Critiques de féministes, attente forte des policiers... Les débuts mouvementés de Darmanin à l'Intérieur

POLITIQUE Le ministre de l'Intérieur est chahuté depuis sa prise de fonction

Thibaut Le Gal (avec T.C.)

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Gérald Darmanin.
Gérald Darmanin. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Gérald Darmanin a remplacé Christophe Castaner à l'Intérieur.
  • Le ministre est régulièrement chahuté par certaines militantes féministes qui demandent sa démission en raison d'une plainte pour viol déposée contre lui en 2017.
  • Gérald Darmanin a également été critiqué au sein de sa majorité pour des prises de parole controversées.

Pour la macronie, la nomination à l’Intérieur de Gérald Darmanin, né à Valenciennes d’un père tenancier de bar et d’une mère femme de ménage, petit-fils de tirailleur algérien, devait être un joli symbole. Et l’intéressé, qui rêvait du job de premier flic de France depuis longtemps, imaginait sans doute des débuts plus tranquilles. Mais dès l’annonce du remaniement, son arrivée place Beauvau a suscité des remous. Lors de la passation de pouvoir, le poulain de Nicolas Sarkozy a essuyé la colère de quelques militantes féministes, qui appelaient à sa démission en raison d’une plainte pour viol déposée contre lui en 2017. Cette mobilisation s’est poursuivie lors de plusieurs de ses déplacements, comme lors de l’hommage au père Hamel, dimanche dernier, à Saint-Étienne-du-Rouvray.

« Ça va se calmer avec le temps. Il faut respecter la présomption d’innocence, ne surtout pas céder sur ce principe. On ne peut pas condamner médiatiquement les gens », lâche le député LREM de Seine-et-Marne et ancien patron du Raid, Jean-Michel Fauvergue. Depuis le remaniement, le gouvernement et la majorité font bloc autour de leur ministre. Mais la persistance de « l’affaire Darmanin » dans les médias et l’annonce, début juin, de la reprise des investigations de la justice embarrassent certains macronistes. « Je suis un peu mal à l’aise, confie un député de la majorité. Il faut laisser la justice faire son boulot, mais je comprends aussi que certains soient heurtés par le symbole que ça renvoie. C’est compliqué… »

« L’ensauvagement » qui agace certains macronistes

Gérald Darmanin a également été chahuté ces derniers jours après plusieurs déclarations. « Quand j’entends le mot 'violence policière', moi, personnellement, je m’étouffe », a lâché mardi le ministre de l'Intérieur devant la commission des lois de l'Assemblée nationale. La famille de Cédric Chouviat, mort après avoir dit sept fois « j’étouffe » à la suite d’une interpellation policière en janvier, s’est dit « scandalisée » et « heurtée ». L’entourage du ministre a alors défendu « une expression utilisée sans aucune arrière-pensée ».

Autre expression critiquée, choisie soigneusement cette fois, lors d’un entretien au Figaro vendredi : Défendant l’autorité de l’Etat, le ministre a dit vouloir « stopper l’ensauvagement d’une certaine partie de la société ». Ce terme, régulièrement utilisé par le Rassemblement national, mais aussi Les Républicains, a agacé Sacha Houlié. « Il n’y a pas de sauvages en France, il n’y a que des citoyens. Cette sémantique nous écarte de la promesse de réconciliation que nous avons faite aux Français », a tancé le député LREM de la Vienne devant le ministre mardi.

Un ministre à droite dans ses bottes

« Il a raison de ne pas laisser ces mots-là au RN. Le retour très ferme aux valeurs républicaines est une nécessité, et les quelques collègues qui s’en sont émus sont isolés », défend Jean-Michel Fauvergue. « Je n’emploierai pas ce terme, mais sur le fond je suis d’accord, on a besoin d’une République plus forte », abonde le député MoDem du Finistère Erwan Balanant, qui poursuit : « Un des éléments de sa feuille de route était de rassurer les forces de l’ordre, leur montrer qu’ils ont bien un ministre à leur côté ».

Depuis sa prise de poste, Gérald Darmanin multiplie les déplacements et les déclarations de soutien aux policiers. De ce côté-là, l’opération séduction semble avoir fonctionné. « Pour l’instant, c’est un peu l’état de grâce. On va lui laisser le temps comme on l’avait fait pour Castaner », explique Patrice Ribeiro, secrétaire général du syndicat Synergie officiers. « Après les maladresses de Castaner et le mutisme du président, il y avait un risque de rupture entre l’exécutif et les policiers de terrain. Darmanin est en reconquête. »

Même au milieu des controverses, le ministre de l’Intérieur s’impose donc comme un pilier incontournable de la macronie pour cette fin de quinquennat. « Il y a un changement de style, de ton. Et Darmanin veut aller vite, c’est une bonne chose vu le temps perdu, confirme Fauvergue. C’est donc le meilleur casting qu’on pouvait trouver ».