Bilan d'un an de Sarkozy: le point sur l'éducation

POLITIQUE Malgré un bon début entre Xavier Darcos et le monde enseignant, les relations se sont vite tendues...

Catherine Fournier

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Quelque 127.000 jeunes selon la police, 150.000 selon les organisateurs ont manifesté jeudi dans toute la France contre le projet de réforme du lycée du ministre de l'Education, Xavier Darcos annonçant la réouverture de tout ce dossier et proposant des Etats généraux.
Quelque 127.000 jeunes selon la police, 150.000 selon les organisateurs ont manifesté jeudi dans toute la France contre le projet de réforme du lycée du ministre de l'Education, Xavier Darcos annonçant la réouverture de tout ce dossier et proposant des Etats généraux. — Thomas Bregardis AFP

C'est dans l'éducation que le gouvernement a effectué sa première véritable marche arrière, mi-décembre, sur la réforme du lycée. Pour protéger Xavier Darcos du «syndrome Allègre» disent les uns, pour éviter que le mouvement lycéen ne se transforme en crise sociale majeure disent surtout les autres. «Même si toute la fonction publique est remontée, le secteur de l'éducation est sans doute celui où le gouvernement est le plus en difficulté car il bénéficie du soutien des usagers et de l'opinion publique», explique à 20minutes.fr Gérard Aschieri du syndicat FSU.

Les relations entre Xavier Darcos et les enseignants n'avaient pourtant pas trop mal commencé, avec l'abrogation du décret Robien sur le temps de travail des enseignants à la mi-2007. Mais sont arrivées ensuite les suppressions de postes (25.000 au total entre les rentrées 2008 et 2009). «Il aurait dû résister beaucoup plus vigoureusement sur ce point, confie l'ex-ministre PS de l'Education, Jack Lang à 20minutes.fr. «Si le ministre a tenté de justifier point par point ces coupes budgétaires, toutes ses réformes ont ensuite été perçues comme “une politique du moins”», souligne le député socialiste.

«Succès pour les heures supplémentaires»

«Ces suppressions de postes ne font que résulter de la baisse du nombre d'élèves quasiment continue depuis vingt ans», rétorque le député Yves Censi, en charge des questions d'éducation à l'UMP. «Cette fois-ci, nous avons eu le courage de “dépenser mieux pour dépenser moins”, un précepte cher à la gauche», souligne le député UMP, qui maintient que le taux d'encadrement par élève est resté le même. Quant aux «heures supplémentaires, elles rencontrent un grand succès, contrairement à ce qu'avaient prédit les syndicats», indique Yves Censi. Des couacs ont toutefois eu lieu à la rentrée, certains enseignants se retrouvant avec des demi-postes et d'autres avec des heures en trop.

Une partie de la communauté éducative reproche aussi au ministre d'avoir mené ses réformes au pas de charge et sans concertation. «La suppression du samedi matin décidée unilatéralement est très mal passée», souligne Gérard Aschieri. La réforme du primaire, entrée en vigueur à la rentrée 2008, ne semble toujours pas digérée. «En faisant des concessions sur le lycée et pas sur le 1er degré, Xavier Darcos ne calme pas le jeu», ajoute le syndicaliste, qui prévient que «l'exaspération porte sur l'ensemble de la politique éducative actuelle».

«Darcos aurait mieux fait de foutre la paix au primaire»

«Xavier Darcos aurait mieux fait de foutre la paix à l'école primaire, dont les programmes avaient été réformés en 2002, et de s'attaquer au collège et au lycée», estime pour sa part Jack Lang. «Sur la réforme du lycée, il y avait un certain consensus avec les partenaires sociaux», rappelle Yves Censi. «Mais au fur et à mesure que la situation socio-économique s'est dégradée, on a assisté à l'exploitation politique et syndicale de l'inquiétude, légitime, des lycéens», dénonce-t-il.

Le gouvernement et l'Elysée, inquiets de voir les manifestations et blocages perdurer, assurent désormais qu'une grande concertation sera menée. Insuffisant, selon Jack Lang, qui préconise de sortir par le haut de cette situation. «Comme il l'a fait dans le secteur de l'économie, le gouvernement devrait revoir sa politique budgétaire en matière d'éducation, indique le député PS, et annoncer un plan de relance dans la connaissance, la culture et la recherche. Ce sont des secteurs prioritaires en période de crise.»