Présidentielle 2022 : Les Républicains face au casse-tête de la primaire à droite pour 2022

DANS TOUTES LES TETES Rejetée par une majorité des cadres LR, la primaire est pourtant toujours dans les statuts du parti

Thibaut Le Gal

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Xavier Bertrand et Valérie Pécresse.
Xavier Bertrand et Valérie Pécresse. — Philippe HUGUEN / AFP
  • A deux ans de l'élection présidentielle, LR doit décider du mode de désignation de son candidat, alors que plusieurs prétendants sont déjà en lice.
  • Le modèle de la primaire ouverte a fait long feu, mais par quoi le remplacer ?
  • Le temps presse pour éviter les divisions.

La droite se cherche toujours un général pour 2022. Depuis quelques mois, et la prise de pouvoir de Christian Jacob, Les Républicains tentent de relever la tête. Après le joli résultat aux municipales, le parti doit désormais s’atteler à une tâche des plus délicates : trouver le bon cheval pour la présidentielle.

L’un des candidats, Xavier Bertrand, a répété lundi soir à Corse Matin qu’il « se préparait » à l’échéance. Mais le patron des Hauts-de-France n’est pas le seul à y penser. Plusieurs cadres se sont déjà montrés intéressés, ou l’ont fait savoir, de François Baroin, à Valérie Pécresse, en passant par Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez, voire Rachida Dati. Mais comment la droite va-t-elle désigner son champion ?

La primaire ouverte, toujours dans les statuts du parti

Les statuts du parti sont très clairs : « Le candidat à la présidence de la République soutenu par le mouvement est désigné à l’occasion d’une primaire ouverte à l’ensemble des citoyens adhérant aux valeurs de la République et se reconnaissant dans les valeurs du mouvement », indique l'article 38. En clair, il s’agirait de renouveler le processus mis en place en novembre 2016, qui avait vu la victoire écrasante de François Fillon sur Alain Juppé. Mais le crash au premier tour de la présidentielle a changé la donne. Les Républicains ont depuis juré qu’on ne les y prendrait plus, oubliant parfois un peu vite les déboires de leur candidat pour expliquer la défaite.

« Nous devons avoir le courage de tourner la page funeste des primaires. C’est une folie et un piège. L’ambition présidentielle doit être de rassembler les Français. Or la primaire vise à donner le spectacle d’un clan qui passe des mois à se regarder le nombril », tranche le député du Lot et secrétaire général de LR, Aurélien Pradié. « La primaire telle qu’elle a existé, très longue, très médiatique, est derrière nous, complète Damien Abad, le patron des députés LR à l’Assemblée nationale. C’est un modèle usé qui crée des tensions. Mais il est plus facile de la supprimer que de trouver un processus de remplacement… »

« La primaire est le plus mauvais système, à l’exception de tous les autres »

C’est le principal souci. Si l’idée d’une primaire persiste, c’est qu’aucun candidat naturel ne s’impose, contrainrement à Nicolas Sarkozy en 2007. « Notre souci, c’est l’incarnation. On a eu Chirac-Balladur, puis Sarkozy-Fillon-Juppé. Mais pour la génération d’après, il est plus difficile d’exister. Nous ne sommes plus au pouvoir depuis huit ans, c’est long. Et Emmanuel Macron récupère des éléments chez nous, ce qui brouille le message », regrette Arnaud Julien, secrétaire départemental de l’Hérault, et membre du bureau politique du parti.

C’est ce même bureau national qui pourrait décider de la suppression de la primaire, en soumettant une modification des statuts au vote des adhérents. « Les militants sont largement contre la primaire. Tout comme Christian Jacob, qui a été clair : d’ici la fin de l’année, on aura plus de visibilité sur les noms et le processus », ajoute Arnaud Julien. Mais si la primaire fait horreur à une large partie de la droite, elle garde aussi quelques défenseurs, comme la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse (qui est aujourd’hui hors du parti), l’influent patron du Sénat, Gérard Larcher, ou encore Bruno Retailleau. Le chef de file des sénateurs LR a résumé le casse-tête d’une formule fin juillet : « La primaire est le plus mauvais système, à l’exception de tous les autres ».

Mais le temps presse, et la direction du parti doit trouver la bonne formule. « Il faut trouver la bonne pondération entre militants et sympathisants. Il faut aussi que les parlementaires et les élus locaux, nos forces vives, soient au cœur du dispositif, pousse Damien Abad. Mais on ne va pas passer des mois et des mois à palabrer. Il faut choisir en interne et ensuite le rendre public, avant la fin de l’année ».

Le risque de la division

« La primaire ouverte n’est pas dans notre ADN. On pourrait imaginer quelque chose de plus engageant, demander aux gens de s’inscrire au préalable avec leurs coordonnées, qu’on pourrait mobiliser ensuite dans le cadre de la campagne. Cela nous éviterait d’avoir des électeurs de gauche, comme la dernière fois », propose le député du Nord Sébastien Huyghe, chargé par Christian Jacob de la révision des statuts. « On peut appeler ça comme on veut, primaire fermée, semi-ouverte… Mais il faut absolument trouver quelque chose qui convienne à tous les candidats putatifs. »

Car en hésitant sur le processus de désignation, la droite laisse le terrain libre aux ambitions et risque la division. D’autant que certains estiment que les grandes manœuvres de la direction visent à préparer le terrain pour François Baroin, qui doit se décider à l’automne. Xavier Bertrand a déjà mis la pression lundi soir, menaçant de se présenter quoi qu’il en coûte en cas de réélection aux régionales en 2021. « Ma primaire, ça sera le scrutin régional des Hauts-de-France. Je ne veux plus de filtre entre le peuple et moi et je ne me soumettrai pas à des règles fixées par les partis politiques ».

Damien Abad ne veut pas croire à un tel scénario. « Avoir plusieurs candidatures à droite n’est pas envisageable. A un moment donné, quelqu’un se détachera, dans les sondages ou ailleurs, mais il devra n’en rester qu’un ».