Depuis sa troisième place aux européennes de 2019 (13,48%), Yannick Jadot souhaite incarner l’écologie politique en France pour 2022. L’eurodéputé n’a d’ailleurs pas caché ses ambitions lors d’un entretien à l’AFP publié jeudi. « A ce stade, je me prépare à l’élection présidentielle », dit-il, mettant la pression à son parti : « On ne va pas encore pendant une année se diviser sur la question de savoir qui sera le candidat ou la candidate, avec ces petites phrases qui ont fait tant de mal à l’écologie politique ». L’ancien militant de Greenpeace a même demandé qu’EELV désigne son futur champion (lui) avant le mois de janvier.

Mais l’ambition de Jadot semble agacer une partie des écologistes, irrités depuis toujours par la logique monarchique de la Ve République. « Il a ce désir en lui, cette ambition, mais chaque chose en son temps. La présidentielle, ce n’est pas une lettre à la poste. Tout ça est précipité. Ne faisons pas de la présidentielle l’axe majeur des mois à venir ! » tranche la sénatrice de Paris Esther Benbassa.

« On me parle désignation, moi je parle projet », a également recadré Julien Bayou devant ses militants samedi. Le secrétaire national d’EELV précise : « La présidentielle n’est pas la prochaine étape. Il y a les régionales et la construction du projet, avec nos partenaires. Mais nous aurons une candidature écolo en 2022. On a des personnes de talents, nous aurons besoin d’elles ».

Vers un duel avec Eric Piolle ?

Le pluriel n’est pas anodin : d’autres personnalités pourraient se joindre à la fête. C’est le cas d’Eric Piolle, réélu maire de Grenoble grâce à une liste d’union en juin. Plus prudent que Jadot, ce dernier multiplie toutefois les apparitions médiatiques et pourrait apparaître comme une solution face à l’eurodéputé, jugé par certains trop libéral ou trop centriste. Eric Piolle a d’ailleurs fait une sortie remarquée vendredi aux universités d’été de La France insoumise, aux côtés de Jean-Luc Mélenchon.

Entre les deux écologistes, le match semble donc s’installer. Et les petites piques entre les deux camps, pour le moment feutrées, pourraient réveiller les démons d’un parti souvent enclin aux divisions internes. « EELV a déjà donné cette image de querelles par le passé et on l’a payé cher. Nous n’avons pas le droit de retomber là-dedans, dans cette bagarre d’ego. Il faut qu’on arrive à une candidature consensuelle, qui entraîne largement », souffle Joël Labbé, sénateur écologiste du Morbihan, qui a pris ses distances avec EELV en 2016.

Mais comment trancher ? Par une primaire – « machine à perdre », selon Jadot – ou par un simple vote des adhérents ? « Il est sain d’avoir plusieurs candidats, nous ne sommes pas une écurie. Le choix se fera de manière démocratique, par un vote des militants, et dans une logique d’ouverture, donc en élargissant peut-être aux sympathisants. Le débat n’est pas tranché », balaie l’ex-députée Eva Sas. Les discussions s’annoncent intenses sur la date et la méthode. Mais la porte-parole d’EELV prévient : « On a appris de nos erreurs, et notre état d’esprit a changé. Nous n’aurons pas une candidature de témoignage, nous choisirons le meilleur candidat pour gagner ».